Le pape François, comme, avant lui, beaucoup d’autres Chefs d’Etat non membres de l’Union Européenne (Bien qu’étant un Etat européen, le Vatican n’est pas membre de l’Union Européenne) fut invité, hier, à venir s’exprimer devant les députés européens et l’exécutif de la Commission européenne.
Le moins qu’on puisse dire c’est que son long discours n’a guère ressemblé à une absolution et que certains passages semblaient plutôt faire penser à une extrême-onction, annoncée sans aucune onctuosité.
Sur des points essentiels comme la suprématie de l’argent sur le respect des hommes, ou sur la place des étrangers, il a clairement interpellé l’assemblée sur ses devoirs sans l’ombre d’une indulgence pour les scandales que nous tolérons depuis bien trop longtemps. Bien sûr, et cela n’a rien de choquant, il a aussi rappelé les points de vue de l’Eglise Catholique sur les aspects liés au respect de la vie dès la conception jusqu’à la mort dont l’Eglise n’admet pas que l’on puisse disposer de la liberté d’y mettre fin, même dans des conditions extrêmes.
La caractéristique du fait de donner la parole à l’autre, c’est qu’on s’expose à retrouver dans son discours ce qui nous convient … mais aussi ce qui ne nous convient pas. Ça s’appelle le dialogue, ça traduit l’ouverture aux autres, c’est ce qui fabrique l’homme libre, tandis que le monologue nous rétrécit.
Jean-Luc MÉLENCHON a vivement protesté contre cette tribune offerte au pape. Il prône une sixième République, je la souhaite aussi … mais espérons que la sixième République de Jean-Luc MÉLENCHON ne serait pas celle ou seuls ceux qui pensent comme lui pourraient s’exprimer. Admettons que gêné d’entendre le pape porter les mêmes critiques que lui sur le fonctionnement de l’union européenne, il en ait éprouvé un sentiment de dépossession … et qu’il ait eu besoin de lâcher de la vapeur par sa soupape.
Au-delà de ce coup de chaud, les arguments pseudo-juridiques de Jean-Luc MÉLENCHON font un peu pitié. Il s’appuie principalement sur notre principe de laïcité, en oubliant que s’il s’applique à la France, certains pays de l’Union ne vivent pas sous un régime de séparation des églises et de l’Etat et qu’au Royaume-Uni la Reine est en même temps chef de l’Eglise Anglicane. Les règles applicables en France ne s’imposent ni aux autres pays ni à l’Union Européenne. Il oublie aussi totalement que le Vatican est un Etat (Reconnu par l’ONU sans en être membre mais avec un représentant officiel) dont le pape est le Chef d’Etat. Ce n’est donc pas qu’un religieux qui s’est exprimé, mais aussi un Chef d’Etat et son discours fut, d’ailleurs principalement un discours politique, économique et social.
Se différencier en faisant le buzz, est devenu la nouvelle religion de ceux qui veulent exister politiquement. C’est tout simplement consternant et la position prise par Jean-Luc MÉLENCHON finit de vider la scène politique française d’hommes et de femmes tant soit peu crédibles.
Jean-Paul Bourgès 26 novembre 2014