Les Poubelles

 

Les poubelles et le Faubourg Saint Honoré

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, l’association intitulée « Collectif Valorisons nos Déchets », tenait son assemblée générale à Tence. Peu de gens savent où se trouve Tence, sur ce Plateau Vivaro-Vellave, à cheval sur l’Ardèche et la Haute-Loire, où je suis plus heureux que n’importe où au monde.

Membre de cette association, créée en 2010 pour résister à un projet d’équipement de dix sept mille foyers en « poubelles à puce », j’étais monté hier de la région lyonnaise afin d’y retrouver ceux qui veulent faire triompher le bon sens et la démocratie contre les tenants de multinationales exclusivement préoccupées par leur rentabilité.

Mais de quoi s’agit-il ? Et en quoi ce sujet vient-il faire irruption dans une série de billets centrés sur l’élection présidentielle de 2012 ?

Là-haut, comme partout, se pose la question de notre mode de consommation et des montagnes de déchets qu’il produit. Les décharges créées il y a plus de trente ans, débordent et il faut trouver comment en limiter la croissance.

Rien n’est plus trivial, quotidien, domestique et peu philosophique. Attendant, « patiemment », qu’on m’annonce la naissance de ma fille aînée, en juillet 1972, je lisais un article sur le traitement des déchets … en cherchant à me concentrer, et je vous demande donc de croire que cela m’intéresse de longue date.

On peut observer que les ressorts de la grande politique et de l’économie se trouvent là mis en jeu comme sur la scène nationale et mondiale.

              Il y a un vrai problème … les déchets nous envahissent.

              Il y a la véritable responsabilité des politiques puisque la Loi dit qu’ils doivent s’en charger.

              Il y a de grands intérêts économiques puisqu’il y a un business pérenne à faire.

A Tence, ou plus excatement au Syndicat Intercommunal chargé des Ordures Ménagères, on a vu des politiques locaux, un peu faibles … et peut-être pas tous insensibles à certaines sirènes, céder en catimini (C'est-à-dire sans aucune information préalable ni débat avec les citoyens concernés, ni  avec les élus intermédiaires ... à l'échelle de dix sept mille foyers ça ne doit, pourtant, pas être bien difficile) aux propositions mirifiques … puisque technologiques … d’une entreprise multi-nationale. On va fournir à chaque foyer une « poubelle à puce » qui permettra de savoir combien de fois chacun a eu recours à l’enlèvement des déchets domestiques … et, hop, vous verrez qu’il y aura moins de déchets, grâce à une « redevance incitative ». Petit détail par rapport aux recommandations du « Grenelle de l’Environnement » qui prône effectivement une redevance incitative, celle-ci doit se fonder sur le poids des déchets traités … alors que le système retenu compte de la même façon une poubelle quasi-vide et une poubelle pleine à rebord.

Des citoyens ont alors réagi en disant « On se moque de nous », certains élus de terrain ont commencé à s’interroger, une association a vu le jour et a organisé des dizaines de réunions d’information, des visites de terrain ailleurs, a fait venir des  intervenants de bords différents … a lancé un recours au Tribunal Administratif … etc …

La démocratie de terrain, la seule qui soit encore proche du modèle athénien, s’est mise en route. C'est elle qui explique comment limiter les déchets, comment les valoriser, comment responsabiliser chacun ... au lieu de privatiser la fonction au profit d'une grosse entreprise qui n'aurait qu'un seul but : faire le plus de profit possible.

A l’heure qu’il est je ne sais qui gagnera du pot de terre et du pot de fer (S’agissant de Plastic Omnium, je devrais plutôt dire du « pot de plastique »), mais ce que je sais c’est que c’est bien de démocratie dont il s’agit … et, chose étrange, le jeune et brillant Ministre hostile à « l’assistanat » et qui prône la responsabilité, se trouve, comme par hasard aux côtés de ceux qui préfèrent le marché juteux à une vraie réflexion citoyenne et de terrain sur la façon de réduire, à la source, les volumes de déchets.

La politique locale des décharges et la « grande politique » n’en font qu’une … même quand on essaye de nous persuader du contraire. Je le redis, il n’est que temps de changer.

Jean-Paul Bourgès 29 avril 2012

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