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Billet de blog 26 juillet 2013

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Après Brétigny … le chemin de fer de Compostelle

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Deux accidents de chemin de fer viennent de se produire en France, puis en Espagne, en des lieux dont les noms résonnent à nos oreilles depuis bien longtemps. L’un Brétigny n’est pas le lieu qui donna son nom à un traité de paix entre les royaumes de France et d’Angleterre (Le Brétigny du traité est vers Chartres), l’autre est bien celui du but du plus célèbre pèlerinage de l’occident chrétien, Saint Jacques de Compostelle.

Cette coïncidence, à quelques jours d’intervalle, m’a frappé et m’a conduit à réfléchir à ces événements, à la façon dont on en a parlé, à notre monde actuel.

A l’époque du traité de Brétigny, le roi de France, Jean II dit « le bon », est prisonnier des Anglais, à Londres à la suite de la bataille de Poitiers, en 1356. Son fils, Charles, assure la régence et le roi d’Angleterre, Edouard III, tente de se faire couronner roi de France à Reims. Son avancée vers Reims est ralentie par une sorte de « terre brûlée » et des nouvelles inquiétantes venant de Londres, le conduisent à rentrer en Angleterre bien vite en renonçant à ce couronnement à Reims. La paix de Brétigny en découle, en 1360, le roi de France est libéré contre une forte rançon de trois millions d’écus d’or, le roi d’Angleterre renonce à la couronne de France mais possède à peu près un tiers de la France. Il n’en résulta cependant qu’une interruption de neuf ans dans la guerre de cent ans !

Brétigny-sur-Orge, pour moi c’était le centre des essais en vol et c’est désormais le lieu d’un accident, causant sept morts et de nombreux blessés. Un tel événement est dramatique et, normalement, ça devrait se traduire par un renforcement de l’unité nationale autour des victimes, des sauveteurs, des professionnels concernés … Et pourtant, les fantasmes les pires se sont exprimés à cette occasion. Bien vite la rumeur enfla : des habitants des cités voisines du lieu de l’accident se seraient livrés à des pillages au détriment des victimes. Des leaders de l’opposition, se pourléchant les babines, y avaient vu le signe du laxisme qu’ils aiment tant évoquer. Et, pourquoi pas la renaissance de ces « grandes compagnies » qui, à l’époque de la « Paix de Brétigny » parcouraient les campagnes en rançonnant les voyageurs dans une France qui échappait à toute autorité ?

Rien de tel ne nous est rapporté par les médias, à propos de l’accident, dix fois plus terrible, qui a eu lieu à Saint Jacques de Compostelle. La solidarité joua sans couacs de ce genre.

Sommes-nous maudits ? Ne savons-nous plus que nous déchirer et profiter lamentablement de tout événement pour nous insulter ? Avons-nous si peu de respect les uns pour les autres ?

A Brétigny, il apparaît que des jeunes, habitant le long des voies, ont franchi les clôtures pour porter secours aux victimes. Peut-être risquaient-ils de ne pas avoir les gestes adaptés et valait-il mieux laisser opérer les pompiers qui arrivaient sur place. Mais fallait-il les faire reculer brutalement ? La méfiance devait-elle être la première réponse à leur démarche ? Doit-on s’étonner que ce rejet de leur comportement citoyen ait entraîné des noms d’oiseaux et quelques jets de pierre qui n’ont, d’ailleurs, atteint personne ? Faut-il s’approcher en costume-cravate, pour être accueilli comme un citoyen et non comme une caillera ? Le pire c’est le propos, rapporté par Libé, d’une syndicaliste de la police à propos de ces jeunes «qui semblaient porter secours … mais dont l’intention était de dépouiller les victimes et notamment les premiers cadavres». Le délit de faciès à la puissance n !

Quant aux hommes et femmes politiques qui ont cru habile d’exploiter cette ignoble rumeur, ils ne sont pas dignes de notre pays … et je ne les citerai même pas … ils n’ont pas évolué depuis la si triste époque de la guerre de cent ans et de toutes les atrocités qui la marquèrent.

Quelqu’un ira-t-il au devant des jeunes dont l’humanité fut niée pour leur présenter des excuses ? Oh ! ça n’est pas grave … on est passé à autre chose, mais cela a peut-être fracturé à jamais le sentiment de justice chez certains d’entre eux. Et ça, c’est gravissime !

Je n’ai pas voulu réagir le jour-même, mais, plusieurs jours après, mon indignation est intacte.

L’incroyant que je suis aimerait que ceux qui insultent si vite prennent le chemin de Compostelle pour se donner le temps de réfléchir en marchant longuement, seuls, avant de cracher sur notre jeunesse. Elle ne le mérite pas. Elle ne les mérite pas.

 Jean-Paul Bourgès, le 26 juillet 2013

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