A Lyon, pour se moquer des puissants, nous avons Guignol et Gnafron. En Italie, depuis plus longtemps encore, on a tous ces merveilleux personnages de la « commedia del’arte ».
Depuis hier soir, à la suite d’un vote du Sénat italien, Silvio BERLUSCONI vient, enfin, d’être chassé par ses pairs à la suite de sa condamnation pour fraude fiscale.
C’est bien à Pantalon, ce personnage qui est un vieillard amoureux d’une jeune-fille, que l’on pense à propos de l’ex-sénateur qui nous a donné une si belle démonstration de ce qu’est une « pantalonnade » lors de ses soirées bunga-bunga, aussi bien que dans ses extravagances politiques où il osait faire voter des lois par ses affidés pour échapper aux juges..
Pourri jusqu’à la moelle, corrupteur et corrompu, organisateur de débauches comme Rome et Milan n’en avaient plus guère connu depuis la pire époque de la décadence lorsque l’inceste et le poison étaient monnaie courante dans les cours italiennes et jusqu’au trône de Saint Pierre, il accompagna une descente aux enfers de l’Italie en ayant le culot de jouer à l’homme providentiel.
Son éviction, juridiquement incontournable, marque sûrement un point final à une aventure sidérante que, chez nous, Bernard TAPIE pensa probablement imiter.
La dernière réplique, d’une grandiloquence qui me fait penser aux films en noir et blanc de la grande époque, est sublime de prétention et d’inconscience.
Silvio BERLUSCONI osa dire, en effet, à la suite de cette expulsion, qu’il s’agissait : «d’un jour de deuil pour le droit et la démocratie ».
En fait l’un et l’autre viennent, enfin, de renaître en Italie !
Que cela nous inspire, nous Français, comme MOLIÈRE sut puiser ses premiers personnages dans ceux de la Commedia del’arte, pour faire le ménage qui s’impose, à droite comme à gauche, avant qu’un personnage encore plus pervers vienne, à notre place, installer un « ordre nouveau » ou ultra-marin.
Jean-Paul Bourgès 28 novembre 2013