« Girault [qui était de] ‘de retour… est reparti du Liban les mains vides ?! »

J.-F. Girault n’a pas mené à terme la mission que lui a été confiée par le président Hollande.

J.-F. Girault s’est rendu au Liban  « dans le cadre de sa mission et des efforts français visant à promouvoir une entente au Liban », selon le communiqué publié par l’Ambassade qui ajoute que le Liban « affronte des défis chaque jour plus importants, notamment sur les plans sécuritaire, humanitaire, économique et social », ce qui « suscite la préoccupation » de la France « comme le prétend l’Ambassade ». 

Il n’aurait été porteur d’aucune formule de solution, ni d’idées précises. Il se serait, selon lui, contenté de donner des conseils, appelant tous les protagonistes libanais concernés à faire preuve de responsabilité et invitant les Libanais à libaniser l’échéance et à élire un nouveau président de la République. 

Par ailleurs, il semblerait que la visite « aurait pu avoir plus de chance de succès si la France n’avait pas joué un rôle négatif au sein du Conseil de sécurité en évitant de condamner Israël et en mettant ce dernier et le Hezbollah sur un pied d’égalité ».


Mais « Pourquoi le Hezbollah a-t-il ouvert ses portes à l’émissaire français au moment où Paris tente de le faire condamner au sein du Conseil de Sécurité ? » 

Ceux qui sont familiers des rouages du comportement politique du Hezbollah répondront que le parti n’a pas voulu fermer ses portes à l’émissaire français pour les raisons suivantes :

1. -      Le diplomate français vient au Liban pour la deuxième fois en quelques mois pour aborder le dossier présidentiel. Il s’agit d’un dossier urgent et sensible qui concerne, entre autres, le Hezbollah. Ce dernier ne peut donc que faire preuve de souplesse et de positivité à l’égard de toute initiative interne ou étrangère visant à résoudre la question.

2. -       Le Hezbollah persiste à faire savoir à quiconque l’interroge au sujet présidentiel que son unique candidat à la Présidence est, jusqu’à nouvel ordre, Michel Aoun.

3. -       Le Hezbollah a insisté pour accueillir J.-F. Girault surtout parce que ce dernier a entamé sa tournée à Téhéran.

4. -       Le Hezbollah fait de plus en plus preuve de pragmatisme dans son comportement politique. Il est donc prêt à ignorer l’attitude négative de la France à son égard au sein du CS pour collaborer avec elle dans d’autre domaine. Le temps où le Hezbollah fermait ses portes, se recroquevillant sur lui-même, est révolu.

5. -       Le Hezbollah s’était rendu compte, implicitement, que Girault n’avait rien de nouveau à apporter.

6. -        La longue expérience de J.-F. Girault, notamment sur les questions régionales, lui a forgé auprès des parties prenantes libanaises la réputation d’un homme positif, ouvert, objectif et capable d’écoute.


Girault n’a aperçu aucune lueur d’espoir au bout du tunnel de l’impasse présidentielle (…) vu que le CPL, qui bloque cette échéance, demeure attaché à ses conditions… ». C’est ce qui aurait poussé J.-F. Girault à « mettre un frein à ses démarches, qui se sont heurtées au mur dressé par le général Aoun et son camp politique ».

L’émissaire français n’a pas fait mystère de l’irritation de son gouvernement en raison de l’attitude de certains dirigeants chrétiens… 

Il aurait tiré la sonnette d’alarme au cas où le différend interchrétien persisterait, et aurait affirmé que la France déployait des efforts inlassables pour sauver la République et préserver la présence chrétienne au Levant. Il aurait ajouté que la France était fortement déçue par le comportement de certains dirigeants chrétiens qui font primer leurs intérêts personnels sur ceux de la République et des chrétiens. 

Il est malheureux de constater que certains libanais se sont vantés d’avoir débité devant Girault les constantes de leur camp, faisant ainsi qu’il rentre les mains vides. Jusqu’à quand les Libanais continueront-ils de prendre la stabilité de leur pays à la légère ?

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