Technique à part entière, l’accessibilité attend toujours ses lettres de noblesse.

L’organisation de colloques, symposiums, actions de sensibilisation et autres rencontres semble avoir uniquement servi d’opérations de relations publiques au profit de leurs organisateurs ; la participation à différents groupes de travail, où se retrouvent toujours les mêmes « sachants », n’a rien défini de nouveau ; l’établissement de partenariats de façade entre organismes professionnels, fédérations et associations a joué le rôle de trompe l’œil.

Il semblerait que l’on s’achemine vers une continuité de « points fixes ».

Pendant ce temps, les personnes à mobilité réduite (PMR) sont toujours dans l’attente de décisions et d’actions pérennes qui donneraient à l’Accessibilité ses lettres de noblesse, et la ferait reconnaitre au rang de technique à part entière. Ces citoyens maintenus à l’écart sont las des promesses et de l’espoir qu’elles engendrent. Ils souhaitent du concret, espèrent la mise en œuvre d’actions faisant d’elles des citoyens à part entière ayant accès à tout comme le disent les textes. En quelques mots, elles ne veulent plus se sentir prisonnières des autres personnes et de leurs lieux de vie.

C’est à croire que les politiques mettent juste le « doigt dans l’engrenage » et le retirent dès qu’ils pressentent que le bras complet risque d’y être totalement engagé. Peut-être, est-ce aussi une façon de répondre à un électorat potentiel pour le satisfaire provisoirement, atteindre ainsi le pouvoir convoité et, celui-ci conquis, devoir comme par « hasard », traiter un thème d’une autre nature apparu opportunément.

 Q.- Monsieur DAUSSY, un constat : des actions à géométrie variable feraient-elles que plus de douze années soient passées qui n’ont presque rien fait aboutir dans le domaine de l’accessibilité ?

R.- C’est un constat sévère mais évident. C’est pourquoi à quelques-uns, nous nous sommes fixés l’objectif de normaliser cette technique de l’Accessibilité. Nous sommes bien conscients que les développements qui en découleront, bénéficieront à l’ensemble des citoyens.

Q.- Pouvez-vous nous préciser les actions préliminaires concrétisées pour assurer la dite normalisation ?

R.- J’ai déjà sensibilisé à cette démarche deux associations, COBATY France et le C.A.H. – Club d’Amélioration de l’Habitat.

Q.- Plus concrètement ?

R.- Je continue à participer aux groupes de travail spécifiques dont la Commission Technique & Prospective de COBATY / Groupe de Travail Accessibilité et au C.A.H. Nous travaillons, depuis plusieurs années, sur sept points qui devraient, une fois opérationnels, asseoir la Loi du 11 février 2005, celle-ci n'ayant pas ou peu, créé d’outils d’aide à la décision pour son application.

Q.- Vous trouvez un écho au sein de ces groupes ?

R.- Je dois vous avouer qu’au sein de telles associations, il n’est pas aisé de motiver chaque membre ; c’est pourquoi, pour être plus efficients, nous avons privilégié la création d’une association à but non lucratif, « Accessibilité Plus », chargée d’animer et de développer les différents groupes de travail.

Q.- Pensez-vous parvenir à réunir les personnes intéressées autour de vos objectifs ? Pouvez-vous nous détailler votre projet ?

R.- De nombreuses personnes intéressées nous entourent. Avec elles, nous avons pour objectif d’aboutir sur les points suivants :

Point 1 : création et développement d’un Label Accessibilité dont le but serait de faire entrer cette technique dans les habitudes des professionnels du Bâtiment à l’identique des techniques connexes reconnues comme l’acoustique, la thermique, la sécurité incendie, la sécurité des personnes, la sécurité des biens, …

Point 2 : s'appuyant sur ce Label, les assureurs accepteraient de couvrir le risque accessibilité, autorisant ainsi à mettre en exergue les non-conformités de chantiers et obliger leurs auteurs à remettre en ordre les prestations non conformes à la réglementation.

Point 3 : création et développement d’un audit en accessibilité, le faire valider par les Pouvoirs Publics et le normaliser aux côtés d'un organisme de tutelle, outil indispensable aux maîtres d'ouvrages pour intégrer l'accessibilité dans leurs projets le plus en amont possible, dès la décision.

Point 4 : création et développement d’une formation en Accessibilité, unique sur l’ensemble du Territoire, accompagnée d'une procédure identique à celle de l'audit, c'est-à-dire reconnaissance par les Pouvoirs Publics et normalisation par un organisme de tutelle ; nous animons un groupe de travail à cet effet dont les conclusions devraient se concrétiser vers le courant du premier semestre 2013.

Point 5 : création et développement d’un partenariat avec les métiers de santé pour assurer les soins de proximité, les soins à domicile et l’hospitalisation à domicile, impliquant des travaux d’aménagements en Accessibilité et Adaptabilité pour les P.M.R. – Personnes à Mobilité Réduite – c’est-à-dire les Personnes Agées et les Personnes en situation de handicaps, travaux qui pourront bénéficier aussi bien aux utilisateurs, aux accompagnants familiaux et de voisinage qu’aux sociétés de service.

Point 6 : réactualisation du dossier "accessibilité" auprès du Médiateur de la République, Jean-Paul DELEVOYE ayant marqué un intérêt durant son intervention au COBATY, lors d'un CAN (Conseil d’Action Nationale) et COF (Comité d’Orientation Fédérale).

Point 7 : obtention d’une validation européenne grâce aux actions développées par le Président de COBATY et les contacts que nous entretenons sur certains Pays de l’Union Européenne...

Q.- Monsieur DAUSSY, les actions et travaux mentionnés dans notre entretien paraissent s’inscrire dans une notion de développement durable ?

R.- Bien évidemment ! Et c’est ce qui nous a conduits à mener nos actions en refusant de continuer à mettre des « pansements sur une jambe de bois ». Mais par contre, en souhaitant créer une grande mission citoyenne nationale s’appuyant sur les Pouvoirs Publics et les professionnels du Bâtiment et de la Santé. En développant aussi le confort d’usage pour tous et les soins à domicile qui représentent aujourd’hui une nécessité opportune urgente. Et qui, de plus, apporteront une économie importante sur le budget Santé. Nous souhaitons aussi faire reconnaître nos compétences et élargir notre savoir-faire aux différents Pays de la Communauté Européenne qui cherchent à harmoniser les différentes réglementations appliquées.

Q.- Monsieur DAUSSY une grande mission semble s’ouvrir à vous ?

R.- On peut dire ça, mais finalement, si l’on observe bien la démarche que nous proposons : elle se base sur les mêmes ingrédients que ceux utilisés jusqu’à présent. Ils sont tout simplement harmonisés. Et puisque, coïncidence (?) les mêmes mots sont employés par les politiques et par nous, il ne nous reste qu’à souhaiter la mise en œuvre des actions que les beaux sentiments et belles phrases induisent.

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