Heidegger n’est évidemment pas le seul universitaire allemand qui ait articulé sa carrière académique au soutien, sans jamais faillir sur le fond, au national-socialisme et au programme antisémite hitlérien.
Mais il a été le seul, compte tenu du capital symbolique engrangé depuis la publication d’Etre et temps, à attacher un nom et une œuvre prestigieux au nazisme le plus radical.
Ce serait une erreur fatale de considérer que cet attachement, même coupable, n’aurait été que de surface.
Heidegger a donné une dimension ontologique à l’antisémitisme et à la nécessité d’une solution finale. Des pans entiers de son œuvre ne sont que des variations sur la vision du monde nazie.
Ce faisant il est celui par lequel la haine des Juifs est passée de la judéophobie d’Eglises – catholiques et protestantes incluses – à l’antisémitisme d’Université. De manière inattendue et paradoxale l’heideggérisme a quelque chose à voir avec l’ « antisémitisme scientifique » souhaité et revendiqué par Hitler.
Jamais la judéophobie ecclésiaste n’aurait pu commettre Auschwitz. Et même si elle avait osé faire « ce pas » cela ne pouvait qu’être promis à une future repentance retentissante.
Et cela même est totalement exclu par Heidegger. On lui a reproché de n’avoir rien dit de décisif sur ses années pro-hitlériennes. Mais il est au moins cohérent. Un nazi de sa trempe n’a absolument rien à voir avec le sentimentalisme ambigu des champions de la repentance.
Il est comme les accusés de Nuremberg : « Nicht schuldig » : « Non coupable » ! Mais génocidaire tout de même.
Et aujourd’hui même, des conseillers de pouvoir comme Steve Banon aux USA et Alexandre Douguine du côté de Poutine se réclament de Heidegger !
Mon intention n’est absolument pas de me joindre à l’assaut actuel livré contre les libertés académiques. Précisément : les critiques les plus décisives de Heidegger sont le fait de chercheurs et d’universitaires.
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