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Billet de blog 24 septembre 2013

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Vocabulaire trompeur … ou au service des trompeurs ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La langue française est une des langues utilisées dans les accords internationaux, malgré l’importance de plus en plus marginale de la France dans le monde, avec moins d’un Français sur cent êtres humains, et moins de trois à cinq pour cent de locuteurs français si l’on étend le raisonnement à l’ensemble des francophones. Pourquoi ce statut étonnant, dès lors que l’on en exclut la célébration surannée d’une puissance mondiale qu’exprimait bien la coloration en rose des mappemondes qui ornaient fièrement nos salles de classe jusqu’à la période de la décolonisation des années cinquante et soixante ? La persistance de l’usage de notre langue est due, en fait, à une caractéristique de ce véhicule de la pensée qui est sa précision et le fait que notre langue, lorsqu’elle est correctement utilisée, ne permet guère de flou dans ce qui est écrit. En m’exprimant ainsi je sais que je vais sûrement m’attirer les foudres de certains lecteurs … mais cette partie de mon propos ne vise qu’à introduire la suite.

La suite c’est que, pour certains, le bon usage des mots est moins important qu’abuser des maux pour abaisser notre pays au degré zéro d’une société civilisée.

J’ai eu plusieurs fois, ces derniers jours, envie d’exprimer mes sentiments par rapport à la réaction de ce bijoutier niçois qui a tiré dans le dos de celui qui venait de l’agresser, mais surtout par rapport aux propos tenus à ce sujet par des hommes et femmes politiques auxquels le suffrage universel a confié la responsabilité de « faire la Loi » et de contrôler l’action du gouvernement (Art 24 de la Constitution de la Ve République).

Si je prends la plume pour en parler c’est parce que j’ai participé aujourd’hui, comme invité au titre du Conseil de Développement du Grand Lyon, à une réunion du CCRPA (Conseil Consultatif Régional des Personnes Accueillies / Accompagnées).

Imaginons-nous le fantastique facteur d’exclusion que représente la non maîtrise d’une langue et de toutes ses subtilités, amplifiée par l’usage d’un florilège de sigles tellement abscons que leurs utilisateurs-experts en viennent à se contredire sur leur signification exacte, dès lors qu’un « non-initié » a la naïveté de leur en demander la traduction ?

Donner la parole à ceux que des accidents de la vie et la dureté de notre société ont portés aux limites de « l’attraction sociale et humaine » que j’évoquais dans mon billet du 14 septembre («Voyages avec ou sans retour »), est une nécessité absolue. Comment, en effet, « faire société » si de nombreux membres de nos sociétés n’y ont aucun droit véritable à la parole ?

Mais, et là j’en reviens aux suites de la triste affaire de Nice, comment penser que nous pouvons parler le langage de la vérité quand ceux qui sont chargés de fabriquer la Loi, usent et abusent de leur capacité à manier la langue pour appeler « légitime défense », ce qui suppose de se voir menacé de mort et d’être, de ce fait, légitime dans le fait de tirer au risque de tuer … alors que l’agresseur est de dos … et en train de fuir ? Celui qui a tiré était exaspéré par une énième agression ; il a pensé qu’une fois de plus ses agresseurs allaient s’échapper et recommenceraient du fait d’une impuissance collective à mettre fin à leurs agissements ; il a agi de façon instinctive et sous l’emprise d’une colère bien compréhensible … mais, comment des élus peuvent-ils abimer encore plus notre société, en parlant, par pure démagogie, de « légitime défense », alors que c’est au mieux un geste de colère et … au pire, une volonté de se faire justice soi-même … façon Far-West.

Donner la parole à chacun est difficile, disposer d’un accès facile à la parole est un privilège qui attend sa nuit du 4 août. A l’inverse de la célèbre phrase de TALLEYRAND, profiter de ce qu’on a la parole pour égarer nos concitoyens, c’est plus qu’une faute … c’est un crime, commis froidement dans le dos.

 Jean-Paul Bourgès 24 septembre 2013

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