L’abolition définitive de l’esclavage par la France, le 27 avril 1848, devrait être l’une des dates les plus importantes, voire la plus importante, de notre calendrier républicain.
L’élan de la révolution française, marqué par une première abolition le 29 août 1793, avait été brisé, le 20 mai 1802, par Napoléon BONAPARTE, encore Premier Consul, qui avait rétabli cette honteuse pratique qui réduisait des hommes au statut de possession d’autres hommes autorisés à en disposer comme ils le faisaient de leurs animaux domestiques.
Grâce à Victor SCHŒLCHER, c’est soixante deux jours après son instauration que le gouvernement provisoire de la IIde République prit ce décret d’abolition. Cette célérité dans les réformes fondamentales laisse rêveur quand on constate l’impuissance moderne de nos gouvernants qui, empêtrés dans l’économique qui les domine et devant lequel ils se révèlent être des nains, sont incapables de conduire des réformes d’importance … sauf lorsqu'il s’agit de régressions exigées par le néo-libéralisme triomphant.
Mais revenons à cette décision par laquelle le pays qui la décida se libéra plus du poids du passé que ceux qu’il débarrassa de leurs chaînes. Ceux dont les ancêtres n’étaient pas esclaves et pas tous esclavagistes, comme ceux dont les arrière-grands-parents avaient connu cet horrible statut, devraient pouvoir fêter cette date avec la même joie, j’oserai dire la même ferveur … puisqu’elle a marqué un progrès vers plus d’humanité des uns avec les autres.
Pourtant, dans une petite ville de France de dix mille habitants, on ne célébrera pas officiellement cet événement aujourd’hui, contrairement aux années précédentes. Cette petite commune avait pris l’habitude ces dernières années de marquer cet anniversaire car un personnage célèbre, Alexandre DUMAS-père, y était né soixante deux jours seulement après le rétablissement de l’esclavage par Napoléon BONAPARTE. Or, Alexandre DUMAS était le fils du général DUMAS, premier général d’origine afro-antillaise et donc issu d’esclaves déportés aux Antilles par l’ignoble « commerce triangulaire ». Les symboles sont donc forts dans cette petite ville de l’Aisne, et en refusant de s’associer à ces cérémonies, le nouveau maire FN montre clairement dans quel clan il se trouve : celui de l’exploitation de l’homme par l’homme sur une base raciste qui traite certains hommes comme des sous-hommes.
Le titre de ce billet vous paraîtra moins étrange quand je vous aurai précisé que la petite ville de l’Aisne où ça se passe (J’ai failli écrire « petite ville de la Haine »), est Villers-Cotterêts.
Le 6 septembre 1539 le Parlement de Paris enregistrait la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts qui marque, entre autres aspects, la primauté du Français dans les actes publics.
Devant la maladie de la haine que le F’haine répand dans notre pays en profitant de ses difficultés et de la sottise couarde des hommes politiques « de gauche » , comme de droite, je me suis pris à rêver à une nouvelle ordonnance de Villers-Cotterêts faisant du 27 avril la fête nationale puisque ce fut une victoire sur nous-mêmes et qu’il n’y a rien de plus beau.
Si nous décidions ça … nous guéririons peut-être de notre maladie de langueur actuelle qui nous rend aussi faibles, mais bien moins séduisants, que « La dame aux camélias ».
Jean-Paul Bourgès 27 avril 2014