La starification de Brigitte Bardot fut une bénédiction pour l’extrême-droite. De manière abrupte : la tronche d’Hitler était devenue beaucoup moins vendable que l’irrésistible minois de la star. Il faudrait des travaux d’une sorte de micro histoire pour reconstituer de quelle manière l’épouse de Vadim devint la compagne de route de Jean-Marie Le Pen.
Le glissement de la star de cinéma vers l’égérie de la cause animale fut une excellente opération raciste. Que des Vadim et des Gainsbourg aient contribué à la starification de la très jolie petite française ne devait pas rester sans suite et sans réponse. Il fallait mettre la main sur le trésor que constituait la star pour, cause animale aidant, faire de Bardot l’ombre irrésistible du tortionnaire Le Pen. Il est difficile de ne pas faire de rapprochement entre la promotion de figures féminines de l’extrême-droite et le phénomène Bardot. Melloni, Marine Le Pen, Marion Maréchal… assurément des tropes de Bardot sans être du copier-coller.
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L’extrême-droite, après la lamentable fin du pourtant très brillant IIIème Reich, avait besoin de nouveaux laboratoires médiatiques, de nouvelles figures propres à enraciner les valeurs suprémacistes dans la chair de la société occidentale. Qui plus est c’était tout bénéfice que l’aura de Bardot soit mondiale et que cela serve, par exemple, à vendre en Afrique des produits blanchissant. Etre Bardot ou n’être rien. On savait néanmoins la supposée femme libre parfaitement malléable d’un point de vue idéologique et politique. Au fond le phénomène Bardot ne faisait qu’associer à une figure féminine particulièrement avenante la liberté récemment octroyée aux « femmes artistes ». S’extasier devant la danseuse de Dieu créa la femme et taper sur les affreuses et stupides militantes féministes ! Pour le reste, effectivement, elle était l’héritière d’une situation où régnaient d’habiles manipulateurs.
Il ne s’agit nullement, pourtant, de dénier la sincérité de la relation qu’entretenait Brigitte Bardot à l’animalité. Elle projetait sur les bêtes un besoin inextinguible de tendresse et de protection. Mais, comme de nombreux animaux vivant dans la sphère humaine, elle était aussi vouée à être utile. L’amour des bêtes n’était vraisemblablement pas le motif principal de tous ceux qui soutinrent Bardot. La « bête Bardot » fut attelée à un dispositif raciste. La grande bourgeoise fut prise à un piège dont elle était déjà un rouage. Mais cela même est susceptible d’inspirer quelque pitié pour une personnalité aussi « vibrante » mais aussi irrémédiablement jouet de son « biotope ». D’habiles manipulateurs surent tirer profit de son effroi face à ce que la puissance médiatique du cinéma avait fait de sa vie privée. Elle avait des réserves, certes, mais celles-ci l’attachaient à une certaine idéologie. Elle s’est défendue et protégée avec cela même qui l’instrumentalisait. Sur fond d’une haine du cinéma.
Pour terminer regardons cette image extraite d'une vidéo où BB apparaît avec dans ses bras un bébé phoque.
Voici par ailleurs une transcription du message que BB a tenté de faire passer (avec succès).
Au passage faisons ce petit exercice de critique littéraire... Remplaçons "bébé phoque" par "enfant juif", "enfant biafrais", "enfant tutsi", "enfant palestinien"...
Et l'on comprendra quelles abjectes causes l'animalisation façon Bardot a servi.
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