Jean-Philippe Gaborieau
"Les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles." (Rimbaud, lettre du voyant)
Abonné·e de Mediapart

39 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 oct. 2018

Mission accomplie ?

Colère de Mélenchon, ou comment se faire avoir par la stratégie de comm du gouvernement.

Jean-Philippe Gaborieau
"Les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles." (Rimbaud, lettre du voyant)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Fillon a beau être un sinistre personnage tout à fait représentatif de l’arrogance de cette bourgeoisie fortunée qui tout en clamant servir l’État estime avoir tous les droits de se servir sur la bête, l’absence de neutralité des magistrats du parquet qui ont traité son affaire a été remarquée par tout le monde. Beaucoup d’entre eux avaient été nommés par François Hollande. Fillon était un opposant au pouvoir en place.

Lorsque la justice opère une saisie de la subvention publique du Rassemblement National, elle détourne le sens et l’esprit de la loi la saisie des avoirs criminels. Lorsqu’elle ordonne une mesure d’expertise psychiatrique de Marine Le Pen sous prétexte que le tweet sur Daech qui lui est reproché a pu être vu par des mineurs, elle assimile Marine Le Pen à une délinquante sexuelle, ce qui est pour le moins une instrumentalisation douteuse de la loi. Marine Le Pen est elle aussi une opposante au pouvoir en place.

Quand un procureur de la République ordonne une perquisition au domicile de Mélenchon et dans les locaux de la France Insoumise, il le fait en tant que magistrat du parquet et donc comme tel dépendant des ordres du pouvoir exécutif. Il est censé appliquer l’article 76 du code de procédure pénale qui stipule que  » les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction ou de biens dont la confiscation est prévue à l’article 131-21 du code pénal ne peuvent être effectuées sans l’assentiment exprès de la personne chez laquelle l’opération a lieu. Cet assentiment doit faire l’objet d’une déclaration écrite de la main de l’intéressé ». Malheureusement pour Jean-Luc Mélenchon, le même article 76 ajoute ceci :  » Si les nécessités de l’enquête relative à un crime ou à un délit puni d’une peine d’emprisonnement d’une durée égale ou supérieure à cinq ans l’exigent ou si la recherche de biens dont la confiscation est prévue à l’ article 131-21 du code pénal le justifie, le juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance peut, à la requête du procureur de la République, décider, par une décision écrite et motivée, que les opérations prévues au présent article seront effectuées sans l’assentiment de la personne chez qui elles ont lieu ». En clair, au procureur de la République de décider si « les nécessités de l’enquête le justifient ». À lui et à ses patrons, à savoir Macron et Édouard Philippe. Or, encore une fois, Jean-Luc Mélenchon est un opposant au pouvoir en place.

D’où la question : pourquoi fait-on une perquisition chez Jean-Luc Mélenchon mais pas chez François Bayrou pour l’affaire des assistants parlementaires du Modem, par exemple, ou chez Muriel Pénicaud pour l’affaire Business France?

Le problème, Jean-Luc, c’est que tu ne l’as pas jouée très fine sur ce coup-ci. Tu ne les as pas vus venir. C’était bien de la comm, on est tout à fait d’accord là-dessus, mais tu y as mal répondu. Tu t’es énervé sans réfléchir. Le but de la manœuvre était de te faire apparaître comme un histrion hystérique, comme un bateleur colérique, comme un pitre égocentrique et comme un fieffé hypocrite qui n’estime pas devoir se plier lui-même à la conduite vertueuse et républicaine qu’il exige des autres. La question qu’on est en droit de se poser aujourd’hui après tout ce tapage est : mission accomplie ?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Médias
La commission d’enquête parlementaire ménage Bernard Arnault…
L’audition du patron de LVMH par la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est déroulée de manière aussi calamiteuse que celle de Vincent Bolloré. La plupart des dangers qui pèsent sur l’indépendance et l’honnêteté de la presse ont été passés sous silence.
par Laurent Mauduit
Journal — Médias
… après avoir tenu café du commerce avec Vincent Bolloré
Loin de bousculer Vincent Bolloré, la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est montrée approximative et bavarde, mercredi, au lieu d’être rigoureuse et pugnace. L’homme d’affaires a pourtant tombé un peu le masque, laissant transparaître ses attaches nationalistes.
par Laurent Mauduit
Journal
Didier Fassin : « On est dans un basculement qui n’était pas imaginable il y a 5 ans »
Alors que l’état de crise semble être devenu la nouvelle normalité, quelles sont les perspectives pour notre société ? Didier Fassin, directeur d’études à l’EHESS qui publie « La société qui vient », est l’invité d’« À l’air libre ».
par à l’air libre
Journal — Justice
Au procès d’Éric Zemmour, la politique de la chaise vide 
Jugé jeudi pour avoir dit que Philippe Pétain avait « sauvé les Juifs français », Éric Zemmour n’est pas venu à son procès en appel. Faute d’avoir obtenu un renvoi après la présidentielle, son avocat a quitté la salle. Le parquet a requis 10 000 euros d’amende contre le candidat d’extrême droite.
par Camille Polloni

La sélection du Club

Billet de blog
Fission ou fusion, le nucléaire c’est le trou noir
Nos réacteurs nucléaires sont en train de sombrer dans une dégénérescente vieillesse ; nos EPR s’embourbent dans une piteuse médiocrité et les docteurs Folamour de la fusion, à supposer qu’ils réussissent, précipiteraient l’autodestruction de notre société de consommation par un effet rebond spectaculaire. Une aubaine pour les hommes les plus riches de la planète, un désastre pour les autres.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Notre plan B pour un service public de l'énergie
[Rediffusion] Pour « la construction d’un véritable service public de l’énergie sous contrôle citoyen » et pour garantir efficacité et souveraineté sur l’énergie, celle-ci doit être sortie du marché. Appel co-signé par 80 personnalités politiques, économistes, sociologues, historiens de l’énergie dont Anne Debrégeas, Thomas Piketty, Jean-Luc Mélenchon, Aurélie Trouvé, Gilles Perret, Dominique Meda, Sandrine Rousseau…
par service public énergie
Billet de blog
Un grand silence
L'association Vivre dans les monts d'Arrée a examiné le dossier présenté par EDF. Nous demandons, comme nous l'avons fait en 2010 et comme nombre de citoyens le font, que soit tenu un débat public national sur le démantèlement des centrales nucléaires : Brennilis, centrale à démanteler au plus vite.
par Evelyne Sedlak
Billet de blog
Le nucléaire, l'apprenti sorcier et le contre-pouvoir
Les incidents nucléaires se multiplient et passent sous silence pendant que Macron annonce que le nucléaire en France c'est notre chance, notre modèle historique.
par Jabber