Diverses réflexions, dans des billets ou dans des fils de discussion consécutifs à ce que d’autres blogueurs ont écrit ces derniers temps, comme aussi ce que j’ai écrit, font ressortir le pessimisme, voire le négativisme, qui marquent beaucoup des textes que l’on peut lire par ici. Et ceux qui font ces remarques agissent utilement en alerteurs, quelques fois sur un ton taquin … ou plus gravement, et je me sentirais fort sot si je n’en tenais aucun compte.
Ainsi que je l’ai parfois évoqué lorsque, dans un billet, je me suis mis à parler de mes goûts, de certains aspects de ma personnalité, ou de mes convictions … il se trouve que je suis plutôt d’un caractère optimiste et paisible et que je crois plus facilement au progrès de l’humanité qu’à une inexorable marche vers une catastrophe universelle.
Et pourtant, quoique laissant toujours dans mes propos une petite fenêtre d’espoir entrouverte, il est de fait que mes billets se sont progressivement assombri au cours des derniers mois, non pas tant d’ailleurs en raison des difficultés de l’état présent qu’à cause de la montée de phénomènes m’apparaissant particulièrement préoccupants pour l’avenir. C’est le cas pour ce qui concerne la percée au moins médiatique du Front National et la banalisation de propos ou d’actes indiscutablement racistes, y compris chez des personnes que l’on aurait pu croire à l’abri de telles dérives. C’est aussi le fait de l’évolution de l’Union Européenne que rêvent d’intégrer certains Ukrainiens, mais dans laquelle je peine à retrouver mes rêves de lycéen d’il y a presque soixante ans. C’est également le résultat d’une vie politique s’écartelant étrangement entre une montée en épingle d’événements secondaires mais accapareurs des esprits d’une part, et d’autre part un effacement de la place laissée aux idées strictement politiques devant des raisonnements de commissaires aux comptes devant les actionnaires d’une grosse PME que son banquier ne veut plus soutenir.
Ayant récemment évoqué à plusieurs reprises la Chine, c’est d’une photo prise ces jours-ci sur la Place Tiananmen que je vais repartir. La Chine du nord est particulièrement obscurcie à cette saison par des brouillards épais chargés de fumées causées par les énormes centrales à charbon qui entourent Pékin ou Shangaï. La Chine est le n°1 de l’émission des gaz à effet de serre. Le soleil a, par conséquent, beaucoup de mal à percer ce fog, bien supérieur à celui qui s’installe souvent au-dessus de Londres. Mais puisque le soleil ne peut pas percer, les Chinois ont eu l’idée de faire se lever le soleil sur un écran LED géant.
J’ai envie de voir dans ce soleil artificiel se levant sur la Place Tiananmen, où il va y avoir vingt cinq ans la jeunesse chinoise avait tenté de faire se lever l’espoir, un signe de non renoncement.
Garder confiance c’est penser que, même par des voies inattendues, on arrivera toujours à voir le soleil et le signe de renaissance qu’il envoie aux Hommes depuis les Egyptiens, les Incas, les Aztèques ou … encore avant eux, les bâtisseurs de Stonehenge.
La vie devait être dure pour eux … et, pourtant, ils croyaient en l’avenir que le soleil incarnait. Nous ne devons sûrement pas avoir moins de raisons qu’eux de nous projeter dans l’avenir !
Jean-Paul Bourgès 27 janvier 2014