Essai sur le gouvernement de soi

Pour la constitution d'un nous qui ne soit pas exclusif

Attention je peux apporter parfois en cours de route des modifications qui me semble importante mais qui n'enlève rien me semble t-il au sens de l'article. Il se peut donc qu'en le relisant à des moments différents des modifications puissent apparaître.

 

La volonté de groupe humain-e plus ou moins importants de s’émanciper de forme plus ou moins étendues de structures ou de formes particulières organisations sociales semble être devenue une des préoccupations majeurs de l’époque.

Néanmoins, au-delà des réactions de crainte, des atermoiements moraux, et parfois des problèmes de droits que marque la volonté de groupe d’humain-e à souhaiter s’émanciper de forme plus ou moins étendues d’organisation sociale, il me paraît nécessaire et urgent de tenter de comprendre les soubassements de cette volonté d'indépendance, les mécanismes sociaux qui les produisent ainsi que les contradictions et les limites qu'elle peut comporter.

Pourquoi l'indépendance, pourquoi désiré retrouver une souveraineté, réelle ou fantasmé, à travers cet acte qui met le monde intellectuel en émoi. Pour les uns il s'agirait d'un retour à des formes d'organisations dépassées, une anti modernité alors que pour d'autres d'une simple volonté de maîtriser leur condition d'existence et leur avenir même.

La souveraineté réelle, c'est l'idée que seul les participants à une organisation sociale particulière et ses membres sont à même de décider de ce qui les concerne. La souveraineté fantasmé, c'est l'idée qu'il est possible de faire abstraction des conditions même de l'existence d'une autonomie politique au regard des conditions historique qui ont peut-être amenée à ce que cette organisation sociale particulière se soit coulée dans un ensemble plus grand, un département à l'intérieur d'une région et une région à l'intérieur d'un pays et ce pays dans une aire économiqueplus vaste.

Revenons à la question principale, pourquoi ce désir de souveraineté chez soi. Pouvons-nous alors faire l'impasse sur cette question qui taraude bien des esprits aujourd'hui et cela quel qu'en soit l’échelle. Ce débat sur la souveraineté est un des sujets forts du moment aussi bien à l’échelle mondiale, européenne, régionale, départemental, voir même à des niveaux plus restreints, collectif (ZAD, Coopérative intégrale, tribus amazonienne...) et même au niveau individuel avec les survivalistes.

A la suite des guerres industrielles qui ont marquées l'histoire de l'Europe et du monde, si la question des nationalismes et de leurs prétendues autonomie, réelle ou fantasmé, a traumatisée la pensée européenne (1), faut-il alors pour autant jeter l’anathème sur chaque individu, collectif ou entités plus vaste qui souhaiteraient s'y référer.

Néanmoins mettre dans le même sac tous ceux qui tentent concrètement de mettre en œuvre cette volonté de souveraineté de soi et/ou d'un nous, me semble faire preuve d'aveuglement. Tout d'abord envers ses propres limites personnelles au-delà desquels notre horizon intellectuel fixe la limite de la perte de soi, et d'un nous, car il est bien entendu que nous, humains, sommes tous, sans exclusive, des êtres sociaux. Il est bien évident que la perception de la perte de soi ou d’un nous dépendra de la place de chacun à l’intérieur de la vie sociale particulière généré par la réification que le capital et ses abstractions a exercé sur les anciennes organisations sociales. La perception de cette perte de soi, d’un nous est bien évidemment différente en fonction de la classe sociale à laquelle nous appartenons, tout comme peuvent l’être les réponses élaborées face à cette épreuve.

Nous devons partir, pour comprendre ce qui se trame, des raisons, dynamiques, processus non exprimées publiquement, qui ont contribué à l'avènement d'entités juridiques et sociales toujours plus étendues et interdépendantes.

