Le virus "économie"

De quelques clarifications générales à l'heure ou certains se perdent en conjecture

Face à la crise sanitaire et sociale, à l'heure du confinement général des populations et de la crise économique qui couve, certains se prennent subitement à rêver que les idéologies ayant aboutis à ce petit désastre pourraient se voir enfin remises en question.

Après s'être propagée sur l'ensemble des continents, après avoir bousculée, anéantis l'ensemble des rapports sociaux pré-modernes, l'économie, la marchandisation du monde, a si profondément pénétré la pensée que certains, à l'aune de la crise actuelle, s'estiment dorénavant en être vaccinés.

Qui, syndicalistes, politiques,  envisagent le plus sérieusement du monde une (re) nationalisation des secteurs clés de l'économie jusqu'à la production des pneus Michelin. Qui, économistes, politiciens se mettent à penser à une humanisation de l'économie à travers une démocratisation dont nous ne savons ce qu'elle pourrait bien signifié. Une participation des salariés à la simple gestion des entreprises et/ou la maîtrise de la production elle même. La possibilité de décider de ce que l'on a envie ou pas de produire également, de l'utilité ou pas de cette production, d'en décider son arrêt à la vue des conséquences environnementales que cette activité peut induire. Bref si les DRH en chef sont actuellement dans le brouillard, le flou le plus total règne en maître dans les esprits.

L'économie, la marchandisation du monde, demeurent toujours des impensées comme forme sociale générale totalisante, le capitalisme enrôlant la totalité des êtres directement ou indirectement (1) pris dans les mailles de la valorisation. Nous sommes englués dans des rapports sociaux exécrables et les classes sociales s'inclinent impuissantes devant l'objectivité indiscutable des comptes courants tandis que certains brassent les mots comme le vent les feuilles mortes d'automne.

Libéralisme, socialisme de marché, économie centralisée, Keynésianisme, ultra, néo, ordo-libéralisme, sous les formes phénoménales historiques et transitoires du capitalisme sommeillent ses dynamiques destructrices (2) et ses catégories particulières, la valeur, l'argent, le travail... Changer de paradigme c'est sortir de ces catégories.

"Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences." Emmanuel Macron, lundi 16 mars 2020...

Chiche.....mais alors épidémie du coronavirus mise à part, nous pouvons être certain que le conservatisme aujourd'hui c'est penser que nous pourrons sortir de la catastrophe en cours par des pirouettes comptables et des circonvolutions présidentielles et/où intellectuelles.

Comme nous pouvons rigoureusement affirmer que le nihilisme d'aujourd'hui c'est ne pas penser que "nous ne pourrons sortir de la catastrophe sociale et écologique en cours, qu'au prix d'un bouleversement théorique et intellectuel général précédant un agir et un faire autrement (3)". Bouleversement intellectuel seul à même de donner du sens au jour d'après.

 L'économie administrée, démocratique ou pas, c'est le capitalisme.

Le capitalisme c'est la gestion monétaire des rapports humains et de la matière par l'argent et Aucun-e d'entre nous ne pourra se revendiquer de la liberté et de l'écologie tant qu'il devra échanger une partie de son temps contre de l'argent. Seule une sortie de l'économie monétaire par une politique de l'accès libre serait à même de résoudre les phénomènes générés par le capitalisme (croissance, dette, inflation, crise sociale, misère, destruction environnementale...)

Depuis que les humains ont crée cette marchandise générale, l'argent n'a jamais été et ne sera jamais un moyen en vue d'une fin que l'on pourrait décider même démocratiquement. Pour tous les producteurs privés et publics, à moins de sortir de la rationalité comptable (4), l'argent a toujours été une fin en soi puisque tout les faits et gestes qu'ils ont et qu'ils accomplissent et font accomplir avec ont comme objectif incontournable de dépenser au mieux l'argent (5), de le rembourser, et en tous les cas d'être rentable, productif. Le travail concret est un sous élément indispensable au capitalisme, à la création et au maintien de la valeur. L'inversion des moyens et des fins est totale, générale, le monde en est tout retourné, nos pieds vont dans un sens alors que nos têtes vont parfois dans l’autre, nous sommes aliénés.

Il faut sortir de la subjectivité au regard du capitalisme. Sans s'émanciper du fétiche général, nous les humains, resterons ces choses impuissantes livrées aux conséquences dévastatrices des phénomènes capitalistiques. Sans s'émanciper de la valeur, ce monde continuera à générer à tour de bras les monstres froids de tout poil qui gouvernent encore aujourd'hui nos vies.

Nos vies, la vie elle même ne vaudrait-elle finalement pas plus que tout l'argent et l'or du monde ?

(1) Ensemble des êtres dont font bien évidemment partie, Philosophes, intellectuel-les, politiques, syndicalistes et salarié-es du privé comme du public, ainsi que les femmes qui restent encore au foyer jusqu'aux jeunes dealers de rêve du coin de nos rues. L'ensemble des biotopes et de la vie animale sont aussi impactés indirectement.

 (2) http://www.palim-psao.fr/2020/03/capitalisme-et-coronavirus.notes-a-propos-de-l-epidemie-economique-par-maurilio-lima-botelho.html

(3) http://desargence.over-blog.com/2020/03/l-experience-sans-les-profits.html

(4) Mais l'argent n'a plus alors aucune raison d'être et seule l'utilité réelle de la production, sa valeur d'usage, serait à prendre en compte. Dans une société affranchie des contraintes liées à l'argent, qui perdrait son temps, parfois sa vie, à faire des choses inutiles, voir in-essentielles.

(5) Même s'il peut faire des prêts, le service public "gratuit" pour tous ne peut dépenser sans compter puisque son existence dépend essentiellement des impôts, taxes et cotisations sociales prisent sur l'activité de producteurs privés englués dans leurs propres contradictions.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.