CÉSARS ou BRUTUS ? Notre féminité et notre féminisme en jeu.

Marcel Duchamp éclaire : "Je crois sincèrement que le tableau est autant fait par le regardeur que par l’artiste"

 

Juger une œuvre !
Mais qu’est ce qu’une œuvre ?
Une œuvre est certainement un événement rassemblant :
Le regardeur,
la chose regardée,
l’auteur de la chose regardée, écoutée…
les circonstances, la situation.
Les quatre protagonistes, regardeur, regardé, auteur et circonstances constituent l’événement qui fait vivre l’œuvre, qui fait œuvre.
L’auteur, l’artiste, est le créateur de la chose regardée, de l’objet et parfois, en totalité ou partiellement, des circonstances.
Dans une performance, chose regardée et circonstances fusionnent en un concept.
L’auteur ne se résume pas à être à l’origine de la chose regardée. Il est une personne privée ou publique sur d’autres fronts que celui de la chose en question.
Dans le rapport à l’œuvre, la vie est la fusion du regardeur, du regardé et des circonstances.
Faire porter sur la chose regardée tous les défauts ou qualités de l’auteur c’est la considérer subjectivement, en modifier les circonstances, la situation du regard, c’est modifier l’œuvre à sa subjectivité. C’est une façon d’appréhender.
Dans la façon d’appréhender, de juger une œuvre on distingue, plus ou moins, la femme ou l’homme de l’artiste et, plus ou moins, la femme ou l’homme de ses œuvres.
L’artiste a ses qualités et ses défauts et l’œuvre, les œuvres, deviennent plus ou moins autonomes lors de leur diffusion. 
On peut donc juger une œuvre puis la déprécier, ou plus l’apprécier ou non en fonction de ce que l’on apprend de l’auteur. 
C’EST CELA LA LIBERTÉ DE JUGEMENT : Libre à chacun de lier ou de séparer à sa convenance « l’homme » de l’œuvre ou l’artiste de « l’homme ».

Mais nul ne peut imposer cette fusion ou cette séparation ou ces degrés de fusion ou de séparation aux autres. Il y a danger car le jugement sur l’art n’est pas une affaire de tribunal mais c’est affaire de pure subjectivité, de liberté de choix individuel.
Ne plus apprécier toutes les œuvres ayant des auteurs au comportement jugé inadmissible à notre point de vue, peut en amener certains à un obscurantisme. Exit Céline, Gide, Picasso, Fernandel, Verlaine, Charles Trenet, Patrick Font,

Claude François, Guitry… Pour certains exit Wilde et des milliers d’autres… Chacun jaugeant à sa morale ce qui est admissible… À ce jeu la volaille qui fait l’opinion l’emporte à l’avantage de l’ordre moral et des obscurantismes. Encourager sur la place publique au lynchage, au pogroms et à l’autodafé, constitue une impasse dangereuse et transforme ensuite les coupables en victimes.
Les choses doivent se régler devant la justice.
Pour Polanski, un jury machiste et phallocrate a jugé que son film était « la meilleure réalisation ». Beau jeu de sauter sur l'occasion pour hurler à la provocation et à la persistance du patriarcat et du machisme dans les milieux artistiques, mais alors pourquoi participer à une telle compétition mascarade ? Pourquoi attendre le résultat pour le contester, pour se « casser » ? Fallait peut-être dénoncer et boycotter en amont et ne pas jouer les mauvais perdants.

Pourquoi à partir de ce fait, une « meilleure réalisation  », revenir, quarante ans plus tard, sur le jugement dont Polanski a fait l’objet ? Ce jugement stipulait "actes sexuels illégaux sur une mineure" et non "abus sexuel sur une enfant". Il a fait cinquante jours de prison.

D’autres affaires sont en cours avec des dépôts de plainte. Soit, que la justice suive son cours et réclamons le, mais ne la remplaçons pas.

Chaque individu, même le plus ignoble, bénéficie de la prescription et à droit à l’oubli et, pour ce qui n’est pas jugé, de la présomption d’innocence.
Si nous supprimions la prescription nous banaliserions les crimes contre l’humanité qui eux restent imprescriptibles. Il n’y aurait plus d’échelle des crimes et nous perdrions tous une part d’humanité de ce fait.
Le droit à l’oubli est aussi indispensable puisque, sans lui, pas de rédemption profonde et véritable possible. Là encore nous risquons de perdre une part de notre humanité.
Comprenons bien que c’est nous qui avons bien plus à perdre qu’on à gagner les criminels.
Concernant les victimes justice doit être rendue pleine et entière mais dans la sérénité dans la graduation, dans la prise en compte des faits et circonstances et non dans l’amalgame. 
On remet aussi en cause le consentement. Mais le consentement ne remet pas en cause l’emprise et le détournement de mineur. Il introduit une graduation dans les faits incriminés. 
Pour rendre justice il est important de graduer : Avec ou sans consentement, avec consentement ou opposition des parents, dans ou hors famille, avec préméditation ou non, avec récidive ou non…par surprise, par ascendance hiérarchique, par chantage, par mensonge, de force, avec violence ou viol, avec blessure ou décès, avec acharnement ou viol sur un cadavre… 
Il ne s’agit pas de mettre dans le même sac une liaison entre une fille de presque 16 ans et un garçon d’à peine 18 et l’affaire Dutroux.
Défendre les victimes et pourchasser les coupables, oui, mais lorsqu’ils sont désignés, les traiter en humains, en respectant tous les droits humains qui sont aussi nos droits, un bien commun que nous partageons.
Mettre au pilori n’est jamais bon. Chacune, chacun, victime, coupable, a droit à une justice adaptée sauf à dépersonnaliser voire déshumaniser, et pourquoi pas « porc » à balancer par la délation ou la corde ?
Un temps nous emprisonnions Wilde pour homosexualité. Un autre Gabrielle Russier se suicidait. Le nôtre où l’on met a mort des femmes pour adultère et des deux sexes pour homosexualité et où le tribunal médiatique ou des réseaux dits sociaux, souvent mise en réseau des sots, "résots sociaux", se substituent à la justice.
L’argument consistant à dire que la justice n’a pas fait son travail et qu’il s’agit de prendre sa place ne saurait être retourné contre l’accusé et à son détriment car c’est la société, c’est à dire aussi nous-mêmes, qui n’avons pas fait notre travail.
L’accusé est, peut être, coupable de son crime mais pas des défauts de la justice de tous et il n’a pas à les supporter car il a déjà souvent fort à faire avec les siens propres. 
On s’en prend au coupable pour son crime, on s’en prend à la société pour les défauts de sa justice. On ne confond pas. Ce d’autant que, bien souvent, les coupables sont particulièrement victimes des défauts de la justice comme, par exemple, avec les conditions déplorables de la détention.
Et si nous suivons la meute, le tribunal médiatique et les réseaux qui mettent en relation les sots, l’air du temps, nous perdons de notre justice et de sa sérénité et nous capitulons devant les passions tristes.
Là encore c’est nous qui perdons de notre humanité, de notre démocratie, de notre équité et DE NOTRE FÉMINITÉ, voire de notre féminisme ! 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.