A l'époque moderne, expliquer l'élargissement d’entités toujours plus grandes, ou la simple volonté affichée de retourner à une forme plus réduite d'entité par la simple volonté des hommes ne peut suffire à expliquer cette dynamique historique. Pour la comprendre il faut aborder la question des dynamiques du capital automate (2), son inextinguible soif de croissance, de productivité, d'expansion économique, mais aussi des contradictions survenant entre chaque entité porteuse de son propre capital. Il faut également aborder la question de l'exploitation des hommes par d'autres hommes qui règne à l'intérieur de ces entités, de leurs rapports sociaux et de production particulier que la soumission (3) des hommes aux impératifs et intérêt du capital à également généré.

C'est ici que se trouve sans doute la faiblesse et les limites que rencontrent les désirs de gouvernement de soi et/ou d'un nous aujourd'hui. La catalogne n'est pas une entité autarcique uniforme, le capital y a également développé des rapports de production, des rapports sociaux que nous retrouvons partout dans les pays dits développés. Je présume que beaucoup de catalan ne peuvent vivre que parce qu'économiquement ils sont liés à la sphère ibérique et dans une moindre mesure sans doute à la sphère européenne, cela qu'ils soient patron ou salarié.

Nul entité fondé sur la base du capital ne peut prétendre se maintenir, se développer sans rencontrer, voir affronter les intérêts d'une autre entité formée sur les mêmes dynamiques, rapport sociaux et rapports de production basés sur l'exploitation. Ne peut-on affirmer que, sous leur aspect idéologique, lors de l'affrontement entre le bloc de l'est et celui qui se définissait comme le camp de la liberté, les mêmes contraintes économique d'expansion, d'exploitation et de prédation formaient le soubassement de cette lutte.

Il n'existe que deux possibilités pour les tenants et/ou les représentants d'un capital, s'allier ou s'affronter. Je ne parlerai ici que des possibilités d'alliances entre entités.

 Au-delà des folklores et traditions particulières, s'il est certain que l'alliance est la meilleure des solutions, cette alliance n'est imaginable que si elle permet de maintenir en l'état les rapports sociaux et structures que le capital a généré, c'est la condition pour que les politiques œuvrant à cette alliance l’autorisent puisque toutes les règles et principes se sont érigés autour de cette dynamique, ils en sont les garants. Les folklores, les traditions ne sont qu'un voile camouflant les soubassements d'une dynamique économique et sociale particulière dont nous percevons toutes les limites, dangers et contradictions. Dans la guerre économique que ce sont livrés les blocs de l'est et de l'ouest, la chute du mur de Berlin en 1989 a signifié non seulement le fait que l'Est avait perdu la guerre économique, mais également la fin d'une organisation sociale centralisée, bureaucratique et pyramidale.

Aujourd'hui, les différentes entités capitaliste ne cessent de développer, d'augmenter leur armement pour défendre des intérêts devenus géographiquement toujours plus décentrés de leur centre de gravité. Cette boulimie de matière et d'espace nécessaire au maintien et au développement d’un mode d’exploitation particulier du travail, soumet l'environnement à des contraintes dont nous savons qu'elles se retournent déjà contre la majorité des humains qui composent ces différentes entités. 

Il existe donc plusieurs niveaux de contradiction à l’intérieur de l’économie capitaliste, marchande, à base de capitaux qui tout en déployant son empire dans le temps et l’espace a renversé les anciens modes d’échanges sociaux plus direct pour des modes d’échanges indirectes. Je passerai sur les contradictions économiques de base que Marx a mis à jour pour n’aborder que les conséquences sociales qui en découlent. A travers cette socialisation indirecte générée par le capitalisme, les hommes se retrouvent ainsi tributaires d’abstractions économiques qui fondent une dynamique empirique destructive aujourd’hui à même de détruire les bases même de la sociabilité et des conditions préalables à l’épanouissement de toute vie un tant soit peu développée.

