Excuse non, compassion non, réflexion oui

Lors de la séance de questions à l’Assemblée, Manuel VALLS s’est exprimé, sur le ton rageur qui est sa marque de fabrique, en disant : "Aucune excuse ne doit être cherchée (aux terroristes). Aucune excuse, sociale sociologique et culturelle car dans notre pays rien ne justifie qu'on prenne des armes et qu'on s'en prenne à ses propres compatriotes".

Qui pourrait penser le contraire et cela a-t-il même besoin d’être dit ?, surtout avec ce ton martial, alors que nul ne trouve d’excuses … sauf un prêtre du diocèse de Lyon qui a dû abuser du vin de messe.

Même si, dans la mort au moins, les inégalités s’effacent et que la victime comme l’assassin qui est mort dans l’assaut de la police ou qui s’est fait exploser, se retrouvent à égalité … il ne me paraît pas possible d’éprouver la moindre compassion pour ces assassins … même s’ils ont été, par un efficace lavage de cerveau d’odieux manipulateurs, transformés en machine à tuer n’ayant plus grand-chose d’humain.

Mais ce que l’on peut attendre des responsables politiques qui prétendent éclairer la voie à suivre, c’est qu’ils cessent l’énoncé d’évidences pareilles sur le même ton que s’ils avaient à convaincre … et qu’ils entreprennent, avec l’ensemble de nos concitoyens, un travail de réflexion.

Il faut, en effet, que l’on comprenne comment et pourquoi de jeunes français, issus de familles musulmanes aussi bien que de familles athées ou chrétiennes, de milieux modestes ou de milieux très favorisés, partent en Syrie pour y combattre et peuvent même revenir en France pour tuer sauvagement leurs concitoyens.

Les réponses commodes et superficielles peuvent nous éviter cette réflexion qui ne peut être que longue et douloureuse. Mais j’ai la conviction que nul dirigeant ne sera à la hauteur de ses responsabilités sans participer le temps nécessaire à cette tentative de compréhension. Le mot compréhension est parfois à l’origine d’ambiguïtés car il a aussi le sens d’indulgence ou de culpabilisation des victimes, sensées avoir provoqué leur malheur.

Il ne doit y avoir rien de tel dans la démarche car nous n’avons pas à chercher des excuses à ce qui ne peut pas en avoir.

Mais il serait aussi inexcusable … et porteur d’autres drames, de ne pas faire le travail de réflexion indispensable pour comprendre et prendre, ensuite, l’ensemble des mesures indispensables pour s’attaquer aux sources du mal … car je veux bien croire ce qu’on veut, sauf que de tels comportements ne reposent pas sur des causes qu’il nous faut identifier puis faire disparaître.

Ce n’est pas la démagogie et les « Ya qu’à » et « Faut qu’on » qui guériront un mal qui nous ronge manifestement depuis trop longtemps.

Jean-Paul BOURGÈS 25 novembre 2015

 

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