Samedi et dimanche nous étions encore deux à « La Chaumette » et nous avons apprécié ce moment où, ne vivant qu’à notre rythme et, attentifs chacun aux attentes de l’autre, nous avons revécu avec plaisir les semaines précédentes en nous réjouissant d’avoir des filles affectueuses, des gendres intelligents, des petits-enfants délicieux, des neveux et nièces encore capables d’émotion lorsqu’on évoque devant leurs enfants les moments passés avec eux ici, il y a plus de trente cinq ans, un frère et une sœur de cœur auxquels tant de moments, heureux ou difficiles, nous relient … plus tous ceux qui, sans avoir pu venir jusqu’ici, se sont manifesté de multiples autres façons.
Mais, contrairement à la légende, les enseignants n’ont pas que des vacances et notre plus jeune fille est occupée toute cette semaine à faire passer des tests de sélection avant de reprendre sa classe, tandis que son gamin, lui, ne pourra faire sa première rentrée à l’école maternelle que la semaine prochaine. Du coup Maly vient de redescendre à Lyon pour s’occuper de lui toute cette semaine pendant que ses parents travailleront. Dommage pour elle car, s’il fait frais le matin avec des températures inférieures à 10 °C, le soleil brille plus que lors des semaines précédentes. Je serai donc seul à en profiter.
En revenant de l’accompagner jusqu’à sa voiture que j’avais chargée de tout ce bric à brac grâce auquel Maly a toujours sous la main ce qui permet de donner corps à l’idée d’un enfant ou à dévier une tendance à se disputer en un orchestre improvisé où les vilains gestes se tranforment en harmonie percussionniste sur d’improbables instruments de musique, je regardai la cloche en me demandant pour qui, désormais, elle allait devoir sonner.
Cette cloche, qui sert à appeler pour les repas ceux qui sont partis dans les prés et les bois autour de « La Chaumette », est démontable car, après m’être fait desceller et voler une cloche accrochée au mur, j’ai depuis bien longtemps construit un bâti en bois que je peux décrocher afin d’ôter la cloche lorsque nous ne venons plus qu’en week-end et à deux.
J’ai donc hésité à monter sur l’escabeau pour remiser déjà la cloche jusqu’à l’été prochain.
Et puis je ne l’ai pas fait car ça n’est quand-même pas le 25 août que l’été se finit. Certes, à partir de maintenant, seul le sonneur de cloche pourra entendre le son de celle-ci, mais la retirer défigurerait la façade de la maison et j’ai repensé à la réaction de notre troisième fille, alors qu’en début de semaine j’avais commencé à rentrer des mobiliers d’extérieur devenus inutiles. Elle avait trouvé ça triste et avait ressorti certains meubles. Elle avait raison. Le temps passe bien assez vite tout seul, ne précipitons rien. Je laisserai donc la cloche jusqu’au bout et je m’appellerai moi-même à table en sonnant la cloche lorsque j’aurai préparé mes repas.
Pour achever ce choix délibéré de la bonne humeur, j’ai repeint le nom « La Chaumette » sur la lauze accrochée au pignon vers la route … et j’y ai ajouté des petites fleurs pour en faire un signal de bienvenue à ceux qui voudront s’arrêter ici.
C’est alors que je m’aperçois que toutes mes fleurs regardent vers la gauche. Auraient-elles été cueillies à Frangy où leur vue serait à l’origine du sourire épanoui que l’on voit sur les visages d’Arnaud MONTEBOURG et Benoît HAMON à la une de Libé ? Je ne sais, mais je me dis qu’il n’y a pas qu’à la porte de « La Chaumette » qu’il y a des personnes qui se font sonner les cloches. Mais sait-on vraiment qui sont les cloches ?
Jean-Paul Bourgès 25 août 2014