Mission accomplie ?

Colère de Mélenchon, ou comment se faire avoir par la stratégie de comm du gouvernement.

Fillon a beau être un sinistre personnage tout à fait représentatif de l’arrogance de cette bourgeoisie fortunée qui tout en clamant servir l’État estime avoir tous les droits de se servir sur la bête, l’absence de neutralité des magistrats du parquet qui ont traité son affaire a été remarquée par tout le monde. Beaucoup d’entre eux avaient été nommés par François Hollande. Fillon était un opposant au pouvoir en place.

Lorsque la justice opère une saisie de la subvention publique du Rassemblement National, elle détourne le sens et l’esprit de la loi la saisie des avoirs criminels. Lorsqu’elle ordonne une mesure d’expertise psychiatrique de Marine Le Pen sous prétexte que le tweet sur Daech qui lui est reproché a pu être vu par des mineurs, elle assimile Marine Le Pen à une délinquante sexuelle, ce qui est pour le moins une instrumentalisation douteuse de la loi. Marine Le Pen est elle aussi une opposante au pouvoir en place.

Quand un procureur de la République ordonne une perquisition au domicile de Mélenchon et dans les locaux de la France Insoumise, il le fait en tant que magistrat du parquet et donc comme tel dépendant des ordres du pouvoir exécutif. Il est censé appliquer l’article 76 du code de procédure pénale qui stipule que  » les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction ou de biens dont la confiscation est prévue à l’article 131-21 du code pénal ne peuvent être effectuées sans l’assentiment exprès de la personne chez laquelle l’opération a lieu. Cet assentiment doit faire l’objet d’une déclaration écrite de la main de l’intéressé ». Malheureusement pour Jean-Luc Mélenchon, le même article 76 ajoute ceci :  » Si les nécessités de l’enquête relative à un crime ou à un délit puni d’une peine d’emprisonnement d’une durée égale ou supérieure à cinq ans l’exigent ou si la recherche de biens dont la confiscation est prévue à l’ article 131-21 du code pénal le justifie, le juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance peut, à la requête du procureur de la République, décider, par une décision écrite et motivée, que les opérations prévues au présent article seront effectuées sans l’assentiment de la personne chez qui elles ont lieu ». En clair, au procureur de la République de décider si « les nécessités de l’enquête le justifient ». À lui et à ses patrons, à savoir Macron et Édouard Philippe. Or, encore une fois, Jean-Luc Mélenchon est un opposant au pouvoir en place.

D’où la question : pourquoi fait-on une perquisition chez Jean-Luc Mélenchon mais pas chez François Bayrou pour l’affaire des assistants parlementaires du Modem, par exemple, ou chez Muriel Pénicaud pour l’affaire Business France?

Le problème, Jean-Luc, c’est que tu ne l’as pas jouée très fine sur ce coup-ci. Tu ne les as pas vus venir. C’était bien de la comm, on est tout à fait d’accord là-dessus, mais tu y as mal répondu. Tu t’es énervé sans réfléchir. Le but de la manœuvre était de te faire apparaître comme un histrion hystérique, comme un bateleur colérique, comme un pitre égocentrique et comme un fieffé hypocrite qui n’estime pas devoir se plier lui-même à la conduite vertueuse et républicaine qu’il exige des autres. La question qu’on est en droit de se poser aujourd’hui après tout ce tapage est : mission accomplie ?

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