Le sacré et le profane

Si l'économiste est nu, le politique l'est tout autant

L'économisme est-elle une science qui pourrait s'autoriser à s’affranchir de tous liens avec le monde social réel au nom même du caractère sacré dont cette science se pare. 

Tout en parvenant parfois, dans les moments difficiles, à soulever le problème d'une pensée et d'un agir subsumées par l'économie, par la gestion, l'économiste n'en propose pas moins toujours, par une pirouette conceptuelle dont il a le secret, non pas à remettre définitivement les choses sur leurs pieds , mais à continuellement laisser le monde retomber sur la tête.

Les moments de crises économiques sont toujours les révélateurs de l'enferment des humains à l'intérieur des concepts que "les meilleurs d'entre eux" ont historiquement élaborés pour les autres, il en est ainsi pour la valeur, l'économie, l'argent et ses propriétés, les Etats, les lois, le travail, les dettes, le salariat, le chômeur, le précaire, l'exclu, le fainéant, le parasite, jusqu'à celles et ceux qui n'existe plus...qui ne sont au final plus...que du rien.


Un principe, la liberté individuelle doit revêtir à nos yeux l’importance la plus haute parce qu’elle exige une attention permanente des uns aux autres... à tous les autres...sans exclusive. Les événements actuels soulignent à mes yeux les contradictions insolubles à l'intérieur desquelles nous pataugeons encore aujourd'hui depuis l’avènement des démocraties dites modernes. Dans un article paru sur Médiapart le 30 mars "L'impact économique global du covid19: l'économiste est nu...ou presque" (1), L'économiste Michel Rocca (2) écrit ainsi;

"L’économie a définitivement gagné sur le politique (« il faut des masques et des tests » mais les producteurs sont ailleurs et font exactement comme ils veulent)"

A partir de cette simple phrase, comment peut-on prétendre concilier la liberté individuelle et l'économie/politique. Aux yeux de l’économiste, le politique serait-il également, à l’instar de l'économie, au dessus des libertés individuelles. Plus précisément, de quels producteurs parle-t-il ainsi, de ceux qui décident ou de ceux qui se voient contraint de faire...comme on leur dit de faire...et...où le faire. Vous conviendrez qu'il est intellectuellement difficile d'accepter cet amalgame très léger auquel l'économiste c'est livré, cela même dans des démocraties prônant (pour combien de temps encore ?) la liberté individuelle. La question qui vient immédiatement à l'esprit est celle-ci, "Et si les producteurs, les pieds et les mains, décidaient un jour de faire exactement comme ils le souhaitent indépendamment de la tête, avec quels "loups" (3) les économistes et les politiques se mettraient-ils donc à hurler en cœur.

Même si les principes de l'économie politique bourgeoise ce sont largement démocratisée (4), elle n'en reste pas moins une économie politique à l'intérieur de laquelle se querelle un personnel politique très au dessus de la mêlée. Personnel politique qui a la prétention de gérer la vie de celles et de ceux qui vivotent et/ou survivent tant bien que mal et très concrètement à l'intérieur de la cage de fer du capital automate, capital à l'intérieur duquel la tête, qu’elle soit par ailleurs politique et/ou économique tire sa relative puissance...ou comme aujourd'hui son impuissance politique.

La question de la légitimité de l'ensemble de l'économie politique est posée, en quoi est-elle susceptible de représenter et de répondre à celles et ceux qui lui délèguent la responsabilité de faire respecter les droits dont elle porte seule toute la charge aujourd'hui.

Il y aurait ici également beaucoup de chose à re-dire sur la pensée moderne en générale et sur les principes d'émancipations Et de Liberté et autres hochets dont elle c'est elle-même affublée. Si la bourgeoisie, et la seule valeur qu'elle reconnaisse véritablement (5), s’est un jour émancipée avec raison du dogmatisme des concepts cléricaux, l’économie/politique n'en est pas moins aujourd'hui elle aussi prisonnière de son propre dogme (l'économie ou le capitalisme c'est du pareil au même) et de son propre clergé, hommes et femmes d’Etats, économistes, intellectuel-les et partisan-ne-s politiques, jusqu'à tous ceux qui acceptent d'éborgner, de violenter et d'assassiner en leurs noms afin de garantir, IN FINE, la sûreté d'État seule à même de perpétuer cette inavouable réalité.

 

(1) https://blogs.mediapart.fr/michel-rocca/blog/300320/l-impact-economique-global-du-covid-19-l-economiste-est-nu-ou-presque-3

(2) Il ne s'agit pas ici d'une attaque sur l'homme, mais d'une critique de l'économiste.

(3) Hurler avec les loups: Être cruel ou injuste pour ne pas déplaire à d'autres personnes.

(4) Par l’accession plus importante des classes moyennes à l'université par exemple. Où par l'intégration à ces valeurs à travers la figure de l'entrepreneur, du patron. Même très dégradé, l'ubérisation est un exemple de tentative de diffusion des valeurs entrepreneurial au point que l'on pourrait parler d'un sous-patronat, comme l'on a parler d'un sous prolétariat.

(5) L'argent, sa valeur.

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