L’Acte unique

On ne peut pas s’empêcher d’éprouver une sorte d’écœurement et de répulsion lorsqu’on écoute Jean-Pierre Chevènement raconter la construction de ce monstre institutionnel qui régit aujourd’hui le destin d’un grand nombre de pays européens (dont la France).

Dans un court passage de cette vidéo (entre 15'05 et 16'25) d'une interview par Jean-Jacques Bourdin datée du 19 juin dernier, Chevènement parle de l’Acte unique.

Le site du gouvernement définit la chose de la façon suivante :

"Signé à Luxembourg le 17 février 1986, l’Acte unique européen représente la première modification d’importance du traité de Rome (1957) instituant la Communauté économique européenne (CEE). Il est entré en vigueur le 1er juillet 1987. Son objectif : l’achèvement du marché intérieur à la fin 1992.
L’Acte unique a relancé l’intégration européenne et mené à terme la réalisation du marché intérieur. Il modifie également les règles de fonctionnement des institutions européennes et élargit les compétences communautaires, notamment dans le domaine de la recherche et du développement, de l’environnement et de la politique étrangère commune.
L’Acte unique a ouvert la voie au Traité sur l’Union européenne signé à Maastricht en 1992."

Autant dire que c’est quasiment une pierre angulaire dans la construction de l’édifice européen. Or à en croire Chevènement, ce qui est au cœur de l’Acte unique, c’est le dogme par excellence du libéralisme, celui dit « de l’efficience des marchés ». Il est fondé sur la croyance irrationnelle dans le fait que les marchés sont le moyen le plus efficace pour répartir les ressources, pour distribuer les richesses et qu’ils sont au service de l’intérêt général. Cette croyance est contredite par toutes les études scientifiques et discréditée jusqu’à l’os par les conséquences désastreuses qu’elle a eue dans les pays qui l’ont mise en œuvre, mais elle continue encore aujourd’hui à faire des ravages.

Chevènement nous explique que l’Acte unique est fondé sur la promotion de la « concurrence libre et non faussée » qui, plus encore que l’hypothèse d’efficience des marché, est la marque de fabrique du néolibéralisme. Pour reprendre ses mots exacts, il « instaure les règles du capitalisme financier à l’échelle mondiale ».

Chevènement nous rappelle aussi que cet Acte unique qui favorise l’élite financière au détriment du peuple est l’œuvre d’hommes politiques qui se revendiquent socialistes, François Mitterrand et Jacques Delors en tête.

Encore plus fort : c’est un énorme pavé de 300 pages qui a été voté en une demi-heure par des gens qui ne l’avaient pas lu. On est au-delà du crétinisme, on est au-delà du déni de démocratie, on est carrément dans la sphère du grand banditisme politique. On est au cœur des braquages maffieux de l’ « élite » financière.

Il serait donc tout à fait malvenu de prendre de haut un peuple qui déciderait de tourner le dos à cette monstrueuse machinerie néolibérale qui n’a été baptisée « Europe » que pour des raisons de propagande. Vu la réalité qu’il recouvre, le mot « Europe » n’est plus guère qu’un terme de novlangue brandi pour exercer un chantage sur les esprits de bonne volonté qui préfèrent instinctivement l’altruisme à l’égoïsme. On ne saurait le leur reprocher, mais on espère qu’en sus de leur grand cœur, ils ont un cerveau assez affûté pour ne pas tomber dans le panneau publicitaire des architectes de l’eurolibéralisme.

 

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