Un Préfet qui mérite vraiment d’être remercié !

La caractéristique des Préfets c’est qu’ils ont un emploi intégralement soumis aux décisions du gouvernement. Cela date de Napoléon et récemment on vit un Préfet remercié du jour au lendemain par Nicolas SARKOZY parce qu’il n’avais pas été capable d’organiser la claque chargée d’applaudir le Chef de l’Etat avec des gens de taille suffisamment limitée pour que notre éminent Président n’apparaisse pas trop petit en venant serrer les mains qui se tendraient « spontanément » vers lui.

N’ayant ni ce pouvoir, ni cette envie, ce sont des vrais remerciements que je veux, par ce billet, adresser à un Préfet que Manuel VALLS remercie, à sa façon, en mettant fin à ses fonctions.

Il s’agit d’Alain RÉGNIER.

La première fois que je l’ai rencontré, en 2007, c’était à la préfecture de Lyon où il venait d’être nommé « Préfet délégué à l’égalité des chances » auprès du Préfet du Rhône qui était alors un Sarko-boy affirmé. Alain RÉGNIER venait du cabinet de Dominique de VILLEPIN et il fallait avoir du caractère pour avoir dans son bureau une grande photographie du cabinet de l’ancien Premier Ministre que Nicolas SARKOZY rêvait de pendre à un croc de boucher.

Alain RÉGNIER est un homme de conviction, orienté résolument et de longue date, vers les plus fragiles de notre société. Qu’il n’ait pas fait l’ENA, mais tout d’abord des études de génétique moléculaire, avant de s’orienter vers le droit public, ne l’a-t-il pas préparé à se rapprocher au plus près du vivant au lieu de s’en éloigner comme tant d’autres Préfets qui ne voient plus devant eux que des abstractions macro-économiques et des chiffres ?

En 2008 François FILLON l’avait chargé de coordonner l’action d’hébergement et d’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées. Dans ce cadre il avait eu à s’occuper de la mise en œuvre du rapport établi par Etienne PINTE, à cette époque député UMP de Versailles, qui, pour moi, illustre le fait qu’on peut trouver des personnes bien dans tous les partis … fut-ce l’UMP !

Dans ce contexte, Alain RÉGNIER sut nouer des relations de franchise, de partage d’objectifs, de valeurs morales identiques avec l’ensemble des associations qui œuvrent dans ce domaine pour corriger les dégats que font nos politiques économiques et sociales.

Il avait réussi à collaborer avec trois ministres du logement Christine BOUTIN, Benoît APPARU, Cécile DUFLOT tout en gardant la confiance des associations comme la Fondation Abbé PIERRE, la FNARS, les PACT, la FAPIL, le Secours Catholique, le Secours Populaire, … et les trente associations qui s’étaient réunies dans le cadre d’un « collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement ».

Pour réussir cela, il n’existe que deux solutions : être une anguille politique ou être soi-même et avoir une démarche profondément républicaine. Dans son cas c’est bien évidemment la seconde formule qui convient.

La droite l’avait nommé, l’avait respecté, l’avait laissé agir et s’exprimer. Le chef d’un gouvernement « socialiste » le vire, probablement en raison de ses positions sur le sort qui est réservé aux Roms. Je ne commenterai même pas le sens politique de ce limogeage.

Comme tous ceux qui ont collaboré avec lui, je me contente de le remercier et de lui exprimer mon très profond respect et les sentiments d’amitié vraie qui s’étaient forgés lors de discussions où seul comptait ce que nous éprouvions et la volonté d’agir pour les moins favorisés d’entre nous..

Jean-Paul Bourgès 28 juin 2014

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