Dans le billet d’hier j’évoquais le retour au silence des armes à Gaza et en Israël.
La caractéristique de la guerre c’est qu’elle interrompt de nombreuses vies qui n’auront pas la possibilité d’exprimer le potentiel de richesses qu’elles recelaient. Combien de génies, de grands artistes sont-ils morts ces derniers temps au Proche Orient avant d’avoir pu exprimer leurs talents ? La guerre est infiniment pire que la maladie qui, elle aussi pourtant, brise des vies, car la guerre découle de décisions humaines alors que la maladie y échappe très largement comme on le voit bien avec l’épidémie de fièvre Ebola qui frappe l’Afrique du golfe de Guinée. On tente de lutter contre la maladie, on considère bien souvent la guerre avec indifférence ou résignation.
Mais pourquoi donc ces évidences et ce titre ?
Des études statistiques menées sur des populations d’anciens sportifs de haut-niveau et sur des populations d’hyper-centenaires confirment des hypothèses déjà exprimées depuis longtemps. La durée de la vie humaine, comme celle de chaque espèce, serait biologiquement limitée et Jeanne CALMENT, décédée à cent vingt deux ans, aurait probablement atteint un maximum indépassable et, d’ailleurs, non dépassé depuis plus de quinze ans.
Ces études n’enfoncent-elles pas des portes ouvertes ?
Nous savons que certains insectes ne vivent que quelques heures. Un chien qui vit plus de quinze ans est un phénomène (J’ai eu un Montagne des Pyrénées qui a atteint cet âge et qui est mort juste après s’être roulé une dernière fois dans la neige qui venait de tomber le 1er janvier). Un cheval atteint rarement l’âge de trente ans, tandis que l’âne franchit souvent son quarantième anniversaire.
Cette notion de limite propre à chaque espèce, avec de légères variantes dues au mode de vie, à la médecine et à l’environnement, paraît être une évidence de bon sens se jouant de tous les subterfuges plus ou moins magiques pour vivre autant ou plus que Mathusalem.
Tandis que certains cherchent à découvrir cette limite, ou « mieux » la façon de la repousser, certains se battent pour réduire le taux de mortalité infantile dans tous les pays où la santé publique est à un niveau proche de celui qui régnait dans nos pays il y a environ cent cinquante ans. A l’autre bout nos sociétés se demandent comment elles seront capables de faire face à un accroissement exponentiel du nombre de centenaires parmi lesquels une forte proportion de personnes totalement dépendantes atteintes de troubles cognitifs majeurs.
Ce qui est le plus frappant dans ce contexte c’est la juxtaposition de recherches, de politiques, d’orientations sans cohérence d’ensemble. Le seul ministère qui aurait dû être créé et qui aurait pu en supprimer plein d’autres ça aurait dû être « Le ministère de la durée de la Vie ».
Si au lieu de constater sans broncher des comportements collectifs sans cohérence entre eux, on observait un comportement individuel aussi désordonné, ne le qualifierait-on pas de schizophrénie ?
Nous voulons tout et son contraire. Notre attitude face à cette notion de la durée de la vie est tout sauf rationnelle ! Et, pourtant, la plupart des politiques publiques devraient exprimer des choix collectifs par rapport à cette notion.
Jean-Paul Bourgès 29 août 2014