La rhétorique macronnienne

Macron a donné une interview très révélatrice au journal Forbes le 13 avril 2018. Extraits et commentaires.

La version anglaise de l’interview se trouve ici. La traduction française se trouve ici.

Dès le début de l’interview, Macron se présente comme le seul guide conscient des enjeux de la modernité, une sorte de prophète ou de pédagogue suprême dont la mission serait de les "expliquer à son peuple". Il se pose d’emblée comme le chef éclairé détenteur d’un savoir dont la masse inculte et attardée a besoin pour s’extirper du marasme où elle croupit :

"Comme je l'ai expliqué à mon peuple, nous sommes au tout début d'une énorme transformation mondiale due au changement numérique, à la révolution numérique, ce à quoi il faut maintenant ajouter l'émergence de l'intelligence artificielle."

Mais ces compétences herméneutiques quasi divines sont loin d’épuiser ses qualités car s’y ajoutent les mérites d’un tempérament exceptionnel tel qu’il n’en apparaît qu’un ou deux par siècle, d’une personnalité plus visionnaire et plus pétrie d’audace que Jeanne d’Arc et Churchill réunis, d’un antidote si miraculeux à la frilosité atavique de la populace que la simple puissance de son aura suffit à faire voler en éclats la vieille ligne de fracture entre la droite et la gauche :

"Depuis trois ou quatre décennies en France, les gens ont réagi à ce changement en affirmant qu'ils y résisteraient. Les partis de gauche et de droite ont en fait proposé à notre peuple de les protéger contre les changements."

Et le nouveau Saint-Georges d’entonner l’hymne des bienfaits conjugués de son oraculeux savoir et de sa complexion guerrière sur le plus vieil air du monde, celui du "changement", lui dont le seul pouvoir est d’être adossé à la puissance exploitante, lui dont la seule innovation est d’avoir usé des techniques du marketing publicitaire pour faire avaler à la foule les couleuvres du thatchérisme le plus éculé et le plus éhontément déférent envers les happy few :

"Et je pense avoir convaincu les Français, et je travaille encore là-dessus, pour dire "ce changement est là". (…) Ce que je propose comme un changement fondamental est d'expliquer aux Français: la meilleure protection n'est pas de vous protéger contre le changement. Parce que cela va arriver."

On ne manquera pas d’admirer le souci de "protection" affiché par un président dont la marque de fabrique est d’exploser le Code du Travail et de démanteler les droits sociaux. Son indifférence totale à la question de la protection sociale et son soutien inconditionnel à l’enrichissement des riches ne sont nulle part aussi criants que dans la façon dont il parle des nouvelles formes de travail incarnées par des entreprises comme Uber ou Airbnb :

"Beaucoup de gens expliquent aux citoyens français: "Je vais vous protéger contre les effets secondaires d'Uber ou d'Airbnb", mais ces entreprises sont là et les consommateurs français les aiment bien qu'ils mettent beaucoup d'emplois en danger ... (…) Elles ont aussi créé beaucoup d'emplois! Mais pour les "vieux emplois", la meilleure protection n'est pas de dire "nous résisterons". Non. C'est de dire : "Je veux vous protéger. Et cette protection individuelle réside dans la formation et le recyclage". Et pour moi, c'est le parapluie général. Donc, en un mot, cela signifie plus de flexibilité et d'accélération dans l'économie, une approche "business friendly" et une protection adaptée pour les personnes et les citoyens consistant à investir massivement dans l'éducation et la formation professionnelle."

