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Billet de blog 18 janvier 2026

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« Pure Salmon » et la Gironde

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pure Salmon est une entreprise d’Abou Dabi (Émirats Arabes Unis) qui envisage de construire près de Le Verdon-sur-Mer (non loin de la pointe de Grave où la Gironde rejoint l’océan)  une usine d’élevage de saumons. Objectif : produire 10 000 tonnes de saumons par an, soit 600 000 individus-poissons, soit 5% de la consommation française (4,2 kg consommés en moyenne), 1ère en Europe et 4ème au monde. [cf. le site Reporterre]

Les démesures de la consommation et de la production – le saumon n’en est qu’un exemple – se nourrissent (si j’ose dire) mutuellement.

Si, ici comme ailleurs,  les arguments de type socio-écolo-économique pour (emploi, pollution quotidienne moindre que celle de l’élevage en mer…) et contre (conditions d’élevage, consommation d’énergie, risques de grande pollution et de mortalité massive des poissons…) ne parviennent pas à produire un consensus, c’est qu’ils opposent des points de vue déterminés par le plus ou moins.

On peut en effet discuter à l’infini des avantages ou des inconvénients de l’élevage en mer ou en citernes, ne serait-ce que parce que le saumon n’a pas voix au chapitre. S’il l’avait, je ne prends pas de risques en affirmant qu’il préférerait la remontée des rivières, mais on ne lui demandera pas son avis, pas plus qu’on ne le demande aux poulets ou aux porcs élevés en batterie.

Concrètement, rien ne peut être opposé aux assurances de sécurité des concepteurs du projet sur le papier sinon les inconvénients théoriques – même s’ils sont appuyés sur d’autres réalisations analogues – que peut produire le projet réalisé : la solution « on essaie et on arrête si ça ne marche pas » n’est pas possible.

Reste la question, à mon sens essentielle, que pose la transformation du lieu. La photo virtuelle [sur le site Reporterre] créée par les concepteurs du projet est une photo idéale – comme celle que proposent les constructeurs d’immeubles – qui « oublie » le chantier en amont et les infrastructures d’alimentation et d’évacuation, entre autres.  

Essentielle, en ce sens qu’elle permet de construire la problématique, à savoir que signifie l’explosion de la consommation mondiale du saumon (triplement depuis une vingtaine d’années – même site de référence) ?

En d’autres termes, en quoi la démesure de la consommation de saumon justifie-t-elle la démesure du bouleversement, à tous les points de vue,  de ce site de la Gironde ?

Autrement dit encore, la focalisation argumentaire sur les avantages et les inconvénients revient à reconnaître que la surconsommation de saumon – un exemple de démesure parmi d’autres – ne constitue pas un problème.

La présenter en tant que problème – ce qui implique la possibilité de la remettre en cause, donc d’éliminer le projet – ne va pas de soi en ce sens que ce type de questionnement touche à la création de besoins artificiels – les accumulations redondantes des rayons des supermarchés en sont une illustration bien connue.

La question de la surconsommation de saumon inclut celle du rapport consommation/production, et pose, tout au bout, celle, révolutionnaire, de l’équation capitaliste, inaudible aujourd’hui pour les raisons maintes fois expliquées dans le blog.

Si D. Trump envisage d’acheter tout le Groenland dans l’intérêt vital, dit-il,  des Etats-Unis qu’il confond avec ses propres intérêts, les Émirats, qui ont eux aussi le sens de leurs intérêts, ne pourraient-ils pas acheter un tout petit bout de Gironde dans l’intérêt des Français mangeurs de saumon ?

*L'enquête publique se termine demain – lundi 19/01/2026.

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