Ils n’ont vraiment pas une « tête de gauche »

La déclaration de Nadine MORANO, selon laquelle « La France est un pays de race blanche … » avait provoqué une bien légitime émotion de tous ceux qui n’en sont pas restés à la France d’Hugues CAPET et savent que notre pays comprend des citoyens de toutes couleurs … parmi lesquels des Français dont les ancêtres furent emmenés en esclavage depuis l’Afrique vers les Antilles, la Guyane ou La Réunion pour le plus grand profit des organisateurs du « commerce triangulaire ». La France comporte aussi des Français venus librement de toutes les régions du monde et qui obtinrent la nationalité française sans aucune référence à la couleur de leur peau.

Même l’UMP, en la personne de son président, Nicolas SARKOZY, avait considéré que l’auteure de ce propos ne pouvait plus être la tête de liste de ce mouvement aux élections régionales. C’est dire s’il s’agit, en effet, d’un propos qui porte atteinte à l’un des éléments principaux de ce qui fait la France et nous valait, jusqu’à présent, une position particulière dans le concert des Nations.

Malgré les beaux principes, nous savons tous, de longue date, qu’un vieux bonhomme comme moi, au physique incontestablement blanc, et malgré une barbe volumineuse sous son feutre gris, n’a pratiquement aucune raison, ou chance, de se voir demander ses papiers d’identité dans la rue ou à la sortie d’une bouche de métro … contrairement à quelqu’un de la même apparence que moi … sauf la couleur de peau allant de la blondeur de la baguette croustillante jusqu’au chocolat.

Cela s’appelle « le délit de faciès » (Une exposition sur ce thème se tint pendant quelques semaines sur un coin de la Place de la République à Paris en juin 2015). J’eus le plaisir de m’y rendre en compagnie des initiateurs et concepteurs de ce rappel de ce qu’est cette honteuse discrimination fondée sur la seule apparence.

Or cataloguer les individus en « personnes de confiance » pour les blancs bien clairs et « personnes suspectes à contrôler » pour ceux qui ne sont pas albinos, c’est très exactement ce qui s’appelle une discrimination sur l’apparence.

Bien évidemment beaucoup pensaient que seul un Gouvernement de droite, voire même d’extrême-droite, pourrait couvrir de son « autorité » des pratiques pareilles, que l’on se serait d’ailleurs fait un plaisir d’attribuer à des flics un peu fachos.

Et, pourtant … oui, pourtant, c’est un Gouvernement qui est au pouvoir depuis bientôt quatre ans avec ma voix, parmi dix-huit-millions-et-six-cent-soixante-huit autres cocus, qui vient de justifier devant la Cour de Cassation les contrôles au faciès sur la base d’une présomption, liée à la couleur de la peau, d’être étranger et donc peut-être bien en situation irrégulière.

Depuis mai 2012, nous avions l’illusion que cette clique nous avait déjà flanqué plein de claques et que cela ne pouvait pas être pire.

Nous venons de prendre dans la gueule un projet de « loi Travail » qui est une honte, et nous voici avec une légitimation officielle de la discrimination sur l’apparence.

Il nous restait à découvrir que, puisqu’ils n’ont pas « une tête de gauche » … ils ne sont pas de gauche.

Jean-Paul BOURGЀS 27 février 2016

 

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