Avant le déclenchement d’une succession de catastrophes, cela s’appelait « La Belle Epoque ». Tout n’était sûrement pas rose tous les jours pour tout le monde, mais les progrès de l’instruction assurée au pas de charge par « les hussards noirs de la République », la séparation des églises et de l’Etat, l’instauration d’un impôt progressif sur le revenu … avaient mis la France sur le chemin d’une modernité dans un contexte de relative prospérité. C’est de vingt ans en vingt ans que j’ai choisi de balayer ce siècle qui va de 1914 à 2014.
Et, pour commencer ça n’est pas le 2 août 1914 que je veux d’abord évoquer, mais le 31 juillet 1914, où Jean JAURÈS fut assassiné. Le combat que Jean JAURÈS menait contre la guerre était, à l’évidence, perdu et quand Raoul VILLAIN tira sur le tribun, sa vie ou sa mort, ne pouvaient plus rien changer à la folie destructrice qui démarrerait deux jours plus tard. Mais, si je retiens cet événement, c’est en raison de son caractère d’une part totalement inutile et d’autre part de sa signification symbolique résultant de l’assassinat d’une des rares voix qui s’élevaient pour adjurer ceux qui le pouvaient de ne pas déclencher la guerre. Il ne fait pas bon résister à la majorité et aux puissants qui la façonnent puis s’en servent pour leurs intérêts.
Vingt ans plus tard, l’extrême-droite avec ses diverses composantes qui avaient la République en horreur, fut à deux doigts de s’emparer du pouvoir le 6 février 1934, en prenant le prétexte du limogeage du préfet Jean CHIAPPE en raison du rôle trouble qu’il avait joué dans l’affaire STAVISKY. Si le colonel de la ROQUE l’avait vraiment voulu, la IIIème République serait tombée ce jour là. A quoi tenait-elle ? !
Le 20 juillet 1954 les accords de Genève mettaient fin à la guerre d’Indochine que l’armée française avait perdue dix semaines plus tôt à Dien Bien Phu. La décolonisation était en route et seule la sottise de dirigeants sourds et myopes fit que la guerre d’Algérie dura autant que la guerre d’Indochine, mais avec des traumatismes bien pires, autant pour la France que pour l’Algérie. Où étaient les propagateurs de « Liberté Egalité Fraternité » ? Sûrement pas chez un officier tortionnaire « qui nous représente » à Strasbourg.
Le 3 mars 1974, le Président Georges POMPIDOU n’étant manifestement plus complètement aux manettes, puisqu’il ne lui restait qu’un mois à vivre dans une extrême douleur, Pierre MESSMER annonçait que, pour être indépendante sur le plan énergétique, la France lançait un vaste plan de construction de treize centrales nucléaires ! Il annonça cela, à peu près comme on dit : « J’ai décidé de m’acheter une moto plutôt qu’une voiture ». Pas de débat au Parlement, pas de référendum … rien, « circulez il n’y a rien à voir », ça n’est qu’une décision technique ! Et nous en subissons encore les conséquences. Mais où étaient donc les démocrates ?
L’Angleterre n’est plus vraiment une île depuis le 9 mai 1994 lorque Elisabeth II et François MITTERRAND inaugurèrent ce tunnel sous la Manche dont on parlait depuis le XIXème siècle. Et, pourtant, le Royaume-Uni, qui avait semblé s’arrimer de plus en plus à l’Europe continentale, s’en est peu à peu éloignée … non sans avoir puissamment agi pour convertir, de gré ou de force, les autres membres de l’Union Européenne au néo-libéralisme, né et mûri chez ceux qui entouraient Ronald REAGAN. La fin de ce processus vient probablement d’être entamée par la victoire de l'UKIP qui propose maintenant aux Britanniques de quitter l’Union Européenne après l’avoir tant pervertie.
Et je termine le passage en revue de ce bien triste siècle, par le 25 mai 2014, où la France découvrit que le Front National est désormais son premier parti. Que ce parti envoie à Strasbourg un indvidu qui espère que le virus Ebola tuera beaucoup d’Africains et sa fille qui aime valser à Vienne avec des nazis estampillés comme tels … n’est-ce pas annonciateur d’une nouvelle série de malheurs ? car que pourrait-il résulter d’autre de la haine portée en sautoir !
Quelle galerie des horreurs ! Quel mépris des idéaux républicains, régulièrement répété ! Que de faillites ! Combien de fois a-t-on refusé d’entendre les appels à la paix ?
N’ayant pas une aptitude naturelle à l’abandon … j’attends un sursaut de courage et de dignité.
Que ceux qui refusent la haine le disent, tous ensemble, sans se soucier de leurs autres différences.
Jean-Paul Bourgès 29 mai 2014