Si les nécessités d'alliances ne peuvent avoir politiquement pour but de supprimer les lois économiques, les structures sociales et productives qui les ont généré , alors ces contraintes ne peuvent que perdurer et s'intensifier, qu'elles soient écologiques et sociales puisqu'elles contraignent très objectivement chaque entité à s'adapter au canon économique mis en place par ces concurrents. Le débat actuel portant sur la constitution de grands ensembles économique supra nationaux (Europe) ou des accords inter-étatique tel qu’un populisme comme Trump semble privilégier ne change en rien les dynamiques de fond qui agite le capitalisme et ses économistes.

Maintenir les structures sociales d'exploitations, quelques soient leur surface géographique et quelques soit le type d’alliance choisit par ailleurs ne fait qu'entretenir et intensifier ce contre quoi les humains en général veulent se protéger en souhaitant récupérer une certaine autonomie, quelque soit par ailleurs l’étendue de l'organisation à laquelle ils sont liés.

La seule façon de mettre un terme aux contradictions sociales et écologiques que porte en son sein le capital, entre le local et le global, c'est sans doute de mettre fin aux rapports sociaux indirectes, donc à la marchandise générale qui a générée peu à peu le renversement des anciens mode de socialisation, l’exploitation économique du travail, la marchandisation et la consummation du monde.

Sortir de l’empirie des abstractions économiques pour générer de nouveaux rapports sociaux plus souples, plus égalitaires débarrassées des contraintes sociales et des contradictions générées par le capital.

 

 

(1) La pensée dite rationnelle, cet outil dont ceux qui en ont eu l'usage se sont souvent avérer plus apte à s’apitoyer sur leur livre de compte que sur les conséquences de leurs propres pensées et actes sur les autres. La mondialisation de l'économie c'est appuyé sur des massacres, voir génocides il ne faut jamais l'oublier. Au delà des valeurs dont elle se pare, cette raison instrumentale c'est souvent limité dans les faits à maintenir et/ou développer ces propres intérêts, qu'ils soient individuels ou plus collectif. Mais c'est uniquement à la suite des deux guerres mondiales et aux tueries industrielles qui ont eu lieux sur le propre terrain des centres capitalistes initiaux que la pensée européenne a commencé à se pencher sur elle même. Si l'on peut regretter que cette analyse n'ait pas consister à dénoncer les conditions sociales et les rapports sociaux qui avaient conduit à ces horreurs, il est tout aussi regrettable et surprenant qu'elle ait conduit nombre de philosophe et d'intellectuel à rejeter cette pensée pour ne conserver que ce qui avait été les bases économiques et sociales de ces tragédies.

(2)« A son niveau le plus profond, le capitalisme n’est donc pas en réalité la domination d’une classe sur une autre, mais le fait, souligné par le concept de fétichisme de la marchandise, que la société tout entière est dominée par des abstraction réelles et anonymes. Il y a des groupes sociaux qui gèrent ce processus et en tirent des bénéfices – mais les appeler ‘‘classes dominantes’’ signifierait prendre pour ‘‘argent comptant’’ les apparences. Marx ne dit rien d’autre lorsqu’il appelle la valeur le ‘‘sujet automate’’ » (A. Jappe, « Aliénation, réification et fétichisme de la marchandise », in La réification. Histoire et actualité d'un concept critique, La dispute, 2014, p. 77).

(3) − [Chez Marx, Lukács] Transformation de l'activité humaine en marchandise qui aboutit dans l'économie capitaliste à une véritable fétichisation de l'objet en tant que valeur d'échange dominant complètement la valeur d'usage. La réification (...) a donc transformé, au cours des derniers siècles, toutes les sphères de la vie sociale. Alors que dans les époques antérieures, les sphères politiques, économiques, juridiques et religieuses s'articulaient indissolublement l'une sur l'autre, avec l'avènement de la société capitaliste marchande (...), la sphère économique a conquis une autonomie presque totale (Encyclop. univ.t. 141972, p. 10).

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