Deux cent cinquante ans après avoir semé la terreur dans le Gévaudan, une bête, qui ne peut être qu’un loup bien redoutable, vient de faire son apparition dans la Meuse, près de Commercy, ville jusqu’ici surtout connue pour ses fameuses madeleines.
Un éleveur, qui possédait une femelle kangourou et son petit, n’a retrouvé qu’une partie du cadavre de la mère et le petit a disparu. Probablement désireux de voir le préjudice financier, de l’ordre de mille cinq cents euros, pris en charge par l’ONFC (Office National de la Forêt et de la Chasse), le propriétaire a expliqué que seul un loup pouvait avoir commis ce forfait … et la rumeur enfle peu à peu, malgré les doutes émis par les spécialistes.
Attention à vous, petits Chaperons Rouges, le chemin vers votre mère-grand pour lui porter un petit pot de beurre redevient périlleux !
De la part de l’éleveur il est habile de tenter de se faire rembouser ce dommage en l’imputant à un animal sauvage, dont les dégâts sont systématiquement couverts par une indemnisation correcte, alors qu’un chien errant ne donnerait lieu à aucun remboursement.
Mais on n’évoque pas la madeleine de Commercy sans que notre mémoire se mette à fonctionner et, à défaut de nous rappeler son goût trempé dans du thé, nous revient l’extraordinaire rumeur qui s’empara du Royaume de France à propos de cette bête dont on colportait de village en village, et en l’amplifiant à chaque étape, les méfaits qu’on lui imputait et la taille qu’on lui prêtait. Certaines gravures d’époque nous feraient plutôt penser à un tyrannosaure.
La bête cessa un jour ses agressions. Un porte-arquebuse du Roi, François ANTOINE, avait tué un gros loup … était-ce le coupable ?, on ne le sut pas vraiment, mais la rumeur survécut longtemps et elle est toujours présente dans notre imaginaire national.
A vrai dire, sauf pour les défenseurs du loup, qui est une espère protégée, il vaut mieux une rumeur de loup s’attaquant aux kangourous qu’une nouvelle « rumeur d’Orléans » imputant à telle ou telle minorité vivant en France des crimes abominables. Aucun commerçant juif n’a jamais alimenté des filières de traite des blanches à partir de son salon d’essayage. Peut-être faut-il rappeler à Roger CUKIERMAN qu’imputer aux seuls jeunes Musulmans des actes antisémites c’est habiller d’une malsaine rumeur l’acte ignoble commis à Sarre-Union par cinq jeunes Alsaciens « de pure souche ».
Méfions-nous des rumeurs, de toutes les rumeurs … et ne crions pas au loup trop vite.
Jean-Paul BOURGÈS 27 février 2015