PROCES FRANCE TELECOM : le ressenti d'une victime

J'ai assisté à la séance d'ouverture du procès des dirigeants de FRANCE TELECOM, comparaissant pour harcèlement moral, et comme promis, je livre mes impressions de victime

 OUVETURE DU PROCES FRANCE TELECOM

 

C’est une palette et même un kaléidoscope de sentiments bizarres qui m’envahissent depuis que j’ai assisté à l’ouverture du procès.

Cette journée que j’attendais pourtant avec une grande impatience sans savoir vraiment pourquoi elle revêtait pour moi une telle importance, m’a laissé un goût d’inachevé, une sorte d’amertume.

J’ai été saisi d’un sentiment très contrasté  tout d’abord de satisfaction devant la forêt de photographes, de caméras et de micros des médias sur le parvis du TGI de Paris, à la recherche Du Témoignage fracassant d’une des personnalités, ou d’une des victimes présentes, mais aussi de stupéfaction abyssale quant au contenu incongru de certaines questions qui m’ont été posées par quelques journalistes : France Inter qui s’est adressé à moi suite au refus du Dr Font le Bret avec qui je me trouvais (et qui en sa qualité de témoin a souhaité garder ses déclarations pour le tribunal), puis LCI, Solidarité victimes FT , BFM .. Seule une jeune journaliste de La Croix ayant assisté à mes interviews, et intriguée ensuite par mon comportement taciturne à l’écart de la foule agitée des manifestants, des drapeaux, des pancartes et autres banderoles, est venue m’interroger sur les motifs de fond de ma présence. Elle s’est étonnée de m’avoir entendu dire que je ne cherchais pas une vengeance, ni une réparation pour moi-même (je ne me suis pas porté partie civile personnellement !), mais que j’attendais de ce procès des condamnations à des peines de prison ferme, pour bien montrer à la face du monde qu’il est illégal et punissable de jouer avec la santé et a fortiori avec la vie des gens au travail, On ne peut pas faire n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand, y compris au nom du redressement »nécessaire » d’une grande entreprise « Notre maison était en grand danger, face à la concurrence », se justifiera même Didier Lombard !!!!... sortez les mouchoirs

Le Travail est un contrat social. Les salariés vendent leur force de travail à leur employeur qui s’engage en retour à leur verser un salaire qui doit leur permettre de pouvoir en vivre, et surtout pas de devoir en mourir.

Puis dans la salle d’audience, une vraiment très mauvaise surprise qui m’a submergé de honte, puis de colère de honte pour Mon syndicat

En effet, la fédération CGT FAPT (Fédération des Activités Postales et de Télécommunications) qui pour des questions incompréhensibles, ou en tout cas non expliquées clairement (sectarisme ? mauvaise stratégie ? inutilité du procès ?..) avait déjà trainé les pieds pour se porter partie civile longtemps après les autres Organisations Syndicales, s’est cette fois encore particulièrement distinguée à l’appel des parties civiles lors de cette audience de présentation en ne répondant pas à l’appel de son nom : ni son secrétaire général, ni Catherine Adam qui devait représenter l’organisation, ni aucun autre dirigeant fédéral n’était présent dans la salle d’audience ni dans l’auditorium du RDC dans lequel était retransmise en direct la session du tribunal.

Les tentatives embarrassées de justification des avocats des parties civiles ont encore ajouté à la confusion dans la salle, et dans ma tête

J’ai physiquement ressenti comme un coup de stylet entre les omoplates, et me suis trouvé en apnée, incapable de réagir rationnellement, tant la surprise d’abord, puis un sentiment horrible de haute trahison, puis d’abandon injuste et intolérable m’ont submergé J’aurais voulu disparaitre dans un trou de souris, Heureusement que je me trouvais dans l’anonymat de cette grande salle, où j’étais un parfait inconnu pour la très grande majorité des participants. Après la solitude dans laquelle mes « camarades » du syndicat m’avait abandonné à l’époque de ma maladie, et que j’avais tenté de comprendre,de justifier, ou du moins d’expliquer y compris dans un article précédent de mon blog, cette nouvelle marque d’indifférence de la part de Mon syndicat dans lequel j’ai milité dès mon adhésion active juste avant les grandes grèves de 1974, et jusqu’à ce jour, je dois avouer qu’elle m’a provoqué un choc dont je ne suis pas sûr de bien mesurer encore toute la portée. Sachez juste que je ne suis vraiment pas bien y compris physiquement depuis ce moment-là

Je crois que je m’exprimerai plus à fond sur ce sujet dans les prochains jours, lorsque l’onde de choc sera (j’espère) un peu atténuée

 

Pour en revenir au Procès lui-même, l’impression générale que j’ai ressentie c’est d’assister à une sorte de Péplum, avec une myriade de figurants qui s’agitaient dans tous les sens, malgré la solennité supposée du lieu et de l’instant.

Le vrai grand moment (presque jouissif pour moi) a été la lecture de l’acte d’accusation de chacun des prévenus.

Enfin la justice annonçait officiellement et publiquement que ces 7 personnes et l’entreprise Orange, personne morale étaient accusées, et devraient donc rendre compte e leurs agissements socialement et humainement destructeurs.

Je vous renvoie à vos quotidiens pour le contenu des débats, et ne manquerai pas de vous tenir au courant de mon ressenti lorsque je le jugerai utile ou nécessaire.

Hasta la victoria siempre, comme le disait ce cher Ernesto*

Jean Paul LAFONT

 

* Ernesto Che Guevarra

 

 

 

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