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Billet de blog 29 octobre 2015

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Sont-ils cinq, dix-huit, ou des millions ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Lorsqu’un DRH dut grimper à un grillage avec une chemise déchirée, la France officielle n’eut pas comme réaction de se demander « Mais que s’est-il passé, pour qu’on en arrive là ? ». Premier-Ministre en tête, elle réprouva l’arrachage de la chemise et Manuel VALLS n’hésita même pas à traiter ceux qui avaient secoué physiquement le DRH, de « voyous ».

Comment le responsable du Gouvernement peut-il se laisser aller à tenir de pareils propos qui ne peuvent s’expliquer que par un tel parti-pris dans le dialogue social que cela l’invalide à tout jamais dans autre-chose que la défense systématique des employeurs dans les conflits avec leurs salariés ?

Mais, dans cette consternante affaire, la suite nous révèle la dureté d’un bras de fer qui devrait déchirer bien plus qu’une chemise.

Les « déchireurs de chemise », qui agissaient à visage découvert, ont été identifiés sur les photos prises tout autour de cette sortie houleuse d’une discussion en impasse. Au petit matin, ils furent alors arrêtés chez eux puis mis en garde à vue.

Les « agresseurs » étaient au nombre de cinq … cinq qui furent embastillés de façon expéditive.

Mais alors, comment interpréter qu’ils soient dix-huit à être l’objet de procédures disciplinaires susceptibles de se conclure par des licenciements ?

L’objectif n’est-il pas de faire peur aux salariés d’Air-France dont tous ne sont pas, loin de là, des pilotes payés comme des Ministres ? Ne nous laissons pas manipuler, beaucoup sont des travailleurs qui chargent et déchargent des avions comme d’autres le font, aux halles à Rungis, avec des palettes de légumes … qui sont d’abord passées par le fret aérien de Roissy.

Admettons que l’incompétence des dirigeants d’Air-France ait conduit ce fleuron national au bord du gouffre et qu’il faille, désormais, que le personnel en paye les pots cassés. Mais la casse commence-t-elle par la réduction des salaires de l’ensemble des cadres dirigeants ? Les propositions de la direction sont-elles faites sur le ton de l’excuse … ou de celui du mépris pour la valetaille ?

Cette affaire laissera des traces dans l’histoire des relations sociales en France. Elle pourrait bien marquer la fin de l’ère du mépris indolore et même triomphant.

Il est lamentable qu’un « Gouvernement de gauche » ne l’ait pas senti immédiatement et n’ait pas compris que la faute initiale venait de la direction d’Air-France.

Lorsque deux enfants se disputent, les parents commettent une faute lourde s’ils punissent celui qui se rebiffe et montre ses poings, et non le petit hypocrite qui l’a mis en colère en le traitant de moins que rien sans être entendu par ses parents.

En passant de cinq bouc-émissaires à dix-huit menacés, la direction d’Air-France, bien évidemment approuvée par le Premier-Ministre, s’est lancée dans une fuite en avant qui l’emportera et trouvera des millions de salariés aux côtés de ceux qui ont été, de façon méprisante, traités de voyous … alors qu’ils étaient menacés de cette mort sociale qui correspond au chômage dont la courbe ne s’est toujours pas inversée.

Le vrai coupable n’est pas toujours celui qu’on voit.

Jean-Paul BOURGÈS 29 octobre 2015

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