Protection oui, mais surtout pas "contre les effets secondaires d'Uber ou d'Airbnb" qui "ont créé beaucoup d’emplois". Ceux qui n’aiment pas Uber ou Airbnb ne sont que de vieux croûtons inadaptés au monde moderne, qu’ils aillent faire un stage de formation. S’ils ne sont pas contents, qu’ils aillent se faire recycler ailleurs, mais personne ne touche à Uber ni à Airbnb. Évidemment il y a ce petit détail que ce sont des formes de travail à très bas salaire et dépourvus de toute protection sociale, mais de cela le président ne dira pas un mot. Tout ce qu’il est disposé à en retenir, c’est que l’ubérisation est une forme inévitable de la modernité contre laquelle il convient de "ne pas résister" sous peine d’être identifié comme un candidat passéiste et frileux indigne de participer au jeu de la grande aventure néolibérale. Inévitable, vraiment ? La puissance publique et la représentation nationale auraient-elles donc perdu tout pouvoir de légiférer en la matière ? Ne serait-il pas plus judicieux de dire que la puissance publique s’est mise au service d’une stratégie d’effritement des salaires et de saccage des droits sociaux qui soumet les travailleurs à une subordination de plus en plus absolue au pouvoir des financiers et des grands actionnaires ? Un stratégie dont le nom décliné en boucle nous est devenu familier et que le président ne peut s’empêcher de marteler une fois de plus : la flexibilité. Cette fameuse flexibilité qui n’est sur le fond qu’une astuce linguistique pour faire avaler au bon peuple une version féodale de la modernité où il redevient comme à la grande époque taillable et corvéable à merci. Les plus grossiers syllogismes sont décidément les plus efficaces : une fois qu’elle a été baptisée "flexibilité", comment contester cette forme moderne de la corvéabilité sans faire ipso facto la démonstration qu’on est un esprit psychorigide ? Joli tour de passe-passe rhétorique où les résistants passent pour les faibles du fait même que les collabos sont posés comme étant les grands gagnants de la compétition darwinienne. Et qu’importe si dans la foulée les inégalités ne cessent de se creuser, la flexibilité de fragiliser les moins fortunés et le bien commun de passer entre les mains d’intérêts privés qui n’ont que le profit pour horizon.
Lorsque le journaliste qui interviewe Macron insiste pour savoir si les startups du genre Uber ou Airbnb peuvent réellement compter sur le soutien de son gouvernement, voici ce que répond le président :

"Si vous parlez d'Uber par rapport aux chauffeurs de taxi, si vous prenez Airbnb par rapport aux compagnies traditionnelles d'hôtels et de loisirs, vous pouvez avoir des conflits. Et le meilleur moyen est de régler directement ces conflits potentiels. Et c’est pour moi un choix politique. Ce n'est pas quelque chose à traiter avec l'administration. C'est une décision politique. Je veux que mon pays soit ouvert à la rupture innovante et à ces nouveaux modèles. Je vais donc livrer la preuve de cela."

On a le sentiment que Macron livre là le fond de sa pensée : l’administration est là pour faire appliquer la loi, et notamment les dispositions de la loi qui garantissent aux salariés des droits relatifs à la sécurité sociale, au chômage, à la retraite, etc. Le problème est que ces dispositions favorables aux salariés constituent une entrave à l’enrichissement effréné des patrons de startups. Macron nous révèle ici sans vergogne sa conception de l’arbitrage du conflit : le pouvoir politique qu’il incarne claquera le museau de l’administration et la réduira au silence. Place aux riches patrons et qu’importe s’ils transgressent les lois qui protègent leurs salariés. Si l’URSSAF les emmerde, je leur donne mon 06, qu’ils m’appellent directement à l’Élysée. Merci qui ? Merci parrain.
Cet aveu presque ingénu nous permet de mieux comprendre l’esprit de la réforme du travail de Macron dont il reconnaît qu’elle a pour but d’instaurer de la "flexibilité" et qu’il décrit sans complexe comme la "suppression d’une grande partie des règlements établis par la loi". Car bien entendu Macron sait beaucoup mieux ce qui convient au peuple français que les générations de parlementaires qui les ont discutées et votées, ces lois qui ne méritent pas mieux qu’une "suppression" par ordonnance. Il sait mieux ce qui convient au peuple que les cohortes de syndicalistes du passé qui ont lutté pour obtenir un minimum d’acquis sociaux et de contrepouvoirs. Il le sait mieux que le peuple lui-même qui a décidément bien perdu son temps à se mobiliser depuis au moins deux siècles pour protester contre ce que Marx appelait "les eaux glacées du calcul égoïste". Balayée l’histoire des luttes, balayée toute cette chienlit gauchiste. Balayée par l’homme qui sait. Balayée par l’homme qui avoue explicitement avoir pour objectif l’émasculation des syndicats. Des syndicats qui, de toute façon, ne comprennent rien à rien puisqu’ils n’approuvent pas sa réforme. C’est quand même bien la preuve de leur insondable bêtise, non ?

