François, Françoise sont des prénoms qui résonnent sympathiquement à mes oreilles. C’est celui de ma grande sœur, âgée de dix ans de plus que moi, qui me protégeait toujours et que, petit, j’appelais « Ma tata chérie » et qu’à bientôt soixante dix ans j’appelle toujours comme cela. C’est le prénom du premier de mes neveux et filleul. C’est le prénom d’un de mes beaux-frères qui rejeta le cœur qui lui avait été greffé il y a plus de vingt ans. C’est le prénom de l’amie et ancienne camarade de lycée chez qui j’ai rencontré ma femme il y a quarante trois ans. C’est l’un des prénoms de deux de mes filles.
Mais, pour quitter ce cercle familial qui ne vous dit rien, François est aussi le prénom de deux Présidents de la République, tous deux socialistes. Et quand je lis le texte ci-dessous, c’est à ces deux Présidents que je pense en me demandant ce que cela leur fait, ou leur aurait fait, de lire ça :
« Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue ».
Ces lignes viennent d’être écrites et diffusées aujourd’hui par un autre François. Le pape François !
Je n’ai pas pour habitude de dissimuler ma distance par rapport à l’Eglise catholique, comme, d’ailleurs, par rapport à toutes les églises.
Mais c’est sous la plume de notre Président de la République et surtout dans ses actes que j’aimerais tellement lire ces mots.
Oui, tout ce qui est fragile est en extrême danger parce qu’aucun d’entre nous ne renonce à l’amélioration de son sort, sans se soucier de ce que cela entraînera comme détérioration du sort de ceux qui sont moins favorisés que lui. En voulant surnager, le plus fort appuie sur le plus faible dont le nez ne fait pourtant qu’affleurer à la surface de l’eau.
Rappelons-nous que le Titanic ne pouvait pas ne pas plonger au fond de l’océan, mais que l’évacuation, horriblement mal gérée par un équipage mal dirigé, accrut le nombre des victimes … principalement chez les passagers de troisième classe.
Ah ! oui, vraiment, si tous les François du monde, à commencer par celui que nous avons installé à l’Elysée, pouvaient penser ainsi !
Jean-Paul Bourgès 27 novembre 2013