La peine de mort n’est pas normale, discutable ou inadmissible en fonction de l’échelle du crime qu’elle est sensée sanctionner.
Lorsque François MITTERRAND chargea Robert BADINTER de demander à l’Assemblée Nationale et au Sénat d’abolir la peine de mort, alors que l’opinion française en souhaitait le maintien, il ne fut pas question d’échelle. C’est pour des raisons éthiques, celles qui font la différence entre un pays évolué et la barbarie, que Robert BADINTER prononça la plus belle plaidoierie de sa carrière. J’en citerai juste les quelques mots suivants : « … dans les pays de liberté l’abolition est presque partout la règle ; dans les pays où règne la dictature, la peine de mort est partout pratiquée ».
Malgré cela nous ne pouvons pas nous masquer la difficulté que l’on peut éprouver à voir échapper à la peine capitale un homme qui a martyrisé, exterminé ou ordonné de massacrer des dizaines, des centaines ou même des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.
Cette question d’échelle dans le crime et sa sanction, même si elle n’a guère de sens car la sanction n’est pas destinée à effacer ou réparer le crime, est cependant plus ou moins présente à l’esprit dès qu’on évoque ces crimes à grande échelle que sont les génocides.
Dès qu’il s’est mis en place, et malgré le peu de sympathie que je ressens pour les « Frères Musulmans », j’avais exprimé une vraie méfiance envers le nouveau Pharaon, SISSI 1er.
Sa « Justice » vient d’inventer une inversion de l’échelle des peines qui est une innovation historique.
On avait déjà vu un homme condamné à mort pour avoir tué cinq cent vingt neuf personnes. Mais on n’avait jamais vu cinq cent vingt neuf hommes condamnés à mort alors qu’il n’y a qu’une victime de « leurs agissements ». La victime a-t-elle reçu cinq cent vingt neuf coups, chaque condamné lui ayant porté un coup mortel ? Evidemment non !
La condamnation à mort prononcée hier est donc une condamnation collective, ne pouvant, tout au plus, reposer que sur l’envie que les condamnés auraient partagée de voir mourir devant eux la victime, un policier qui participait à la répression d’une manifestation des « pro-MORSI ».
Chacun des condamnés n’est donc, au maximum, qu’un modèle réduit de criminel à l’échelle 1/529ème. Mais en Egypte, actuellement, on ne joue pas avec des modèles réduits ni avec des sodats de plomb.
Ce système s’enfonce dans une intolérable brutalité qui fera vite regretter Mohamed MORSI et Hosni MOUBARAK.
Pour que l’on ne commette surtout pas l’erreur de penser que je suggère qu’en France notre Justice fonctionne à merveille, notons juste que Julie GAYET vient, en moins de trois mois, d’obtenir la condamnation de « Closer » pour atteinte à sa vie privée … tandis que ça n’est que cinq ans après leur licenciement que les salariés de MOLLEX ont obtenu du tribunal des Prdudhommes que leur licenciement soit reconnu comme « dénué de fondement » … et l’employeur va sûrement faire appel … ce qui les fera encore attendre bien longtemps.
Jean de la FONTAINE l’avait dit : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». On pourrait ajouter qu’ils iront vite ou traîneront sans limite.
Jean-Paul Bourgès 28 mars 2014