L'introuvable débouché ?

Dès que des échéances électorales arrivent, le sujet de l'unité espéré de la gauche pointe le bout de son nez. Cet article fait donc logiquement abstraction du fait qu'il s'insère parfaitement à l'intérieur d'un jeu et d'un échiquier politique issus des révolutions modernes. Je trouve dommageable pour la compréhension générale d'exonérer la pensée de droite de toute critique quand à la prétention à la gouvernance de nos vies. Ne pas exercer une critique d'ensemble de la pensée politique c'est faire l'impasse sur les corpus commun propre à la démocratie bourgeoise et à ses élites de gauche comme de droite. Cet oublie nous fait retomber dans des débat ou les subjectivités peuvent occulter les raisons profondes très concrètes qui participent de cette déréalisation du monde. L'un des sommets de cette subjectivité fut atteint par Valérie Giscard d’Estaing lors du débat télévisé qui l'opposa à François Mitterand au deuxième tours des élections à la présidence de la république en1974. A l'occasion de cet échange le malicieux Giscard glissa sous les souliers de Mitterand interloqué une bien jolie peau de banane "Vous n'avez pas le monopole du coeur" (1)

Le libéralisme économique n'est pas à confondre avec le libéralisme des cœurs et des mœurs qui font partie du principe de liberté et de la sensibilité individuelle. Le libéralisme économique, et les éléments sur lequel il s'est fondé, l'argent et la valeur sont les matrices à l'intérieur de laquelle sont apparut les différentes classes sociales et les formations politiques actuelles en luttent autour du partage de la survaleur, appelé aussi profit et de son utilisation, individuelle et/ou collective.

Bon grée mal grée la démocratie bourgeoise dans son ensemble a fini au fil du temps par s'entendre à émanciper le peuple (2) en ne lui accordant qu'un pouvoir taillé pour la place que la bourgeoisie était prête à lui laisser, le droit de choisir, non pas comment ce peuple (3) désirait mener son existence singulière quotidienne, mais qu'elles hommes choisir pour mener le destin d'une vague entité devenue aussi abstraite que son économie, entité prétendant englober toutes les sensibilités. Une sensibilité de gauche pour l'utilisation collective du profit (service public) et une de droite pour une utilisation plus individualiste, reste ceux dont la sensibilité reste rebelle à tout enfermement dans des cases ou des parcours de vies uniformisés, aseptisés.

A l'intérieur du capitalisme, se présenter comme le gentil ou le meilleur ne suffit plus. D'une manière beaucoup plus générale toutes les démocraties et leur économies modernes de marché finissent par user et laminer lentement mais sûrement les rapports sociaux de base d' hommes et de femmes pris directement ou indirectement dans les filets de la valorisation en les dissociant individuellement et collectivement. Philosophiquement, une dissociation interne très personnelle, entre l'étant des choses et l'être concret, entre l'étant économique et social et nos aspirations plus politique, une dissociation entre le monde abstrait de la valeur et le monde concret de nos besoins, entre l’aliénation permanente à l'intérieur de cette forme sociale très particulière qui a colonisé le monde et notre désir intact de liberté.

Plus collectivement, plus socialement, l'arrimage du monde matériel à la valeur par l'intermédiaire de l'achat et de la vente de la force de travail, ce que les alter mondialiste nomme timidement la marchandisation du monde, a généré cette dissociation entre le politique et l'économique à l'échelle des entités abstraites que l'on nomme États. Les abstractions sont reines (4) et le monde concret, celui de chair, d'os et de cervelle comme le disait Marx doit, pour simplement exister, pour pouvoir vivre quand ce n'est pas survivre, se soumettre et s'aliéner à l'univers très particulier de la valeur monétaire, son travail, ses marchandises, ses prix, ses concurrences, ses marchés "anonymes", ses crises systémiques, ses guerres ...

Si l'histoire peut servir de leçon, il en est une qu'il est nécessaire de retenir, et surtout à ne jamais oubliés pour tous ceux à gauche qui prétendraient changer les choses en surface sans les changer en profondeur, et pour tous ceux qui a gauche comme à droite s' aventurerai à conserver l'existant en utilisant tout "l'arsenal de la force légitime" de ce vieux monde. Nous sommes aux limites sociales, les limites environnementales comme nous avons pu le constater plus encore cet été sont elles assez largement dépassées. Une grande partie de la population et de la jeunesse pense sérieusement à s'émanciper des plats réchauffés que vous proposez tous les 5 ans. Ce désir, ce besoin, d'émancipation et de liberté se fera avec, ou sans vous.

Pour ma part je n'aurai qu'un souhait et j'espère de tout cœur que les femmes et les hommes peuplant notre univers commun se l'approprieront et n'accepteront plus les ficelles éculées du jeu politique actuel. J'espère sincèrement que nous nous élèverons ensemble pour réclamer l'abolition de toute valeur monétaire, l'accès direct sans médiation à des biens produits le plus directement possibles sans autre contrepartie que notre participation consciente et libre à la production de ce qui est nécessaire à notre bien être social et culturel. Nous ne demandons pas la lune, nous demandons juste le respect de notre droit inaliénable et naturel de pouvoir jouir en toute liberté d'une existence sociale digne de se nom.

 

(1) https://www.dailymotion.com/video/x5h9dun

(2) A moins de penser les femmes et les hommes comme des êtres uniformes, cette notion de peuple fait de ceux qui le peuple une notion très abstraite des humains en général au regard de la diversité, de la particularité, de la provenance et de l'histoire de chacun d'entre nous.

(3) Dans toute la diversité de ceux qui sont englobés dans cette généralité.

(4) Page 10 Préface d'Anselm Jappe au livre de Robert Kurz "La substance du capital" Édition l'Echappée - collection Versus.

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