Alternative

la subjectivité est l'arme des faussaires

Nombres d'articles et de commentaires généralistes (1) forts intéressants dans la période actuelle omettent assez étonnamment de repenser le cadre conceptuel général, global et Totalitaire, à l'intérieur duquel il nous est habituellement permis de penser, et donc d'agir.

Nous ne pourrons prétendre transformer véritablement les choses tout en continuant par ailleurs à faire la sourde oreille.

Nos sociétés occidentales en particuliers (2) se sont douillettement et confortablement installées dans des modes de vie dont nous constatons bien qu'ils sont insoutenables écologiquement et socialement. Néanmoins ce mode vie a fini malgré tout par étendre son emprise et ses conséquences sociales et environnementales sur toutes les activités humaines, sur tous les écosystèmes; de l'infiniment petit jusqu'aux échelles plus importantes, plus globales.

Interroger ces modes de vies est nécessaire, mais nous voyons bien que cette interrogation n'est pas toujours consciente du fait que le développement de ce mode de vie a été en grande partie la résultante des dynamiques internes propres aux capitalismes, à cette chose qui dans les faits a finis par posséder nos esprit et nos corps.
Pour résumer ce propos, il a fallu toute la séduction publicitaire et les contraintes de la concentration des moyens de production pour que nous finissions par avaler sans réfléchir les marchandises qui devaient sortir toujours en plus grand nombre des "chaînes" de la productivité et d'une croissance in-intérrompable à l'intérieur de la forme valeur.
In-interrompable car la productivité Et donc la croissance sont indispensables à la conservation de la forme valeur générale et au maintien de ses catégories particulières (l'argent, le producteur privé, le travail) auxquels nous sommes intellectuellement et très physiologiquement dépendants, suspendus. Croissance et productivité, cette histoire sans fin, affublée des notions très subjectives de modernité et progrès.

A l'intérieur du capitalisme, la subjectivité est l'arme des faussaires.

Dans les centres capitalistiques, à la rengaine aristocratique sociale "le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous" succède aujourd'hui le refrain d'une modernité plus martiale "le progrès ne vaut que s'il est possible de se le payer". Derrière ce refrain résonne encore à nos oreilles le vieil héritage judéo-chrétien de l'occident "tu gagnera le progrès à la sueur de ton travail".

Néanmoins, le capitalisme ou l'économie comme science ne sont finalement qu'une abstraction dérivée d'un réel très particulier. La sobriété ne peut venir que d'une humanité" qui déciderait en conscience de se désengluer des catégories qui fondent l'économie ( la valeur, l'argent, le travail ) et des entités qui ont historiquement la "fâcheuse" tendance à ériger comme contraire à l’intérêt général (sic) et aux droits (3) toute tentative de sortie de ce mode de vie et des rapports sociaux indirects très destructeurs qui y sévissent (4).

A l'heure du capitalisme de crise, à la lecture de nombreux articles et commentaires, j'ai parfois le sentiment que "La Liberté" qui demeure la seule boussole intacte, incorruptible, se voit aujourd'hui reléguée aux oubliettes de l'histoire en lieu et place de mode de gestion très bureaucratique et bien peu démocratique. La liberté individuelle et donc collective ne peut se confondre à la seule émancipation individuelle (5) proposée à l'intérieur de cette forme sociale particulière qu'est le capitalisme au risque de n’être au final qu'une acceptation aveugle aux principes technocratiques de gestion des ressources humaines et de la matières qui la régissent.

Malheureusement, pour nombre d'entre nous, la liberté reste une boite de pandore d'où seul le pire peut surgir. En effet,  cette liberté peut conduire, à leur yeux, à une déconstruction des différentes structures auxquelles nous pouvons être fortement et symboliquement attachées. Faut-il pour autant que les contradictions et les structures générées par le capitalisme nous empêchent malgré tout de continuer de penser une alternative crédible en remettant des mots sur les maux.


Ne peut-on penser une réelle l'alternative, non comme une révolution (6), non plus comme un réformisme (7), mais comme une métamorphose sociale. La métamorphose fait l'économie de la rupture brutale en opérant une articulation possible entre la société dont nous avons toutes et tous hérités et les objectifs sociétaux que nous pourrions nous fixer au regard des principes qui peuvent être les nôtres.

Le capitalisme, son argent, ses dettes, ses marchandises à ne plus savoir qu'en faire, nous possède t-il à ce point que nous serions devenus incapables de nous en émanciper, de nous en affranchir.
 
(1) A caractère philosophique
(2) La pensée occidentale en générale, bien que précarité, chômage et inégalités en soit le produit inacceptable.

(3) Notre Dame des Landes et la guerre contre les ZAD, les squats ?

(4) Le mouvement des gilets jaunes, en rompant les traditionnels frontières sociales et politique n'est-il  pas une tentative de sortir, de dépasser les rapports sociaux traditionnel tout en restant englué dans des revendications prônant la redistribution et le maintien des catégories propres au capitalisme.

(5) La fameuse promotion sociale. L’argent n’est en rien synonyme de Liberté, bien au contraire, et le pouvoir d’agir cher aux instances de régulation sociale retombe comme un soufflet une fois que l’on ouvre grand la porte du four.
(6) La révolution comme retour au même.
(7) Le réformisme à l'intérieur du capitalisme, c’est penser qu’il est possible de partager « équitablement ?» les catégories propres au capitalisme, L’argent, le travail social général, ou sous la forme de services publics. Le capitalisme possède cette particularité de subjectiver même l’idée d’un partage équitable ne serait-ce qu’au regard de la division du travail social qui y règne et des différentes classes sociales qui en sont le produit.

 

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