Politique sans politique par Anselm Jappe

 Au début, le « primat de la politique » était une idée chère au juriste du Führer, Carl Schmitt. Mais depuis longtemps, c’est la gauche « radicale » qui a lié son sort à un « retour de la question politique », où la « politique » est considérée comme étant en elle-même le contraire du « marché ». Cependant, il n’est pas facile de se convaincre que l’opposition au capitalisme, ou à ses dérives contemporaines, passe par ce que l’on appelle habituellement la politique. Il est évident que rien n’aurait changé si c’était Royal au lieu de Sarkozy. Mais même si les trotskistes, qui ont pris le relais des sociaux-démocrates devenus libéraux, allaient au pouvoir en France, ils n’ébranleraient pas le monde. En Allemagne, le « Parti du socialisme démocratique » participe à des gouvernements régionaux ; en Italie, Rifondazione comunista a ses ministres ; et même les Centri sociali italiens, souvent considérés comme la crème de l’antagonisme, peuvent fournir des adjoints au maire. Partout ces représentants de la gauche « radicale » finissent par cautionner des politiques néo-libérales. Faut-il alors fonder des partis « vraiment » radicaux qui ne s’enliseraient jamais dans le même bourbier ? Ou les raisons de ces « trahisons » sont-elles structurelles, et chaque participation à la politique conduit-elle inévitablement à se livrer au marché et à ses lois, indépendamment des intentions subjectives ?

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