Hier, jeudi, pour un CA du Centre Haroun TAZIEFF (CHT), je suis allé de Lyon à Borée, un petit village de l’Ardèche, situé au pied du Mont Gerbier de Joncs, où la Loire prend sa source.
Que ce pays est donc beau ! Son relief est marqué de ce volcanisme, refroidi depuis peu de temps en terme géologique.
Avec Frédéric LAVACHERY, fils d’Haroun TAZIEFF et président du CHT, nous avions à prendre des décisions sur le développement de ce centre destiné à promouvoir la très originale démarche intellectuelle de ce grand volcanologue, qui secoua cette discipline un peu académique. Alors que d'autres ne s’intéressaient guère qu’aux volcans bien éteints … il préférait se rendre le plus près possible du cœur des volcans en activité afin de procéder à des analyses physiques et chimiques de ce qui s’en échappait et, en particulier, des gaz qui le renseignaient sur ce qui se passait en-dessous. Pour oser une comparaison, plutôt qu’à la dissection d’animaux morts, il pensait qu’on en apprenait plus en regardant vivre les animaux et en analysant, sitôt faites, leurs déjections.
Ceux qui s’intéressent à cet étrange personnage, porté aux nues médiatiques par certains et honni par d’autres, pourront prochainement se reporter au livre que Frédéric LAVACHERY publie d’ici quelques semaines pour marquer le centième anniversaire de la naissance de son père, sous le titre « Un volcan nommé TAZIEFF » aux éditions de l’Archipel. Le fils valant le père, le texte en ébouriffera plus d’un !
Cette partie de notre pays va de Vallon Pont d’Arc, où se trouve l’extraordinaire Grotte Chauvet, jusqu’aux Sucs de l’Yssingelais. Sur ce trajet, traçant une étrange diagonale où abondent des restes d’activités humaines et religieuses sur des centaines de millénaires, une étude multidisciplinaire approfondie mériterait d’être conduite. D’un simple point de vue esthétique, on est là en présence d’une nature exceptionnellement sauvage et, paradoxalement, de fortes traces de présence humaine. Là où l’esprit se prend à rêver c’est quand on pense que ces artistes étonnants qui peignirent les murs de la Grotte Chauvet ont vu en activité les derniers volcans situés le long de cette ligne qui relie la vallée du Rhône à l’Auvergne. Tel Prométhée, l'homme a-t-il donc toujours cherché à approcher ce qui était le plus redoutable et à s'emparer du feu ?
Beaucoup plus proches de nous, les Romains, qui étaient de grands amateurs des sources thermales, vinrent exploiter les propriétés des sources d’eau chaude qui continuent de jaillir du sol et auxquelles un volcanisme pas aussi enfoncé que ce qu’on pourrait croire transmet sa chaleur et bien d’autres propriétés curatives.
L’homme n’est jamais autant capable de crééer que quand il se confronte aux éléments de la nature la plus sauvage, en osant s’en approcher tout en s’en protégeant.
Dans cette nature si rude et si vraie, c’est à cet enseignement là d’Haroun TAZIEFF que j’aime penser quand je me trouve là-haut.
Jean-Paul Bourgès 28 février 2014