La rengaine de ses derniers jours est celle-ci.....il serait dur de rester mobilisés!!! Et si la vérité était exactement le contraire.....
Demain, quasiment pour la première fois depuis des décennies, une intersyndicale appelle à une journée d'actions en pleins congés scolaires qui faut-il le rappeler pour les congés de la Toussaint concernent toutes les zones.
Le risque est grand de voir en cas de moindre affluence ( et ce sera vraisemblablement le cas!!) les éditorialistes au service de la réforme entonner la marche funèbre du mouvement social pour la 7ème fois depuis le début du mouvement. La perle du jour a été de parler de "tournant de la dernière ligne droite!!". En conscience, les syndicats ont pourtant appelé à cette journée et ensuite à une journée de manifestations le samedi 6 novembre. Pourquoi?
Et si il était difficile de se démobiliser sur un tel sujet et dans un tel contexte ? Comment expliquer l'offensive du PS en direction du Conseil Constitutionnel sans cela? L'age de départ en retraite est un élément structurant de la projection de l'individu dans la construction de sa vie plus que n'importe quelle autre réforme. On peut espérer échapper aux effets néfastes d'une réforme de la santé avec la foi dans une santé de fer; espérer échapper aux conséquences dramatiques d'une réforme de l'Education par une attention domestique plus soutenue au parcours scolaire de ses enfants.....on ne peut échapper à cette réalité qu'à 65 ou 67 ans au lieu de 60 ou 62, on perd deux à cinq années de vie choisies pour le même nombre d'années de vie contraintes dans un rapport de subordination lié à la réalité de ce qu'est un contrat de travail, sans parler des autres avatars liés au recul de l'âge de départ à la retraite.
La difficulté de se démobiliser est renforcée par les avancées provoquées par le mouvement lui-même. Les arguments des soutiens de la réforme tombent les uns après les autres validant et légitimant du même coup le mouvement social. Les reprises du travail actuelles n'en sont-elles pas le symptôme?
Au delà des problèmes financiers qui jouent leur rôle,pourquoi continuerais-je à me mettre dans la difficulté alors que l'objectif de ma mise en mouvement, soit obtenir une majorité solide d'opinion pour faire reculer le pouvoir est atteint? En démocratie, n'est-ce pas à présent le temps de la non promulgation de cette loi qui doit arriver? Si Nicolas Sarkozy promulgue la loi, nous entrerons alors dans une phase inédite du mouvement social . Un texte de loi aura été au terme de son parcours sans qu'une majorité de citoyens l'aient souhaité. Le mouvement social devra donc en pratique réfléchir à poursuivre l'action en des formes inédites, face à une situation inédite.
Ce sera une obligation " en pratique", la réalité de la réforme revenant toquer aux consciences chaque jour de travail pénible et épuisant pour certains, stressant pour d'autres, ennuyeux ou déprimant pour d'autres encore...Nous serons ,toute proportion choisie, dans la situation de promeneurs par un beau printemps de 1942 croisant un camion de l'armée occupante leur renvoyant en pleine figure la réalité de leur situation.
Dans quelques jours, oui la loi sera votée mais oui également pour la première fois depuis des décennies; une majorité démocratiquement élue imposera une loi sociale "régressive" à l'ensemble de la population mobilisée contre elle .
Nous sommes de plus au moment où les masques tombent . Les impatients ou provocateurs de l'UMP, fiers d'être les premiers à faire courber l'échine du peuple se lachent......la loi doit être votée car nous voulons faire la démonstration politique que lors d'un mouvement social c'est le peuple qui est battu!!
Mais quid de la réforme pour elle même, on s'en fout!! La preuve, au petit matin le gouvernement pose un amendement pour discuter d'une vraie réforme en 2013. Pris dans le sentiment de toute puissance , d'impunité ou du contraire d'ailleurs , il donne raison au mouvement contre les retraites sur l'essentiel: cette réforme n'a pas pour but de sauver le système par répartition mais d'ouvrir la voie à un bouleversement systémique.
Les acteurs en pointe du mouvement sont alors perplexes sur la suite à donner mais ils ne peuvent se laisser aller au renoncement dans la mesure où la réalité valide leurs analyses au delà de toutes les espérances.
Au delà du nombre de manifestants (et il sera très conséquent!!) les 28 octobre et 6 novembre, faisons de ces journées des moments de forum ambulants pour une appropriation collective des éléments concrets de la situation. Parmi ces éléments, il y a l'analyse du peuple en mouvement qui a poussé le roi à se montrer nu.