Jean-Pierre Peyrard

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Billet de blog 4 janvier 2026

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« Que veulent les Français en 2026 ? », ou l’art de l’esquive.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La question « Que veulent les Français en 2026 ?* » était l’intitulé des Matins de France Culture, ce 1er janvier. Invités : Brice Teinturier (journaliste, directeur de l’institut de sondage IPSOS) et François Raynaert, journaliste à L’Obs, co-auteur d’un ouvrage sur le 21ème siècle.

*Je passe sur la question débile, « non-culture » … posée sur France-Culture

La première partie concerna les événements considérés comme majeurs de ce premier quart de siècle.

Les deux furent d’accord pour citer d’abord l’attaque du 11 septembre 2001. Je résume  : « c’est un ordre mondial qui vacille. 19 terroristes seulement pour 500 000 dollars seulement arrivent à ébranler le monde. Sentiment général de vulnérabilité. »

Ce type de discours et la question expliquent la deuxième partie de l’intitulé de mon article : l’art de l’esquive.

  1. Teinturier présente le 11 septembre comme une cause du vacillement/ébranlement du monde auquel l’énorme distorsion, fortement soulignée par lui, entre les moyens (19 terroristes, 500 000 dollars) et l’effet (vulnérabilité mondiale – il ajoutera : anxiété et demande de protection) confère une dimension d’invraisemblance – analogue à la sidération produite par les images des avions percutant les deux tours.

Son discours est celui de la phénoménologie, c’est-à-dire de la description d’événements, en l’occurrence considérés en-dehors de tout processus, avec blocage de questionnement (cf. l’attaque du Hamas du 7 octobre considérée comme un commencement). Autrement dit, il ne se demande pas : est-ce que l’attaque du 11 septembre n’est pas le signe d’un monde qui a déjà vacillé – pour reprendre son expression ? En d’autres termes, si cette attaque a pu être conçue, organisée et réalisée, n'est-ce pas parce qu’avait disparu ce qui la rendait non-nécessaire ?

Il prononcera le nom « désespérance », mais dans la même inversion des rapports : la désespérance, dit-il, provient de « l’incapacité des politiques à répondre à la demande de sécurité . L’individu se sent totalement fragilisé. »

Le rapport avec le 11 septembre en tant que cause, est considéré comme une évidence, comme si, avant cette date, tout allait bien dans le monde – comme si, avant le 7 octobre 2023, tout allait bien entre Israéliens et Palestiniens.

Ce qui bloque le questionnement tient dans ce que représentent les USA dont le journaliste dit seulement qu’ils sont encore en 2021 « les gendarmes du monde », une manière de souligner la dimension de puissance (économique et militaire) et d’évacuer le fait qu’ils sont, depuis la fin des années 80, l’expression (dans toutes les démesures) d’un système qui apparaît désormais sans alternative imaginable.

Ils ne sont pas les gendarmes du monde, mais l’expression du définitif, et c’est ce définitif qui produit la désespérance.

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