Rouge comme le sang, rouge comme un chiffon agité tel une muléta...

De Macron aux médias, la société du spectacle, le buisness, "les gens"...

J'essaie de "mettre en ordre" ma tristesse, ma colère et ma raison (qui forment "un tout" et constituent tout être humain) et tente avec l'écriture de mettre des mots sur tout cela...

D'avance je préviens les éventuel(le)s lecteurs(rices) de ce billet, que je ne sais pas quel tournure il prendra dans cette "errance" intérieure et extérieure qui emprunte par là-même divers chemins...

Hier "j'ai mis un genou à terre", épuisé par les derniers évènements à Noailles, les diverses images qui m'assaillent et "me hantent" encore aujourd'hui, je n'ai pas eu la force de retourner auprès de celles et ceux qui souffrent dans leur chair de ce drame et de ses conséquences, ni retrouver les camarades avec lesquel(le)s nous luttons depuis tant d'années...J'ai dormi dans mon lit, un toit au dessus de ma tête ne menaçant pas de s'écrouler, un compte en banque suffisamment "garni" pour ne pas trop me soucier du loyer à payer, un sommeil lourd comme si les tonnes de gravats des immeubles de Noailles lui étaient tombés dessus...

En y réfléchissant, ce ne sont pas uniquement les gravats de ces immeubles qui me "sont tombés dessus", mais aussi tous les combats passés, présents (et futurs) pour la JUSTICE et donc contre les INJUSTICES qui se sont "cristallisés" dans cet épuisement ponctuel que je n'avais pas senti venir...

Mettre des mots sur les images qui me "hantent", raconter comme "exutoire", comme "réconfort", comme ces moments où l'un(e) d'entre nous "craque" et pleure dans mes bras ou ceux d'un(e) autre, pleure de tristesse, de colère et/ou de sentiment d'impuissance et trouve dans la chaleur humaine, la solidarité et l'empathie notre principale condition d'êtres humains...

Ces images quelles sont-elles? Pêle-mêle, c'est cette grue immense qui fait écrouler un immeuble mitoyen de ceux déjà écroulés alors même que nous savons toutes et tous que de potentielles rescapé(e)s et victimes se trouvent sous les gravats et que me vient immédiatement à l'esprit que JAMAIS une telle chose ne serait arrivé dans un quartier de riches et que les moyens énormes déployés par les autorités pour murer la contestation sur la Plaine auraient pu être employés rue d'Aubagne, y compris pour agir différemment au niveau du secours...Oui je sais que les secouristes ont fait pour le mieux et qu'il fallait qu'ils se sécurisent aussi pour poursuivre leur travail, mais cette image de gravats et poussière ensevelissant encore plus la pauvreté enterrée m'a marqué et me marque encore...

Image de cette mairie du 1/7 devant laquelle nous nous sommes rassemblés, à la fois pour témoigner de notre solidarité, s'enquérir des besoins de la population touchée et éventuellement pourrir un(e) responsable de la mairie plus ou moins identifié(e)...Mairie qui n'a pas jugé "utile" de tendre un drap/rideau sur la façade vitrée laissant voir les personnes venues chercher de l'aide, démontrant par là-même son absolutisme dans le mépris total vis-à-vis de cette population, indécence renforcée par cet hôtel 4 étoiles en construction juste en face de la mairie...

Image de ces nombreuses caméras/journalistes postés à quelques dizaines de mètres du lieu du drame, interviouvant tel(le) ou tel(le) élu(e) se faisant huer et traiter d'assassins par les personnes du quartier bien conscient(e)s, elles, (à l'inverse de journalistes pour la plupart ignorant(e)s du contexte), de la responsabilité quant à ce drame de ces élu(e)s se "pavanant" devant les micros et caméras...Caméras toujours tournées vers les lieux du drame et le travail des secouristes, journalistes en quête du dernier cadavre qui sera retiré des gravats, peut-être en compétition pour être le premier à l'annoncer dans un décompte qui ne fera de toutes façon plus "le buzz", car un de plus, un de moins qu'est-ce que cela change?

"Image" des chiffres des SDF (ils/elles n'ont même plus de nom) morts dans la rue, des chômeurs(euses) brisé(e)s, des travailleurs(euses) fracassé(e)s par un "management" inhumain, ces exilé(e)s mort(e)s ou disparu(e)s ça et là de par le monde, "images" de notre écosystème que "l'on" détruit, de ces guerres que "l'on" mène, de la Palestine et autres endroits où l'infamie règne, de la répression contre celles et ceux qui luttent pour la JUSTICE, etc, etc...

Je crois que ce sont toutes ces "images" qui sont à la fois la source de mon épuisement d'hier et source de mon engagement (et celui de tant d'autres) qui ne faiblira pas malgré l'immensité des combats à mener...

Et voilà qu'aujourd'hui (ou hier) Macron agite un nouveau chiffon rouge sur lequel "nous" nous précipitons, noyé(e)s que "nous" sommes dans le temps court (bien conforme au capitalisme) de "l'info" qui n'en n'est pas une...Un clou chasse l'autre et le spectacle comme le buisness "doivent" continuer...

Difficile, dans ce maelstrom de sentiments, "d'infos" et de raison, de faire son chemin perso et collectif...Quelques fois c'est le corps qui dit "stop" et vous "contraint" à faire une pause...Pour ma part c'est fait et ça fait du bien avant "d'y retourner"...

Résistances...

 

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