Bachar al-Assad : l’ennemi de mon ennemi, un allié détestable.

La guerre qui bat son plein en Syrie n’est plus confinée à l’intérieur des frontières syriennes. Elle implique le monde entier mais meurtrit particulièrement le Liban à double titre :

1- Le poids des réfugiés syriens devient de plus en plus lourd: les Syriens qui, sur le marché du travail, se contentent d'un salaire au rabais, mettent des milliers de Libanais au chômage. Les Syriens, qui représentent aujourd’hui presque le tiers de la population libanaise avec plus 1,5 millions de réfugiés, contribuent à la rupture du délicat équilibre confessionnel du pays du cèdre.

2- Majoritairement sunnites, ils sont facilement infiltrés dans leurs camps de réfugiés par les djihadistes les plus radicaux. L’État islamique (Da’ech) a étendu ses tentacules jusqu’à la Béqa’a libanaise et même jusqu’à Tripoli. Comme une pieuvre qui piège sa proie, l’EI cherche à fragiliser le Liban.

La communauté internationale sera alors confrontée à un dilemme: soutenir un président despote qui assassine son peuple ou un calife auto-proclamé qui décapite ses adversaires et les brûle vifs. Le choix est douloureux. Meilleur ennemi, Bachar el-Assad deviendra-t-il un allié détestable? Mais tout de même un allié?

Une fois Da’ech écrasé sous le bombardement aérien américain et français, massacré par les troupes régulières du régime syrien, Bachar el-Assad retrouvera-t-il son autorité sur le Levant?

Le Liban, affaibli et déchiré, sans Président de la République, en panne d’institutions, se mettrait aussitôt sous la tutelle de Damas. La logique veut que le Président de la République ait une large assise populaire au sein de sa communauté (le PR est chrétien selon la constitution) mais les émissaires internationaux s’activent pour arriver à se mettre d’accord sur un président consensuel plutôt que populaire. Téhéran a reçu l’émissaire français, Jean-François Girault, qui effectuera sa 5ème visite dans le pays. L’activisme des chancelleries occidentales a ouvert la porte à bon nombres de candidats chrétiens qui ont pour point commun leur proximité directe ou indirecte avec le régime de Damas.

Michel Aoun, candidat non consensuel à la présidence de la République et allié du Hezbollah a déclaré jeudi 18 décembre: '' Je suis candidat, et je ne compte donner ma voix à personne, ni d’ailleurs me retirer au profit de qui que ce soit. S’ils [les autres] veulent élire un président sans moi, qu’ils le fassent donc! Je n’approuverai aucun président, pour de multiples raisons''. Autrement dit, s’entendre sur un candidat consensuel suppose de deux choses l’une: soit accepter la candidature de Aoun, soit convaincre ce dernier de nommer un autre candidat et donc cela laisse supposer l’approbation du Hezbollah et du régime d’el-Assad. Une aubaine pour les candidats qui s’activent en coulisse.

Parmi ces candidats «de compromis», les noms qui sont le plus souvent cités sont :

- Jean Kahwaji, chef de l’armée ;

- Georges Khoury, ambassadeur du Liban au Vatican ;

- Jean Obeid, ancien ministre des affaires étrangères et allié de longue date du régime syrien. Il va sans dire que cette liste n’est pas restrictive mais elle est révélatrice du profil des candidats requis.

Jean Kahwaji serait le premier candidat qui a réellement la faveur du Hezbollah. D'ailleurs, la synergie entre les Forces armées libanaises (FAL) et le Hezbollah s’est concrétisée pendant son mandat comme le dévoile cet article :

https://now.mmedia.me/lb/en/commentaryanalysis/546430-no-need-for-compromise.

Quant à Georges Khoury, il a occupé plusieurs postes à responsabilité dans les services de renseignements de l’armée, dont il était finalement devenu le chef. Comment arriver à accéder à cette fonction sans avoir été proche des services secrets syriens? D’ailleurs il est même accusé d’avoir pratiqué des tortures à l’égard des détenus dénoncés par la Fédération des ligues des droits de l’homme.

https://www.fidh.org/La-Federation-internationale-des-ligues-des-droits-de-l-homme/maghreb-moyen-orient/Liban-Vatican-quand-les

Et enfin Jean Obeid, collaborateur de longue date du régime syrien et dont le beau-père  a été impliqué dans l’affaire des missiles Crotale, selon le site de l’armée libanaise :

http://www.lebarmy.gov.lb/fr/news/?1010#.VNJuctKG9Yo

Emile Boustani, l’ancien chef de l’armée, a trouvé refuge en Syrie pour ne pas être auditionné par la commission d’enquête parlementaire qui investiguait sur les 9 millions de USD perçus au titre des commissions pour l’exécution du contrat.

Dans cette hypothèse de profil du candidat, quel serait l’avenir du Liban? Ne revient-il pas au peuple de s’exprimer sur le choix du candidat à travers une représentation légitime de la chambre des députés qui a prolongé son mandat pour la deuxième fois au mois de novembre ?

Faut-il que ce pays soit toujours un espace ou les puissances étrangères exercent leur influence en appuyant un camp ou un homme au détriment d’un autre en fonction de leurs rapports de force?

Finalement, l’hégémonie de la Syrie sur le Liban ne s’exercera-t-elle pas à nouveau comme durant les quarante dernières années ?

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