La fin de l’histoire du colibri

Le problème de l’histoire du colibri, c’est qu’on ne nous en raconte jamais la fin.

Pour mémoire, la voici telle qu’on la trouve sur le site du mouvement des Colibris :

"Colibris tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi, son fondateur :

"Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! "

"Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

Voici la fin telle qu’on ne nous la raconte pas :

"Au bout de quelques heures, le petit colibri mourut d’épuisement, très fier de lui. Si fier de lui qu’il avait réussi à se construire un ego aussi monumental que l’incendie de forêt qu’il prétendait combattre. Puis la forêt brûla tout entière, comme de juste, jusqu’à la dernière fougère, jusqu’au dernier brin d’herbe. Le colibri n’avait guère quoi être si fier, finalement."

Ne tournons pas autour du pot : l’incendie de forêt, c’est le capitalisme qui a remplacé l’esclavage par la combustion hystérique des énergies carbonées, et c’est surtout la forme la plus virulente dudit capitalisme, la forme actuelle, celle qu’on a appelée « néolibéralisme ». Celle où un petit groupe d’oligarques amassent des fortunes cosmiques en saccageant le milieu dont l’espèce humaine a désespérément besoin pour simplement survivre. Celle où ce même petit groupe d’oligarques tentent de nous farcir la tête avec des sophismes dont le seul but est de pérenniser leur emprise sur nous, allant jusqu’à soutenir que l’austérité c’est la prospérité ou que l’art de s’occuper des pauvres consiste à s’occuper des riches. Celle qui essaie de remplacer l’éducation par l’apprentissage de techniques de production industrielle, de manière à tuer chez les élèves dès l’enfance toute capacité à démonter les sophismes qui en pérennisent l’existence. Celle où par cupidité aveugle et stupide, une caste minuscule et toute puissante scie non seulement la branche sur laquelle elle est assise, mais celle sur laquelle nous sommes tous assis.

L’heure du colibri a passé. Nous ne pouvons pas davantage apporter une touche d’acceptabilité à cette idéologie du suicide collectif au bénéfice d’une petite aristocratie délirante que nous ne pouvions apporter une touche d’humanité à l’économie de l’esclavage. L’heure de la bonne volonté individuelle a fait long feu. Le temps est venu de se dresser en masse contre ce système monstrueux sans plus écouter un mot de sa rhétorique soûlante et perverse. Le temps est venu de prendre en compte les dimensions collective et institutionnelle du piège mortel où il nous a enferrés. Le temps est venu de constituer l’humanité en un NOUS massif et bien énervé qui lui mette un pain définitif.

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