Les racines profondes de la culture

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Le 18 décembre 1994, il y a un peu plus de vingt et un ans, trois spéléologues, Jean-Marie CHAUVET, Eliette BRUNEL et Christian HILLAIRE, découvrirent une petite ouverture sur le bord d’un chemin muletier longeant la falaise qui surplombe la rivière au niveau de la plus belle curiosité géologique du département : le « Pont d’Arc », sous lequel coule l’Ardèche. Ils venaient de découvrir la plus ancienne caverne peinte au monde, qui fut ultérieurement datée d’un minimum de trente-six mille ans, soit deux fois plus que Lascaux.

La découverte d’une telle merveille, dont la maîtrise graphique nous oblige à reconsidérer fondamentalement les idées que nous pouvions avoir, jusque-là, sur ce qu’est un « homme moderne » et un « homme primitif », déclencha chez le fils d’Haroun TAZIEFF, Frédéric LAVACHERY, une réflexion que l’inertie intellectuelle du monde académique ne peut pas balayer par la seule vexation de ne pas y avoir pensé avant lui.

Il se trouve que Frédéric LAVACHERY, fondateur du Centre Haroun TAZIEFF pour les sciences de la Terre, vit sur les flancs du Mont Mézenc, qui fut le plus majestueux volcan de l’Est du Massif Central, si riche en volcans.

Les derniers volcans qui crachèrent de la lave et illuminèrent les nuits de ce secteur, comme l’Etna continue de le faire en Sicile, étaient encore en activité à l’époque où, sur plusieurs millénaires, les parois de la Grotte Chauvet furent peintes.

Frédéric LAVACHERY formula alors la réflexion évidente, que ces peintures furent obligatoirement marquées par ce spectacle impressionnant pour l’homme et pour les différentes espèces animales : une éruption volcanique à quelques kilomètres de son jaillissement.

Les hommes qui utilisèrent la grotte, pour y tenir des réunions que l’on peut imaginer de nature mystique au milieu de leurs peintures pariétales qui devaient avoir une fonction plus ou moins magique, parcouraient le pays environnant, depuis le Rhône tout proche, jusqu’au Plateau Ardéchois. Ils traversaient les paysages que les derniers volcans scandaient de leurs manifestations violentes … marquées par l’écoulement de la lave le long des différentes vallées qui aboutissent au Rhône.

C’est donc au long de ces vallées, parcourues par la lave, par les animaux du paléolithique et par les hommes de l’époque de Chauvet, que s’enracine notre origine et, par conséquent notre culture la plus fondamentale.

Qu’y a-t-il d’encore plus premier que la peinture ? Assurément le fait de tirer des sons et des rythmes en frappant des morceaux de bois ou en faisant résonner ces pierres volcaniques que l’on appelle justement des phonolithes. Faire naître des sons semblant venir d’ailleurs … et danser, c’est sûrement la première expression artistique qui nous sort de nous-mêmes et noue le contact le plus profond entre les participants à cette étrange cérémonie intérieure et collective à la fois.

Enfin, après s’être abrité dans et sous les arbres ou dans les abris naturels que sont les grottes, l’homme n’a-t-il pas utilisé la pierre que le feu avait crachée et que l’eau des torrents charriait, pour bâtir ? Les premières constructions ne firent pas appel à du ciment pour relier les pierres, mais au talent des bâtisseurs de murs en pierre sèche qui résistent au temps lorsque le bâtisseur a su choisir ses pierres et les poser les unes sur et contre les autres.

L’ensemble de ce lien nécessaire entre les hommes qui peignirent la grotte Chauvet et les volcans, les chemins qu’ils durent arpenter en tous sens du Rhône vers les cimes alors que la terre les alimentait en nouvelles roches, l’art d’assembler ces pierres que l’on peut encore observer le long de nombreux chemins creux … et la danse sans apprêts artificiels, sont les ingrédients d’une manifestation culturelle organisée par un collectif d’associations locales du territoire de la Communauté de communes Val'Eyrieux qui descend du Plateau ardéchois en direction de la Grotte Chauvet.

Puisque nous sommes convaincus que les hommes de Chauvet s’y déplaçaient, la manifestation comportera, sur les « chemins de l’eau et du feu », une redécouverte de ces chemins avec des spectacles de danse de la Compagnie « L’Art’Sème » aux étapes ; des récits faits par des conteurs ; des démonstrations de réalisations en pierres sèches par des artisans qui perpétuent cet art ; des conférences de Frédéric LAVACHERY sur le volcanisme, agrémentées par des films réalisés il y a plus d’un demi-siècle par Haroun TAZIEFF (Dont certains n’ont jamais été montrés en public jusque-là).

A deux semaines du début de cette manifestation, qui comprendra un premier temps fort lors du week-end de Pentecôte, puis un second, fin août, en association avec le Club Astronomique de Mars (J’ai parlé de ce Club dans un billet du 8 août 2015  : Club-astronomique-Mars ), des ajustements de programmation doivent être encore apportés afin de tenir compte de l’annonce politique que la Région Auvergne-Rhône Alpes n’apportera plus de subvention à ce type de réalisations … qui sont pourtant des contributions tangibles au dynamisme des territoires qui les accueillent.

C’est la raison pour laquelle le programme détaillé est encore susceptible de modifications.

Participer à tout ou partie de ce programme à la fois simple et ambitieux, c’est vraiment revenir aux racines les plus profondes de la Culture, au milieu d’une nature fort bien conservée.

Jean-Paul BOURGЀS 30 avril 2016

Le programme détaillé des « Chemins Paléos » est ici : les-chemins-paleos

 

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