Bordeaux, il est temps de passer au vert!

MUNICIPALES BORDEAUX 2020, temps gris minéralo-minimalisme Place Pey Berland, place de la mairie, IL EST TEMPS DE PASSER AU VERT...

« La Place Rouge était blanche », quelle chance au pays des soviets ! Ici ce n’est pas du même tabac, « La Place grise était grise », diront les visiteurs.
Grise comme la sortie d’un conseil des ministres de droite sans Roselyne Bachelot,
grise comme la sortie d’un conseil des ministres de gauche sans Jack Lang,
grise comme le béton que l’on laisse, grise comme une carte grise.
On croit même les pigeons disparus tellement il se confondent avec le sol. Dommage que les cabots ne crottent pas gris ! Ce serait le monochrome, label art content pour rien, genre bleu de Klein versus gris déclin, sauf l’odeur.
Foutre c’est gris ! Gris, mais sans gris-gris pour autant, gris sans autre forme de procès, gris sans rien rajouter, gris genre minimaliste.
Gris certes, mais gris propre sur lui, pas « du gris que l’on prend dans ses doigts et que l’on roule », pas un brin d’herbe ici. L’arbre de Noël égaré s’est senti d’un vert pas possible, genre exhibitionniste, là, tout seul. La messe ne fait plus recette, tu vois le monde en gris en entrant, tu vois le monde en gris en sortant, à quoi bon !

Gris, mais le vin de messe n’y est pour rien, la Place est grise bien élevée, sans avoir bu un coup de trop. Grise mais pas grisée.
Il y avait Place Rohan un adorable petit édifice aux fers forgés délicieux avec escaliers tournants servant d’entrée aux vespasiennes. Exit. Et les types de la protection du secteur sauvegardé, fonctionnaires de la pierre et du reste, qu’est ce qu’ils font ? On peut jeter des pierres comme cela sans se faire taper sur les digues ? C’était trop demander de le transformer en garage à vélo ou de le laisser en vespasienne ? Dans notre ville, on ne peut plus, comme autrefois, boire un peu d’eau aux fontaines, ni faire pipi gratuitement, ni s’installer sur des bancs qui se font rares et on ne connaît pas les places à l’italienne autour de fontaines où l’on s’assoit sous l’arbre.
C’est un tantinet néostalinien, genre les artistes n’ont pas envie d’y habiter mais ça pourrait abriter un bureau politique d’un parti gris sans laisser d’adresse.
C’est une morne plaine grise, ce n’est pas la débâcle, ce n’est pas l’exode, c’est place nette, circulez y’a rien à voir.
Si tu vas traverser la Place Pey Berland faut avoir le moral ! Vas y pas un jour pluvieux, un jour de déprime, tu vas rester en rade au milieu à la traversée du pas gai ! Vas-y surtout pas un jour de frite ou de pêche ça va te filer la cerise. N’y va que si tu ne peux pas faire autrement, que si tu as quelque chose à y faire.

Les lampadaires aussi sont de facture béton garanti bien gris de bas en haut. Heureuse idée qu’ils soient si-hauts car autrement on y trouverait des pendus tellement c’est triste. À tel point que les horribles trémies blanches constituent, si l’on peut dire, la seule note de couleur sur cette pauvre place.
Je suis, à la réflexion, content de ne pas avoir enlevé le siège du Conseil Municipal, cela m’évite de traverser la place, de croiser l’inénarrable Chaban dit, et d’attraper des rhuminimalismes. Et comme je ne bois pas du vin de messe, que je ne pratique pas l’anthropophagie avec l’Ostie et que je ne baigne pas dans le bénitier, tout va plutôt bien. Ce qui me manquerait c’est la flèche mais celle de Saint Michel est plus haute.
L’impression qui se dégage de cette place, c’est la solitude dans la ville, l’abandon, l’absence de vie. Comme si on avait confié aux pompes funèbres, sises sur la place, le soin de repeindre l’ensemble et d’exposer les pierres tombales en guise de bancs pour appâter le client. S’il te venait l’envie de t’asseoir, sûr que tu n’aurais pas l’idée d’aller sur ces parallélépipèdes à mourir, sans dossier et sans ombre.

