C’est à un bien vieux souvenir que je consacre ce dernier billet de 2013. En 1971, début juillet, juste après notre mariage, nous étions partis en voyage de noce en Algérie, où Etienne, le frère de Maly, faisait son temps de service national d’ingénieur forestier dans le cadre de la coopération en luttant contre la désertification du côté de Djelfa. Il plantait du pin d’Alep à tour de bras. Comme nous nous étions rencontrés, Maly et moi, après son départ en Algérie c’était une belle façon de faire connaissance d’Etienne et de sa femme Jocelyne tout en découvrant ce pays que j’ignorais, bien que deux de mes arrière-grands-parents y soient enterrés. J’étais aussi curieux d’aller à la rencontre de ce peuple dont j’avais approuvé le combat pour sa liberté, une dizaine d’années plus tôt.
Le meilleur moment avait été la découverte de l’oasis de Ghardaïa avec ses sept cités, et, surtout, Beni-Isguen. Du sommet d’un minaret, où le gardien du lieu nous avait permis de grimper, comment ne pas avoir un sentiment de plénitude à la vue de la cité si calme en ce début d’après-midi brûlant de juillet, avec la palmeraie s’étirant vers l’ouest et, tout autour, ce cirque sec annonçant le désert en même temps qu’il en isolait. Sur ma table je viens de poser l’une des photos que j’avais faites et je retrouve ces deux gamins chevauchant leur âne pour se rendre à la palmeraie. L’aîné doit être aujourd’hui cinquantenaire, et il est, peut-être, grand-père lui aussi !
Mais, du coup quelle consternation pour moi de savoir qu’en ce lieu se déchaînent des conflits intercommunautaires violents entre Arabes et Mozabites. Et de l’ouest à l’est des grandes villes d’Algérie, jusqu’en des lieux comme Ghardaïa, les tensions et même de véritables soulèvements contre la misère et le mal-logement montent en direction d’un pouvoir d’un autisme tel qu’il ose envisager de représenter un vieillard malade à la prochaine élection présidentielle de 2014.
L’Algérie d’Abdelaziz BOUTEFLIKA apparaît incapable de devenir un pays démocratique ouvert à sa jeunesse. Lors de la guerre d’indépendance, Abdelaziz BOUTEFLIKA était le jeune et brillant secrétaire de Houari BOUMEDIENNE … il y a cinquante cinq ans de cela. On peut admirer son parcours, on peut le critiquer … peu importe. L’important n’est pas dans le passé, il devrait être dans l’avenir, mais quel avenir propose à son pays cet homme dont on disait aujourd’hui avec componction, qu’il présiderait enfin son deuxième conseil des ministres de l’année, à l’occasion duquel il signerait le document officiel fixant le budget 2014 ?
Les momies de Ramsès II ou de Toutânkhamon nous parlent encore aujourd’hui de l’Egypte ancienne. La momie survivante d’Abdelaziz BOUTEFLIKA ne parle déjà plus à personne.
Pour ceux qui aiment l’Algérie c’est un vrai sujet de tristesse. Ça n’est pas, en tout cas, le moment de lâcher l’Algérie ou de se moquer de l’Algérie et des Algériens, même en plaisantant sottement.
C’est dans la difficulté que les amis ont besoin qu’on se souvienne d’eux. Je n'oublierai jamais l'Algérie.
Jean-Paul Bourgès 31 décembre 2013