Commission sur l’avenir des finances publiques : la conclusion pré-écrite de Macron

Une commission sur l’avenir des finances publiques a été créé pour réfléchir à un « retour à l’équilibre des comptes publics affectés par la crise ». A l’ordre du jour, une question à priori ouverte. Mais il s’agit – sous couvert d’une commission (dans l’inconscient collectif composée d’experts) – d’imposer une seule solution à la crise : réduction du périmètre de l’Etat et cure d’austérité.

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Cette commission devrait être composée de tous les courants politiques et économiques, promouvoir un débat entre les représentants de la société française, réfléchir concrètement à l’avenir du pays et à l’action de l’Etat que l’on souhaite. Ah pardon, ça, c’est le rôle du parlement, en principe. Quel serait l’intérêt de passer par une commission – hors de contrôle démocratique – pour réfléchir à l’avenir des finances publiques ? Aucun, si ce n'est d'imposer une vérité.

Mais quand on s’intéresse au panel de personnalités la constituant – 10 membres – on s’aperçoit que ses « stars » sont Marisol Touraine (ancienne Ministre de la Santé sous Hollande), Laurence Parisot (ex-présidente du Medef) ainsi que des économistes parmi lesquels l’Autrichien Thomas Wieser. La première est notamment connue pour avoir appliqué une cure d’austérité – sous pression de Bercy - aux finances de la sécurité sociale et à nos hôpitaux, supprimant à cette occasion les stocks de masques FFP2, entre autre [1].

Parisot défendait les intérêts pendant 8 ans du MEDEF (de 2005 à 2013), syndicat patronal, qui soufflait à l’oreille de nos dirigeants plusieurs réformes, comme le report de l’âge de départ à la retraite, une amélioration de la compétitivité des entreprises – entendez une réduction des « charges », et un nivellement par le bas des conditions de travail des salariés – ou encore des crédits d’impôts (aux effets exceptionnels pour lutter contre le chômage de masse, comme le CICE l’a montré au cours des 7 dernières années).

Enfin, le dernier nommé, libéral convaincu, était à l’origine de « l’immolation de la Grèce » en tant que Président d’un organe de conseil de l’Eurogroupe (réunion des ministres des finances de la zone Euro), pile pendant la crise de l’Euro : il est connu pour avoir dénoncé le « salaire minimum excessif » des Grecs [2], certainement à l'origine de leurs malheurs (il atteignait tout de même 876,62 euros en 2011) se constituant en frein « à l’export » et à la « compétitivité » de l’économie grecque. 

En somme, le gouvernement créé un groupe de réflexion sur la dette publique, composée de personnalités aux idées préconçues sur la question posée. « Contrôle des dépenses publiques », « logique de désendettement », « économie », « privatisation ». Cela fait d’autant plus sourire lorsque l’on étudie la dette « Covid » : de la "mauvaise" dette, venant soutenir la trésorerie des entreprises - certes en grande difficulté - par des prêts garantis par l'Etat, ou des reports d'impôts et de paiement de cotisations. Il s'agit également de cadeaux fiscaux, de manière inconditionnée, et de chèques, sans tenir compte d'une quelconque notion de retour sur investissement. Tout cela en pariant sur un retour de la « croissance », à « l’inflation », et à la « confiance » des investisseurs, qui permettrait de faire grossir le gâteau PIB et de lisser la dette COVID, alors même que nous peinons depuis 12 ans à retrouver un petit peu de croissance. Une dette COVID qui n'évitera donc pas les effets de la crise actuelle, mais surtout, qui usera encore une fois les protections, les "filets", sans investir dans l'avenir : ni plan de réindustrialisation, planification, investissement sur des transitions sectorielles (rénovation énergétique, alimentation, médicaments, textile, etc), ni projection à 10, 15, 20 ans. Comme si nous étions finalement gouvernés par une bande de fous, exécutant une danse de la pluie en auto-entretenant leur croyance qu’il pleuvra demain grâce à leurs petits pas.

Malheureusement pour eux (et surtout pour nous), il ne pleuvra pas. Les vrais sujets ne seront pas posés : quid de l’inflation (plus inquiétante) de la dette privée depuis des années (qui atteint plus de 130% du PIB) ? Qu'en est-il du « souverainisme économique » invoqué par le président, et de la relocalisation d’emplois de production en France, inexistante jusque là ? Quelle utilité de plans d’aide inconditionnés à des secteurs comme l’automobile et l’aérien, en première ligne face aux problématiques de transition écologique ? Quid des projets de privatisations qui désarment l’Etat, comme le projet « Hercule » (EDF) ou encore du rachat soutenu par l'Etat de Suez par Veolia , qui menacerait 4 à 5 000 emplois en France et casserait toute concurrence dans le secteur de la gestion de l'eau ? Que faire s'agissant de l’appauvrissement d’une partie des français – sans doute atteindront nous 12 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté à la fin de l’année ? Quid des prochainement 10% de chômeurs, de leur indemnisation (que la future réforme du chômage réduira au maximum) et de leur formation ?

 A ces questions, ne vous inquiétez pas, la Commission sur l’avenir des finances publiques répondra.

[1] https://www.franceinter.fr/societe/penurie-de-masques-les-raisons-d-un-scandale-d-etat

[2] https://www.youtube.com/watch?v=kRRPi_BaqDA&t=242s

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