T’as beau y aller en bande ou avec ta fiancée, t’as beau lui tenir la main, sa main reste froide même s’il fait soleil, c’est débandant Pey Berland. C’est pas comme ailleurs, t’es toujours tout seul au milieu ! Tu vas tout droit, devant, derrière, de coté, c’est pareil, c’est gris, c’est gris là-bas, c’est gris ici. Tu te croirais descendre la rue Georges Mandel, pas à pieds n’exagérons pas, ça c’est pas possible, mais en voiture, ou d’être à Mériadeck le soir ou le dimanche à croiser les rats sans les voir tellement c’est gris! C’est gris à mettre mal à laisse le ciel bleu qui semble s’excuser de ne pas rester gris et porteur de nuages. Le soleil lui-même, doré ailleurs, ici fait grise mine et donne l’impression de s’ennuyer, d’y taper pour rien, par besogne.
Le tram arrivant sur cette place n’a pas le moral non plus. Il devient grosse limace grise- bleue, ou bleue-grise selon le temps, qui avance sur cette place grise, sans faire de bruit, sans éclat de couleur, genre lisse, je passe et je repasse, genre gros gris, escargot sur roulettes, on vous roule.
On pourrait croire que c’est pour accommoder les restes du béton de Mériadeck, « plus qu’un crime, une faute » pour notre ville, qu’on a choisi le gris !
En fait non, pour choisir le bleu du tram et le gris du sol c’est facile. Vous réunissez une commission d’élus et d’experts au début, d’experts et d’élus à la fin. Que des gens fonctionnaires payés pour cela ou élus, c’est à dire largement payés, pour cela. Des hommes pour la plupart, et, pour la plupart d’entre eux, des hommes en costards cravates gris ou en costards cravates bleus ou en costards cravates gris-bleus. Cela s’appelle une commission de travail, ou de réflexion, ou les deux. Les travaux commencent. Questions simples : Quelle couleur pour le tram ? Quelle couleur pour le sol ? Et ça discute et ça discute, aux frais de la princesse, et ça se fait des pauses, et ça se goinfre au restaurant idem. Faut dire qu’avant même de réunir la commission les jeux sont faits ! Une majorité se prononcera toujours pour du gris ou du bleu car ce sont les couleurs moyennes plus petit commun dénominateur du goût moyen, comme la soupe de l’audimat à la télévision ! Pas besoin de réunir une commission pour en arriver à cette misère sauf que cela fait démocratique ! Moi avec mon tram couleur Bordeaux pour Bordeaux je fais figure de marginal, de dangereux anarchiste, en plus jamais de costard cravate, que du noir de la tête au pied ! Pas leur genre.
Cela dit le minimalisme présente un avantage certain car cela leur évite de faire de grosses bêtises dont ils sont parfaitement capables et l’on pourra faire autre chose à la place, à la pauvre Place Pey Berland, lorsque reviendra le temps des cerises, des gais rossignols et autres moqueurs !… En attendant c’est gris !...
J'avais gagé qu’à l’approche des élections le flot riant jaune, aux abois, allait se fendre d’ "arbres" qui cachent l’affolé, en pots devant la mairie pour faire oublier cette misère. Et ça n'a pas loupé! La fine équipe municipale tique sur la minéralisation juppéiste. Les manifestations sur le climat, le score écologiste et l’approche des municipales réveillent les vocations. Voilà notre Place Pey Berland agrémentée d’une horrible « ombrière », à 90000€, avec des plantes en pots et des tissus tenus par des piliers métalliques eux-mêmes plantés dans des blocs de béton qui servent de bancs approximatifs sans dossiers ! Du laid sur du laid, du béton sur le béton et toujours plus de gris que de vert.
L’arbre en pot semble bien résumer la politique de cette fine équipe qui détruisait les arbres de la Place Gambetta il y a quelques semaines et qui réalise aujourd’hui même une place minérale à Tourny.
La fine équipe Chaban-Martin-Juppé-Florian, qui étouffe la ville depuis 75 ans, excusez du peu, s’est loupé Mériadeck, s’est loupé le Grand Parc, s’est loupé le Palais des sports, s’est loupé la Cité du vin, s’est loupé le Château Descas, s’est loupé Bordeaux capitale culturelle de l’Europe, s’est loupé la Cité Municipale, se loupe le logement, se loupe la propreté, se loupe Bacalan et j’en passe… Là, avec les trémies loupées, le pavage de la cour de la Mairie loupé et la Place Pey Berland loupée, on atteint des records au mètre carré ! Avec apothéose au dallage loupé, car trop glissant, de la Rue Sainte Catherine. Laisse béton camarade, c’est une politique grise qui vaut que dalle.
Il est grand temps de passer au vert et pas de gris…

 

 

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