"L’idée de cette réforme était essentiellement de supprimer une grande partie des règlements établis par la loi au niveau national afin créer plus de flexibilité et mettre beaucoup de choses au niveau de la branche ou au niveau de l'entreprise. Et cette nouvelle décentralisation en termes de décision a complètement changé la relation et a mis les principaux sujets de discussion avec les représentants syndicaux sur la table dès le début, ce qui est le meilleur moyen d'arriver à un compromis et de réduire la capacité de certains syndicats à bloquer la réforme du marché du travail."

Voilà donc réglé par écrabouillage le problème des syndicats. Mais quid du peuple ? Après tout nous appelons notre régime "démocratie", du mot "demos" qui veut dire "peuple", ce qui pourrait vaguement laisser croire que le peuple a son mot à dire sur son propre destin. Oui mais non, en fait. Il ne faut surtout pas l’écouter pour la bonne et simple raison qu’il est lui aussi d’une insondable bêtise. Il ne comprend même pas, l’imbécile, que la solution Macron est la seule possible. La dame de fer, aujourd’hui réduite à un petit tas de rouille universellement honni, avait déjà hardiment claironné la chose en son temps. Homme de paille et dame de fer, même combat. Même combat et méthodes jumelles, car pour l’un comme pour l’autre, la bêtise du peuple n’est qu’un détail insignifiant : il suffit pour franchir cet obstacle mineur de "faire de la pédagogie", autrement dit d’expliquer au peuple que la réforme sera mise en place quoi qu’il en pense et quoi qu’il en dise. Il suffit de lui faire les gros yeux et de lui signifier d’un ton ferme que ses états d’âme, il peut se les mettre où je pense. Dix contre un qu’il finira par céder. Remarquons au passage que, sur ce point-là en tout cas, la fameuse "flexibilité" dont il nous rebat les oreilles n’est guère à l’ordre du jour :

"Nous sommes maintenant confrontés à une nouvelle série d'oppositions consécutives à la réforme de notre système ferroviaire, à la réforme de nos services publics et ainsi de suite. Mais nous allons les affronter. La seule façon de procéder, selon moi, est d'expliquer aux Français que nous allons mettre en œuvre ces réformes sans l’ombre d’un doute. (…) Nous resterons calmes et nous expliquerons que si nous prenons le temps nécessaire, nous mettrons en œuvre ces réformes. Peut-être que certains d'entre eux voudront organiser des grèves pendant des semaines ou des mois. Nous devons nous organiser. Mais je n'abandonnerai ni ne diminuerai l'ambition de la réforme car il n'y a pas d'autre choix."

Dans la suite de l’interview, Macron parle de la transition écologique et des emplois que pourraient créer la technologie verte. C’est sans doute le seul point où je n’émettrai aucune objection. Vient ensuite un passage assez surréaliste où intervieweur et interviewé entonnent en chœur non pas la complainte du citoyen de base mais celle de l’entrepreneur. Remarquons pour commencer que la catégorie d’ "entrepreneur" n’a aucun sens puisqu’on retrouve pêle-mêle le petit menuisier du coin qui galère pour payer ses deux apprentis et Bernard Arnault qui en 2017 gagnait presque 3 millions d’euros par heure. Comme s’ils avaient les mêmes problèmes et les mêmes objectifs. Cette catégorie d’ "entrepreneur" commence toutefois à prendre nettement plus de sens si on l’affine en lui appliquant le filtre macronnien incluant les gens qui réussissent et excluant ceux qui ne sont rien. Voilà qui cac-quarantise sacrément la chose. Et qu’est-ce donc qui les afflige tant, ces malheureux entrepreneurs ? Eh bien ils paient trop d’impôts ("le fardeau fiscal est toujours un combat pour eux") et la complexité de la fiche de salaire leur donne la migraine ("si l’on examine les bulletins de salaire, ils comportent 25 lignes de chiffres et de montants différentes qui sont très difficile à déchiffrer"). Heureusement Macron a réponse à tout :

