Quelques réflexions sur la catastrophe en cours.
L'antisémitisme d'extrême-droite possède deux mâchoires pour broyer la judéité.
1 La première mâchoire est constituée par les héritiers du nazisme historique. C’est un néo-nazisme ou un néo hitlérisme. Un exemple nous est donné par Scott Ritter, un responsable américain jugé et condamné pour pédophilie et converti au poutinisme. Il publie sur le net une condamnation d’Israël en tant qu’état substantiellement parasitaire. Son antisionisme est aussitôt un antisémitisme. Ritter reprend à Hitler l’idée que les Juifs ne sont que des parasites. Ils le sont dans les « pays hôtes » mais aussi au Moyen-Orient : Israël n’est qu’un rassemblement de parasites.
2 La seconde mâchoire est plus subtile. Elle est essentiellement constituée par le sionisme d’inspiration chrétienne – évangélistes protestants et certains catholiques surtout antimusulmans (Vance, Le Pen) – et se présente comme philosémite. A ce point que, pour cette deuxième mâchoire, toute expression d’antisionisme est qualifiée d’antisémite. L’être juif véritable est « biblique » en tant qu’habitant d’un Grand Israël, accoucheur historiquement du christianisme et cela à l’exclusion totale de l’Islam. Le vrai juif, pour cette seconde mâchoire, n’a qu’une réalité défectueuse à n’exister qu’en dehors du territoire biblique originaire.
La première mâchoire, fidèle à Hitler, est fondamentalement anti judéo-chrétienne. Pour les nazis pur sucre un chrétien n’est qu’un juif déguisé et colporteur du mosaïsme.
La seconde mâchoire est celle d’une extrême droite judéo-chrétienne suprémaciste. Certains adeptes peuvent aisément franchir la barrière (très poreuse) qui la sépare de la première. Il reste une différence. Le « droit de tuer », pour la première, s’exerce sur tout ennemi existentiel du vrai peuple. Celui-ci est blanc et historiquement « aryen ». Aujourd’hui le slavisme poutinien fait office d’aryanité. Dans le contexte historique nazi le vrai peuple était allemand quoique associé à tous ceux qui reconnaissaient la souveraineté spirituelle germanique (et à la condition d’un antisémitisme exterminateur).
Pour la partie chrétienne de la deuxième mâchoire tout est bon à Gaza. Car, avec le génocide en cours, elle se pense désormais quitte par rapport au judaïsme. La part chrétienne qui a laissé faire Auschwitz trouve désormais dans le sionisme génocidaire une sorte de double juif. La dette serait d’autant plus en passe d’être épongée que le génocide anti-palestinien est censé offrir aux Juifs le cadeau d’un Grand Israël.
Quel bon tour antisémite que de faire des « judéo israéliens » des génocidaires !
La première mâchoire est toujours active et vend à tous vents, en prenant appui sur les horreurs du génocide en cours, un antisionisme antisémite d’inspiration hitlérienne. Voir Ritter.
En réalité ce qui est antisémite ce n’est pas de déclarer le génocide de Gaza mais de pousser au crime en créant une situation où il devient semble-t-il indispensable de disposer d’un flux important d’armes léthales produites en chrétienté.
Quoiqu’il en soit une bonne part du sionisme chrétien ne verrait aucun inconvénient à ce que la responsabilité du génocide en cours à Gaza soit mis au compte des seuls Juifs. Alors même que sans bombes chrétiennes et sans le pathos de rachat des âmes par rapport au nazisme jamais Israël n’aurait été en capacité de se lancer dans un nouveau plan de nettoyage ethnique d’ampleur.
De fait, dans l’espace de l’opinion, certains chrétiens appuient le génocide tandis que d’autres cadrent leur critique essentiellement sur Israël.
A quand une grande campagne du Vatican contre le soutien chrétien et en partie catholique américain, et pas seulement américain, au génocide ?
On trouve sur le net la condamnation vaticanesque de la « légitimation » américaine des colonies cisjordaniennes. Et un article sur la montée au créneau du Vatican après la destruction d’une église de Gaza.
La situation mériterait tout autre chose de la part de l’Eglise. Si cela existe peut-être cela est-il censuré par la très catholique « bollosphère ».
Cette esquisse n’a pas pour but de disculper les responsabilités de certaines personnes juives quant au génocide.
Je crois entrevoir la puissance de captation du sionisme « judéo-chrétien » sur les angoisses éprouvées face à l’antisémitisme. Mais, à terme, se retrouver avec un génocide sur la conscience ne semble pas constituer une bonne opération. De nombreux « amis » de l’Israël actuel n’auront aucun scrupule à laisser les Juifs se débrouiller avec la responsabilité de l’anéantissement de la Palestine.
Vous fûtes chrétiens et très antisémite ? Il y a vos frères nazis et Auschwitz.
Vous êtes juifs ? Il y a vos frères suprémacistes sionistes et Gaza.
On est donc quitte… Et bonne chance pour l’avenir.