J’ai beau avoir un gendre britannique, en abordant ce sujet ça n’est pas à une discussion sur les mœurs routières insulaires et continentales que je veux vous inviter.
C’est plutôt à une suite de mon billet d’hier que j’ai eu envie de me livrer.
J’ai énervé certains en ne rendant pas grâce à tous les mérites éminents (Mon propos n’est pas moqueur) de Jean-Luc MÉLENCHON. Je ne nie pas qu’il appelle un chat un chat, là où d’autres se contorsionnent pour y voir on ne sait quel animal hybride et imaginaire. Mais, que cela plaise ou non, je trouve que son usage de l’invective est trop permanent et excessif d’une part et que d’autre part le refuge dans l’abstention au deuxième tour de la présidentielle, que certains préféraient, revenait à une complicité objective avec Nicolas SARKOZY. Et, pour moi, prendre le risque de faire gagner la droite ne peut pas être un comportement de gauche … et je revendique mon simplisme.
Je ne pense pas indispensable d’apporter beaucoup d’autres commentaires aux intéressants points de vue exprimés par divers lecteurs et je n’ai que moins d’un quart d’heure de connexion par jour, ce qui est un peu court pour entretenir une discussion serrée (Dommage). Pour beaucoup ils ont approfondi ce que j’abordais, qui n’est pas si naïf que le pensent certains, et j’apprécie ces compléments sans avoir besoin d’expliciter ce que je fais concrètement pour vivre au mieux mes convictions dans la vie quotidienne … en dehors du fait de ne pas m’attabler seul devant un lapin à la crème accompagné d’une fricassée de cèpes.
Un point particulier du débat électoral en Allemagne, me fournit, par contre, une belle occasion d’illustrer, sur un exemple d’outre-Rhin, la différence qui peut exister entre gauche et droite.
Tous ceux qui ont eu l’occasion de conduire en Allemagne savent que les autoroutes n’y donnent pas lieu à paiement d’un péage. Les Allemands font figure d’exception, car dans la plupart des pays, l’usager d’une autoroute doit payer … et parfois fort cher … pour se déplacer rapidement et en meilleure sécurité. Dans tous ces pays on roule du coté droit, maisy a -t-il là l’illustration d’un comportement de droite ou de gauche ?
Construire et entretenir des autoroutes avec de l’argent public et ne pas faire payer de péage, c’est donner la priorité au collectif sur l’individualisme. Concéder des autoroutes construites avec le fruit de l’impôt, à des entreprises privées qui touchent des pactoles au travers de péages qui sont d’autant plus difficiles à supporter qu’on a un budget serré, c’est une antithèse bien française et résolument droitière.
Mon analyse n’est pas politicienne, mais concrète et pragmatique. Pour moi, sur leurs autoroutes, les Allemands roulent « à gauche ».
Mais ce sujet me permet aussi de reprendre la question du nationalisme et de l’internationalisme que j’abordais dans le billet d’hier. Un leader de la CSU (La CDU bavaroise), Horst SEEHOFER, choqué par le fait que les grosses berlines allemandes aient à payer des péages pour amener leurs propriétaires sur la Riviera italienne ou la Costa Brava en empruntant les réseaux autoroutiers français, italiens, espagnols, voudrait que les Français, les Italiens et les Espagnols paient un péage en roulant sur les autoroutes allemandes, tandis qu’elles resteraient gratuites pour les Allemands ! Il s’agit, évidemment, d’un propos strictement électoraliste destiné à montrer son souci « des Allemands d’abord » … pour ne pas dire « über alles ». Son parti est un fanatique de la concurrence libérale, de la mondialisation etc … mais il n’oublie pas de penser « national » contre ceux qui raisonnent « international » et protéger les plus faibles lui importe moins que caresser l’égoïsme des plus forts dans le sens du poil. Là, il n’y a pas photo … il est bien de droite, ce que l’on savait d’ailleurs.
Rien de tout ceci n’est l’expression d’une naïveté, même quand je m’amuse à enrober mon propos de considérations mycologiques.
Plus qu’en coupant les cheveux en quatre, je fais encore la différence entre décision de gauche et décision de droite … et j’ai souvent la tristesse de dire, y compris dans mes billets, que la « gauche de gouvernement » cède trop souvent à un conformisme de droite … qui a pourtant conduit le pays à l’une des pires situations connues depuis la deuxième guerre mondiale.
Voir revenir Nicolas SARKOZY et sa clique, serait, cependant, une catastrophe. Avec réalisme je préfère encore une gauche qui se renie parfois, à une droite pourrie et compromise avec l'extrêe-droite.
Jean-Paul Bourgès 27 août 2013