"Nous allons d'abord réduire l'impôt sur les sociétés à 25%. C'est 32% dans le pays aujourd'hui. Nous allons donc le réduire de sept points. (…) Ce que décrivent les entrepreneurs à propos de ce fardeau est absolument exact. En ce qui concerne les taxes et les frais, nous les réduisons considérablement. Nous faisons aussi un gros effort de simplification et un gros changement administratif. Et nous avons supprimé cette année aussi beaucoup de charges sur la partie salariale. C’est une grande réforme qui a provoqué diverses levées de bouclier, mais elle est faite."

Super. Mais voilà que pour une raison indéterminée, il me vient tout à coup à l’esprit une question impertinente : est-il bien raisonnable de se laisser embarquer par la tristesse exsudée par ce blues du businessman que Lane et Macron nous chantent comme un fado par un pluvieux soir de novembre ? Quelques éléments de réponse :
Ces businessmen si déprimés par les conditions de travail qui leur sont faites en France parviennent tout de même à soustraire au fisc quelque 80 milliards d’euros au titre de ce qu’on appelle joliment "l’évasion fiscale". Je dis "joliment" parce que cette prétendue évasion n’est qu’une mise en scène. En réalité elle se produit avec la complicité des gardiens de prison qui laissent les paradis fiscaux couler des jours heureux et ferment complaisamment les yeux sur des techniques dites "d’optimisation fiscale" qui ne sont au fond qu’une légalisation de la fraude. Ces 80 milliards d’euros qui se retrouvent sur les comptes en banque des gens qui réussissent et qui ont de quoi sont bien entendu une charge supplémentaire pour les gens qui ne sont rien et qui n’ont pas grand-chose. Mais qui chante leur blues, à eux ? Pas Macron en tout cas.
Et ces entreprises qui ploient sous le joug du "fardeau fiscal", elles bénéficient quand même de 200 milliards d’euros d’aide publique par an, excusez du peu. Car le CICE qui nous coûte 20 milliards par an n’est que l’un des quelque 2000 dispositifs d’aide publique mis en place par les gouvernements qui se sont succédé ces dernières années (y compris par les gouvernements dits "socialistes"). Et ces 200 milliards d’euros qui sont quasiment équivalents au budget de l’État tout entier (241,5 milliards d’euros en 2018), qu’en ont-elle fait ? Les ont-elles utilisés pour créer ou maintenir des emplois ? On a quelques bonnes raisons d’en douter. Carrefour, par exemple, dont les bénéfices avoisinent le milliard d’euros annuel, a touché 2 milliards d’euros d’aide publique en 5 ans et distribué 2 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires sur la même période. Autant dire que l’aide publique est allée directement dans la poche des actionnaires. On pourrait à la rigueur faire preuve d’un peu d’indulgence pour ce bel appétit si les 400 millions annuels d’aide publique octroyés à Carrefour avaient contribué à réduire le chômage, mais est-ce le cas ? Visiblement non, puisque le groupe vient d'annoncer 4500 suppressions d'emplois. Il me semble que les choses sont claires.
En ce qui concerne la rémunération des actionnaires, quelle est la tendance générale dans les milieux du CAC40 ? On a bien compris l’enfer des 25 lignes du bulletin de salaire, mais côté pépettes, on en est-on ? Voici ce qu’en dit le site Le Revenu dans un article intitulé "46,8 milliards d’euros de dividendes versés en 2018" :

"Plus de trente sociétés du CAC 40 vont augmenter la rémunération de leurs actionnaires au titre de 2017. Les groupes de luxe et les constructeurs automobiles se montrent particulièrement généreux. Cette année encore, les entreprises du CAC 40 vont gâter leurs actionnaires. Selon Facts et Estimates, elles verseront 46,8 milliards d’euros de dividendes, soit 48% de leurs résultats de l’exercice écoulé. Ce chiffre est un peu supérieur à celui de 2017 (45,1 milliards)."

