Laurent Tailhade

Laurent Tailhade, journaliste à la Dépêche du Midi.

Né à Tarbes en 1854 et mort en 1919, Laurent Tailhade fut un des écrivains pyrénéens les plus turbulents. Ses sympathies anarchistes, son aversion pour le système politique et la religion, lui attirèrent la foudre de nombreux de ses contemporains. En 1896, Laurent Tailhade est à nouveau de retour à Lannemezan, Tarbes et Toulouse. Il propose aux lecteurs de la Dépêche, une description de la fontaine Desca de Tarbes.

La Dépêche, 1er janvier 1897 : « Avant même que la draperie fut tombée, la fontaine Desca avait reçu le baptême de la bêtise cléricale. Un papier bigot, que la pudeur interdit de nommer, cria au scandale en argot de confessionnal. Les messieurs en jupon noirs qui le dirigent éprouvent, à les entendre, un malaise devant ces augustes nudités, proposant de tailler quelques feuilles de vigne au mouchoir de Tartufe. Abjectes âneries sans autre effet, d’ailleurs, que l’amusement des personnes, tandis que le Maire achevait sa carrière. Sous l’administration de de Mr Lupau, un Maire à qui la ville de Tarbes devra la plus belle des parures, Desca, secondé par d’excellents auxilliaires, les sculpteurs Escoula et Mattet, a pu mener à bien une conquête de Beauté…

La fontaine, à présent, érige un bloc harmonieux, granit et bronze, où tels personnages humains, telles figurations animales, incarnent la Montagne nourricière, avec le charme de son horreur sacrée….Ceci pourrait, à vrai dire, s’appeler la « Fontaine des Pyrénées »… Suivons en détail le livret de cette grandiose pastorale.

Au sommet de l’édifice, l’Aurore, vierge et nue, comme un matin d’avril, touche les cimes aériennes qu’illustre la blancheur des glaces éternelles, entre les sapins amers et les roux genévriers.

Les neiges sous ses pas, paraissent s’embraser,

Les épaules d’argent de la Nuit qui frissonne,

Rougissent de bonheur sous son premier baiser.

Givres et fleurs décorent son passage. La montagne tout entière flamboie, en sa gloire matinale, comme un bloc de saphir ou d’améthyste, comme le degré géant d’un Olympe ou d’un Walhalla.

Au pied de la Déesse, bondit l’orageux chamois, l’isard qui monte aussi haut que la foudre, insoucieux de l’abîme et de ses épouvantements. Les torrents se déchaînent en cascades furieuses. Ils roulent aux sites de la plaine, la débordante fécondité de leurs eaux. A la soif universelle, ils offrent une coupe sacrée de jouvence et d’amour… »

La fontaine Desca à Tarbes par Jean-Pierre Boudet 2018. © Jean-Pierre Boudet La fontaine Desca à Tarbes par Jean-Pierre Boudet 2018. © Jean-Pierre Boudet

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