Sur le site internet du Nouvel Observateur, et sous la signature d’Audrey SALOR, je viens de lire un article qui me bouscule et provoque en moi de nombreuses réactions.
Beaucoup de mes billets, depuis des mois et des mois, montrent la distance, chaque jour croissante, qui se crée entre les gens comme moi et celui qui a été installé à l’Elysée pour tourner cette page noire que fut la présidence de Nicolas SARKOZY. C’est dire que je n’ai pas particulièrement une attitude de groupie par rapport à notre actuel Président de la République.
C’est le cas de le dire, l’article d’Audrey SALOR fait pourtant vraiment froid dans le dos.
Quelques pas derrière François HOLLANDE, alors qu’il était sur le point de rallumer la flamme au soldat inconnu de l’Arc de Triomphe, se tenait, en effet, le 11 novembre dernier, le général d’armée Bruno DARY qui est le président du « comité de la flamme ». Quoi de plus normal et de plus conforme au protocole militaro-républicain ?
« L’ennui », c’est que ce général de la deuxième section (Autrement dit en retraite, mais pouvant continuer à porter l’uniforme et à jouer un rôle « actif » moyennant quelques menus avantages matériels, comme l’usage du train en ne payant qu’un quart du prix des billets …) est aussi l'un des piliers de l’association « La manif pour tous » qui continue de s’opposer à la loi du « mariage pour tous », pourtant adoptée par le Parlement et promulguée par celui que, du regard, ce « brave général » fusillait dans le dos.
Mais ce cher Monsieur, qui a manifestement choisi son camp, intervient aussi, en tant que « spécialiste du management d’entreprise » lors de séminaires organisés dans diverses régions par le MEDEF.
Il est vrai que cet ancien officier de la Légion, dont le chant fétiche est « Tiens voila du boudin … », devrait avoir un avis particulièrement fondé, par exemple, dans la résolution des difficultés des charcuteries bretonnes. Il lui suffit de troquer le képi blanc contre le bonnet rouge.
Les comportements de cet étrange général, qui sont d’ailleurs très sévèrement critiqués sur le site (http://gendarmes-en-colere.forum2discussion.net), ne pouvaient pas être ignorés par François HOLLANDE lorsqu’il se trouva, à l’Arc de Triomphe, scruté d'un regard peu amène par ce Monsieur, qu’en d’autres temps on aurait probablement qualifié de félon.
Mais, à vrai dire, l’idée que cet étoilé se fait de la notion de loyauté m’importe peu. A chacun sa conscience et sa conception du devoir de réserve qui s’impose à un officier général de la deuxième section.
Ce qui m’intéresse beaucoup plus c’est ce qui ne peut pas ne pas se passer dans la tête d’un Chef de l’Etat qui sait qu’il a derrière lui un tel homme qui, quelques minutes plus tard, devait avoir sur le visage un sourire épanoui en entendant les huées hostiles à François HOLLANDE poussées pas sa troupe d’excités placée à l’endroit stratégique pour capter l’attention des médias.
Est-ce l’indifférence de quelqu’un qui a un blindage bien plus épais que les engins du général ?
Est-ce une colère rentrée, qui se déversera un jour sur l’individu placé quelques pas derrière lui ?
Est-ce le sentiment de totale impuissance de ceux qui disent « Je suis leur chef … et donc je dois les suivre » ?
En tout cas ce qui est clair c’est la coalition des traditionnelles forces de la droite : le sabre, le goupillon, le portefeuille.
Bien souvent je déplore que François HOLLANDE ne soit guère de gauche, mais quand je vois qui sont ses adversaires, j’ai envie de resserrer les rangs contre ceux « d’en face ».
Jean-Paul Bourgès 24 novembre 2013