C’est dans ce contexte que Macron profite de l’interview de Forbes pour annoncer une mesure qui va prendre de court tous ses collaborateurs et qui appelle quelques explications, la suppression pure et simple de l’ "exit tax" :

"L’exit tax envoie un message négatif aux entrepreneurs en France, plus qu'aux investisseurs. Pourquoi? Parce qu’elle signifie qu'au-delà d'un certain seuil, vous êtes pénalisé si vous partez. (…) Nous allons donc la supprimer l'année prochaine. (…) Je ne veux aucune exit tax. Ça n'a pas de sens. Les gens sont libres d'investir où ils le souhaitent. (…) Vous savez, ce n'est pas particulièrement bon pour les finances publiques françaises non plus. C'est un très petit montant et c'est un coût d'opportunité. Donc le message que je veux envoyer aux investisseurs étrangers est que nous réduisons l'impôt sur les sociétés, que nous simplifions tout, que introduisons davantage de flexibilité dans le marché du travail, que nous accélérons la transformation de l'économie française."

Rappelons que l'exit tax est un dispositif anti-abus créé en 1999 et qui permet de lutter contre l'évasion fiscale des entrepreneurs français qui auparavant pouvaient transférer leur domicile fiscal à l'étranger dans le but d'échapper à l'imposition des plus-values réalisées lors de la cession de leur entreprise en France. La Cour de justice européenne, toujours très soucieuse de justice sociale, l’ayant sanctionné en 2004, la France l’a abrogé l'année suivante. Et c’est Nicolas Sarkozy en personne qui l’a été réinstauré en 2011. Un président bien connu pour ses accointances douteuses avec l’extrême gauche.
Le Figaro lui-même, qui n’est pourtant pas exactement un repaire d’insoumis et d’indignés, nous livre de la chose une analyse au vitriol. Morceaux choisis :

"Selon notre président, l'exit tax «enverrait un message négatif aux entrepreneurs en France» dès lors qu'elle impliquerait «qu'au-delà d'un certain seuil», ces derniers seraient «pénalisés» lorsqu'ils quittent le pays. Cette présentation est trompeuse. (..) Il est donc totalement inexact, de la part de notre président, d'affirmer que les entrepreneurs français seraient pénalisés fiscalement au moment où ils quittent la France dès lors qu'ils n'ont en réalité aucun impôt à payer! Seuls ceux qui cèdent leur participation à l'étranger avant un certain délai doivent s'acquitter d'un impôt sur les plus-values qui est d'ailleurs égal à celui qu'ils auraient dû payer s'ils l'avaient cédée en France.
(…)
L'exit tax n'est pas une spécificité française dans la mesure où plusieurs pays européens appliquent un dispositif similaire ; parmi lesquels le Danemark, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne et la Norvège. L'Irlande, la Suède et le Royaume-Uni ont également introduit des dispositifs anti-abus spécifiques afin de se prémunir contre l'évasion fiscale des entrepreneurs et investisseurs. D'autres pays sanctionnent même bien plus lourdement l'expatriation de ces derniers. À l'instar des États-Unis qui taxent les plus-values de ceux ayant la citoyenneté américaine où qu'ils soient dans le monde. À l'instar aussi de l'Allemagne et du Canada dont les modalités d'imposition sont encore plus sévères que celles de la France. (…) Ces pays protègent leur «base fiscale» et se prémunissent contre l'évasion fiscale de leurs contribuables, ce qui est parfaitement légitime et ne saurait être sérieusement critiqué, y compris par ceux qui s'érigent en hérauts d'un libéralisme débridé.
(…)
Notre président justifie enfin la suppression de l'exit tax en indiquant qu'elle ne serait «pas particulièrement bénéfique pour les finances publiques». Or, selon un récent rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, ce dispositif aurait pu générer en 2016 près de 800 millions d'euros de recettes fiscales (sans compter les prélèvements sociaux au taux de 15,5%). (…) De surcroît, l'utilité de l'exit tax ne saurait s'apprécier uniquement au regard des recettes générées dès lors qu'il s'agit avant tout d'un dispositif anti-abus ayant vocation non pas à empêcher les contribuables de quitter la France ou à les sanctionner, (comme certains ont pu l'affirmer!), mais à permettre à cette dernière de lutter contre l'évasion fiscale de certains contribuables."

 

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