VOTE BLANC - Lettre ouverte au Président de la République

Cette lettre dénonce le manque de courage du Président face aux pressions tendant à maintenir le vote blanc hors des suffrages exprimés.

VOTE BLANC 

Lettre ouverte au Président de la République

 

Monsieur le Président,

Je ne puis accepter la manière dont vous avez, lors de votre discours du 25 avril dernier, éludé la question du vote blanc considéré comme suffrage exprimé auquel vous vous étiez pourtant montré favorable quelques mois plus tôt. 

Les nombreuses tentatives qui ont été faites dans le passé pour éliminer le caractère antidémocratique du système électoral français ont échoué  car la  vérité, la voici : 

Les élus ne se soucient pas de l’abstention qui ne modifie pas leurs scores : la déplorer benoîtement ne leur coûte rien. Il en va tout autrement du vote blanc qui, s’il était décompté comme suffrage, pourrait réduire ces scores à des niveaux peu glorieux. Que serait-il advenu de M. Chirac en 2002, avec son misérable score de 18% au premier tour, et qui ne dut sa réélection qu’à la peur du FN, si le vote blanc était intervenu comme suffrage exprimé ?

On imagine facilement les pressions qui s’exercent sur vous pour vous dissuader d’agir en faveur du vote blanc car celui-ci exprime une volonté très claire : le rejet de tous les candidats. Il est un facteur d’amélioration de la valeur des élus et aurait donc pu contribuer à éliminer bon nombre de parlementaires dont l’affligeante médiocrité est en grande partie responsable, avec le concours des grands partis politiques, des quarante  années d’immobilisme que la France vient de vivre et à limiter le profond dégoût qu’éprouvent aujourd'hui les Français à l’égard de ceux qui prétendent les gouverner. 

Certes la logique du vote blanc peut s’avérer implacable : s’il obtient plus de suffrage que tous les candidats, ceux-ci doivent être disqualifiés pour cette consultation, celle-ci annulée et recommencée avec de nouveaux candidats. Une telle situation est peu probable mais la perspective d’un score faible accentué par l’incidence du vote blanc pourrait dissuader certains de postuler, pour le plus grand bien du pays.

Ne pas reconnaître le vote blanc prive une partie du corps électoral du droit de s’exprimer et constitue donc un déni de démocratie. En outre, cela crée de l’abstention car un citoyen qui se respecte ne peut accepter de se rendre aux urnes pour y déposer une enveloppe inutile. Hélas, c’est à quoi se résignent encore nombre de nos compatriotes qui ne voient pas que cette attitude entretient le système existant.

Pour résumer ce qui précède, la non-reconnaissance du vote blanc :

  • est un déni de démocratie
  • crée de l’abstention
  • entretien le faible niveau intellectuel et moral moyen des représentants des citoyens.

Face à la résistance de ceux qui ont le plus grand intérêt à maintenir la situation en l’état, il n’est qu’un recours et j’y viens maintenant.

La différence majeure entre un véritable homme d’état et le reste de la faune politicienne tient en deux mots : le courage politique. Il ne s’apprend dans aucune école et surtout pas dans celle que vous connaissez bien, où l’on va chercher son passeport « Bon pour la haute fonction publique » et dont les anciens élèves sont coresponsables de la situation de ce pays. Le perspicace A. de Tocqueville qui a si bien prédit, il y a près de deux siècles, les dangers qui guettent les sociétés démocratiques, nous explique que le peuple, en temps de paix, s’accommode fort bien de l’incompétence, voire de la vénalité, de la classe politique avec laquelle les vrais talents se gardent bien de se compromettre et qu’il faut, pour voir émerger un authentique homme d’état, que la patrie soit en danger mortel. Par deux fois le vingtième siècle fut en France une confirmation magistrale de cette prophétie : je n’ai pas besoin de nommer les deux hommes… 

Seul le courage politique d’un président peut donner au vote blanc la place qui lui revient dans une véritable démocratie.   

 Vous n’avez pas eu ce courage. Je le déplore.

 

 

                                                                                                                          Jean-Pierre MENIN 

 

Le chemin est encore long avant que la France ne cesse d’être cette démocratie d’opérette où les règles éthiques auxquelles devraient être soumis tous les parlementaires et responsables politiques sont à peu près inexistantes, où les magistrats du parquet sont aux ordres de l’exécutif, et où le peuple n’est jamais consulté sur des questions de société pour lesquelles l’opinion du plus humble des citoyens vaut bien celle d’un ministre. Sur ce dernier point, la France ferait bien de s’inspirer de son voisin helvétique.

 

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