Passage à tabac du producteur : aucune leçon retenue pour l’avenir de notre police ?

Ce lundi, Libération révélait que le Ministère de l’Intérieur allait prendre en charge des frais de justice des agents de police mis en cause dans l’agression de Michel Zecler. Cependant, cette décision administrative est loin d’être automatique, dans un contexte sensible où les procès en violence policière se multiplient et un devoir d’exemplarité s’impose à la police.

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Après dépôt d’un dossier, cette protection est octroyée en principe aux agents de police par leur hiérarchie, seulement si les faits ne constituent pas une faute personnelle pour le policier. Les frais de contentieux – entendez de justice – sont alors pris en charge par le Ministère de l’Intérieur, qui protège ses agents « victimes » en finançant les frais engagés pour leur défense devant la justice. 

En l’occurrence, le passage à tabac en date du 21 novembre, enregistré et diffusé par le média Loopsider, montre plusieurs éléments qui sont – à priori – constitutifs de fautes graves : ceux-ci avaient même amené le Ministre Darmanin à promettre la « révocation » - rien que ça - de ces agents en cas de faute, tandis qu’Emmanuel Macron signifiait sa « honte » face à ces images. Pour rappel, ces agents ont été mis en examen pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique ».

Images de l'agression de Michel Zecler, intervenue le 21 novembre © Loopsider

Après deux ans de débat autour des violences policières, des dizaines de procédures ouvertes, de nombreux actes de violence – près de 2500 blessés, dont 24 éborgnés et 5 mains arrachées  – aucune leçon n’a été retenue : l’Etat ne remet en cause ni sa doctrine de maintien de l’ordre, ni l’organisation de ses enquêtes internes qui dans de nombreux pays sont confiées à un organe indépendant, au contraire de l’IGPN, ni la formation (et son contenu) offerte à ses fonctionnaires très (trop) courte, comparée aux autres pays « démocratiques ».

La confiance dans la police est une donnée essentielle d’un Etat démocratique, comme celle dans la justice, ou dans l’élection de représentants. Et comme dans ces autres domaines, la police connait une crise de légitimité. Comment alors dans ce contexte redonner confiance dans les forces de l’ordre ?

Tout d’abord, en traitant des problématiques intrinsèques à la police – déjà citées – comme la formation, la responsabilité hiérarchique et les sanctions internes, ou encore une revue des doctrines de maintien de l’ordre. Les logiques carriéristes – et affairistes – des organisations syndicales est aussi à dénoncer ou tempérer.

Ensuite, il s’agit de considérer la police à sa juste place, c’est-à-dire comme un maillon de la chaine essentiel à la société : il s’agit d’arrêter de se servir de l’institution comme d’un fusible, pour éviter de régler des problèmes d’ordre politique et sociétaux : typiquement, les enjeux de démocratie et de pouvoir d’achat soulevés par les gilets jaunes. Quelle était la responsabilité des policiers dans l’absence de réponse du gouvernement à ces revendications ? Elle était nulle. Plus encore, les policiers se sont retrouvés face à des gens « normaux », comme eux. Des citoyens qui travaillent, galèrent, cherchent à améliorer leur condition de vie et de liberté.

La police comme institution doit donc s’inscrire dans un système global incluant les élus, la justice, les services sociaux, les associations. La réponse ne doit pas être que répression : la politique de répression doit intégrer une politique globale, d’emploi, d’insertion, de formation, de prévention, et de lutte contre les discriminations.

Pour cela, l’ensemble des parties prenantes se doit de cesser de polariser le débat sécuritaire, et avec les citoyens, doivent se mettre dans le même état d’esprit d’exemplarité. Et ce genre de décision – du très polémique préfet Lallement – ne va pas dans le bon sens et au contraire, renforce un sentiment d’injustice, et de défiance vis-à-vis de la police. En l’occurrence, tout citoyen serait en droit de demander des comptes à l’Etat, ses impôts finançant la défense de policiers ayant dépassé le « les bornes ».

A retrouver un interview intéressant d'Alexandre Langlois et Noam Anouar, policiers et syndicalistes de VIGI, à l'excellent micro de Thinkerview.

La police en déconfiture ? Alexandre Langlois et Noam Anouar [ En direct ] © Thinkerview

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