Epiméthée au chômage partiel

De la métamorphose en temps de confinement

 

6h Ce matin, comme régulièrement depuis mon confinement au chômage partiel, je mets "en marche" mon ordinateur et me rend dans la cuisine afin de préparer le petit café qui va avec. Une fois l'allumette éteinte, je retourne à l'ordinateur, pianote le mot de passe, et une fois arrivé sur mon bureau ouvre directement l'application internet.

Ce matin quelque chose change au regard des autres matins, j'ai envie d'écouter une musique avant de rejoindre Médiapart, d'y lire les nouveaux articles, de regarder les fils de commentaires auxquels je me suis suspendu dernièrement et de prendre le clavier pour, peut-être, y jouer de ma partition.

J'ai découvert à l'occasion des "nuits debout" une musique dont l'air tout en revenant continuellement en boucle, ne parvient pas à me lasser. Le Canon In D / Pachelbel's Canon possède cette particularité d'être une sorte de refrain en boucle qui a cette qualité assez extraordinaire chez moi de ne pas parvenir à lasser mes neurones, ou après un temps qui peut-être très très long. La longueur de ce temps est généralement proportionnel à la durée de l’activité qui accompagne cette musique, écriture, sieste. Une musique anti-sysiphienne dans le sens ou j'ai ce sentiment de ne jamais revenir en arrière lorsque la même mélodie reprend, une musique sans début, sans fin. J'y reviens toujours avec cette même sensation agréable. Je n'ai jamais quantifié le temps passé à l'écouter, mais il arrive un moment ou mon entourage proche commence, lui, à sentir le temps long.

J'ouvre donc Médiapart Et tombe sur la une, plus précisément sur la photo de la Une. Une Une magnifique, insolente. Je vois le représentant de tous les français portant un masque chirurgicale de protection contre le virus du Pangolin dont le titre annonce "Masques, les preuves d'un mensonge d'état". Après un moment d'hésitation je décide de ne pas lire cet article, car après tout, les mensonges d'états, leurs secrets, ne font-ils pas partie intégrante du monde à l'intérieur duquel nous acceptons de vivre, de ce monde que nous tolérons, tous et toutes, même Macron et ses courtisans. Dans notre grande majorité, nous l'acceptons même si nous pouvons avoir plus ou moins conscience que finalement, quelque chose cloche quand même.

Après cette première analyse, d'autres pensées me viennent. Ce masque, cette sorte de bâillon devant cette bouche présidentiel ne serait-il pas devenu au final le symbole du seul et unique moyen de nous protéger de tout ce qui peut sortir de cette bouche. Le seul moyen de nous émanciper des mots d'ordres guerriers, des appels aux sacrifices perpétuels du temps qui est le mien, le notre, ce temps particulier à l'intérieur duquel nous devons perdre notre vie pour simplement parvenir à la vivre. Pour gagner quoi au juste ? qui peut donc répondre à cette question, qui osera répondre à cette question, sans mensonge, aucun ?


De quoi Macron et Son monde sont-il le nom, de quoi notre monde est-il donc atteint pour arriver à me demander qu'il est sans doute aujourd'hui nécessaire d'établir un cordon sanitaire, non pas uniquement autour de Macron et de la macronie car le chapeau est beaucoup trop petit pour un seul homme,  mais de l'ensemble de la classe politique et intellectuelle.

Quels mots faut-il parvenir à cracher sur ce monde, sa lente décomposition sociale, la longue agonie de sa nature. Quels crachats immondes devrais-je donc arriver à produire pour qu'ils ne deviennent ces fines gouttelettes qui finissent toujours par s'évaporer aux yeux et au sus de tous. Mes mots ont-ils encore un sens, que faire, que dois-je faire, bâillonner la grande majorité de ceux qui m'entoure, me taire, à jamais ?

Devons nous laisser les maux nous ensevelir à  jamais, les laisser, nous et Ce monde, nous recouvrir de leurs linceuls.  Sommes nous si fatigués, si las, si revenu de tout, si résignés, pour que plus aucun sens ne puissent nous agir.

Émancipation et liberté, j'écris, je cherches, je hurles parfois ces mots de la dignité, sur le fil et sur l'encre de mes pensées, dans ma vie, à vos yeux, à vos oreilles, à mes proches, tendrement, durement, parfois sèchement. Il en est ainsi

Contre les maux et l’agonie du monde, il nous faut retrouver la rigueur des mots, leurs sens, là ou sommeille une énergie inégalée encore , la puissance des mots, ils peuvent nous aider, je les connais bien, ils sont devenus des amis, ils sont fidèles, nous pouvons compter sur eux.

Les notes de musique s'écoulent toujours aussi agréablement jusqu'au cœur de mes sens, là ou semble également siéger mes pensées. Je l'apprécie toujours autant, mais je sens qu'il est tant pour moi de mettre fin à cette pensée particulière que j'ai partagée avec vous ce matin.


Je vous souhaite une bonne métamorphose

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